Entre passion sportive et impératifs professionnels, des Dakarois optent pour une nuit blanche
Entre passion sportive et impératifs professionnels, des Dakarois optent pour une nuit blanche

SÉNÉGAL-NORVEGE-FOOTBALL-TRAVAIL

Par Ibrahima Diouf

Dakar, 22 juin (APS) – Minuit sonnera à Dakar lorsque les Lions du Sénégal entreront sur la pelouse pour affronter la Norvège pour leur deuxième sortie à la Coupe du monde 2026. Un horaire inhabituel qui place de nombreux travailleurs, étudiants et commerçants devant un dilemme : veiller pour soutenir l’équipe nationale ou privilégier quelques heures de sommeil avant une nouvelle journée de travail.

A quelques mètres du campus social de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), le décor reste habituel. Situé entre l’École supérieure polytechnique (ESP)et la Faculté des sciences juridiques et politiques, l’IFAN fait face à la corniche Ouest de Dakar.

Derrière les bâtiments du centre de recherche fondé en 1936, l’air frais de l’Atlantique accompagne les allées et venues des étudiants.

Sur les façades donnant sur l’ESP, les graffitis attirent l’attention, notamment les représentations de Cheikh Anta Diop, d’Ousmane Sembène et d’Omar Blondin Diop, figures emblématiques du monde intellectuel et universitaire sénégalais.

C’est dans ce décor que Mariama Diédhiou accueille le visiteur devant le laboratoire de traitement des eaux usées où elle effectue son stage. Étudiante en master de chimie de l’environnement à la Faculté des sciences et techniques, la jeune femme, originaire de Bignona, affiche un large sourire.

Passionnée de football, elle supporte depuis une décennie le Paris Saint-Germain, au point que ses proches la surnomment ‘’la Parisienne‘’. Admiratrice du championnat anglais, elle suit également Tottenham Hotspur ainsi que l’attaquant anglais de Leeds United, Dominic Calvert-Lewin.

Pourtant, contrairement à de nombreux supporters sénégalais, elle ne compte pas sacrifier son sommeil pour regarder le match. ‘’Aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation de gagner ou au moins de faire match nul, mais pas de perdre ‘’, affirme-t-elle d’abord avec conviction.

Malgré tout, elle croit aux chances du Sénégal. ‘’Je pense qu’on pourra battre la Norvège parce que j’ai confiance aux joueurs. Je sais qu’ils ne reproduiront pas les erreurs qu’ils ont faites contre la France’’, dit-elle.

Mais lorsque la question du coup d’envoi à minuit est évoquée, son choix est déjà arrêté. ‘’Non, je ne suivrai pas le match. Je me couche tôt et je me réveille très tôt. Le match peut finir vers deux heures du matin alors que je me lève à cinq heures. Je n’aurai que trois heures de sommeil et le lendemain je dois fonctionner toute la journée. Ce sera compliqué”, dit Mariama Diédhiou.

”Peut-être que je regarderai la rediffusion‘’, confie-t-elle. Pour elle, le patriotisme passe aussi par le respect de ses responsabilités. ‘’Aller travailler fait aussi partie du patriotisme. Il faut parfois choisir entre les deux‘’, soutient-elle.

Depuis le début du Mondial, ses études ont pris le dessus sur le football. ‘’Je n’ai suivi qu’un seul match, celui contre la France, et je ne l’ai même pas terminé parce que j’étais occupée avec mon mémoire‘’, raconte-t-elle.

Faute de télévision à domicile, elle regarde les rencontres sur son téléphone. ‘’ J’ai suivi le match sur YouTube. Mais j’avais des problèmes de connexion et je n’ai pas pu regarder toute la rencontre”, explique-t-elle.

Malgré son emploi du temps chargé, elle demeure optimiste. ‘’Je suis confiante pour ce soir. On n’a pas peur d’Erling Haaland, on va gagner‘’, lance-t-elle dans un sourire.

La jeune stagiaire appelle également à davantage de bienveillance envers les internationaux sénégalais.

‘’Il ne faut pas critiquer les joueurs. Nous devons rester derrière l’équipe. C’est une compétition difficile. Quel que soit le résultat, nous serons toujours derrière les Lions‘’, insiste-t-elle.

Une nuit de football, un lendemain de travail

De l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) à la zone commerciale de Canal 4, la même ferveur anime les conversations. Tous ou presque veulent suivre cette rencontre capitale après la défaite inaugurale face à la France.

En quittant l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), il faut longer l’allée qui mène à la grande porte de l’École supérieure polytechnique.

Sous un soleil ardent, quelques étudiants quittent les amphithéâtres tandis que d’autres discutent à l’ombre des bâtiments. Jour de match oblige, les maillots du Sénégal se distinguent partout, portés aussi bien par les filles que par les garçons.

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À l’arrêt du bus numéro 71, qui relie notamment Keur Massar, Diamaguène Sicap Mbao, Castors, Grand-Dakar, Point E, Fann et l’Université, Moustapha Mbow, receveur et originaire de Kaolack, maîtrise parfaitement son itinéraire. Chaque jour, il se lève à quatre heures du matin pour aller travailler.

Malgré cet emploi du temps exigeant, il n’envisage pas de manquer le rendez-vous face aux Scandinaves.

‘’Je ne dirais pas que j’ai été déçu contre la France. Si vous constatez bien, les Lions ont réalisé une bonne première période. La France a pris le dessus en seconde mi-temps. C’est la loi du football‘’, analyse-t-il.

”Même si je ne dors que trente minutes avant de repartir travailler, je le ferai”

Pour lui, l’heure tardive du coup d’envoi ne constitue aucun obstacle. ‘’Personnellement, quelle que soit l’heure du match, je vais le suivre. Notre équipe nationale en vaut la peine’’, clame-t-il.

‘’Quand on ne regarde pas le match, on n’a pas l’esprit tranquille. Même si je ne dors que trente minutes avant de repartir travailler, je le ferai‘’, assure-t-il.

Le receveur préfère toutefois la télévision au téléphone portable. ‘’Je préfère suivre le match à la télévision. Sur le téléphone, on rencontre souvent des problèmes de connexion. Parfois, on connaît même le résultat d’une action avant de voir le but. À la télévision, ce n’est pas le cas‘’, explique-t-il.

Concernant la rencontre contre la Norvège, il attend une réaction de l’équipe nationale. ‘’Les joueurs doivent apprendre des erreurs commises contre la France et les corriger’’, conseille-t-il.

‘’Le sélectionneur Pape Thiaw doit aussi revoir certains changements, parce que ce genre de match est très crucial. Le Sénégal possède une bonne équipe et une attaque performante, tout comme la Norvège‘’, estime-t-il, avant d’inviter les Sénégalais à soutenir massivement les Lions.

À quelques kilomètres de là, dans la zone d’exposition de Canal 4, Lamine Diallo poursuit ses activités commerciales entre salons, lits et tables à manger. ‘’Ici, les prix ne sont pas fixes comme dans les grands magasins ou les pharmacies’’, balance t-il dans un ton humoristique.

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Vêtu du maillot vert de l’équipe nationale du Sénégal, il poursuit : ‘’Un salon trois places peut coûter entre 130.000 et 145.000 francs CFA, selon la discussion avec le client. Les armoires quatre battants peuvent atteindre 800.000 francs CFA, tandis que ceux à six battants tournent autour de 700.000 francs ‘’, explique-t-il.

Comme beaucoup de Sénégalais, il est prêt à veiller tard pour encourager les Lions.

‘’Oui, nous sommes prêts à suivre le match quelle que soit l’heure. Nous sommes des patriotes sénégalais ‘’, affirme-t-il le briquet et la cigarette entre les mains.

Son statut d’entrepreneur lui offre cependant davantage de flexibilité. ‘’Heureusement que mon activité est basée sur l’entrepreneuriat. Je peux accuser une heure de retard et arriver vers neuf heures. Comme commerçants, nous cherchons toujours à nous adapter‘’, souligne-t-il.

Pour ma part, comme d’habitude je rentre chez moi pour suivre le match autour du thé en famille dans le salon”, confie M. Diallo.

Le match entre le Sénégal et la Norvège se jouera dans la nuit de lundi à mardi. Entre patriotisme, passion sportive et impératifs professionnels, nombreux sont ceux qui s’apprêtent à écourter leur sommeil pour accompagner les Lions dans une rencontre déjà décisive pour la suite de leur aventure en coupe du monde.

ID/MTN