Du Boudié aux marchés, la banane, une filière porteuse confrontée à des défis
Du Boudié aux marchés, la banane, une filière porteuse confrontée à des défis

SENEGAL-AGRICULTURE-REPORTAGE

 

Par Oumar Baldé

Sédhiou, 21 sept (APS) – Dans le Boudié, la bananeraie du village de Bouno rythme la vie des producteurs de la région de Sédhiou (sud), avec des récoltes record qui nourrissent les familles et approvisionnent les marchés. Mais derrière cette réussite, la filière se heurte à des défis persistants : déficit d’équipements, faiblesse des financements, contraintes logistiques et difficultés d’écoulement.

Le champ bananier de Bouno s’étend sur 15 hectares, à l’est de la Boucle du Boudié, dans la commune de Bambaly.

Crée en 1981, grâce au programme de l’Etat du Sénégal dénommé “Petits projets ruraux”, il se situe à 18 kilomètres de la commune de Sédhiou.

Il est géré par le GIE “Hoormo ni bougna”, regroupant des producteurs venus de Badiary, Malifara, Diana-Malary, Soumboudou, Guindir et Mangaroungou.

Ce périmètre détient le record de production de banane en Casamance.

Plus de 150 acteurs y sont mobilisés, avec une récolte annuelle estimée entre 500 à 900 tonnes, générant un chiffre d’affaires oscillant entre 100 à 200 millions de francs CFA, selon le secrétaire général du GIE, Bourama Daffé.

Des bananes récoltées, de qualité compétitive sur le marché national, sont vendues en tonnage aux grossistes qui les acheminent vers Dakar, la Gambie ou la Guinée Bissau.

La tonne se négocie à 250.000 FCFA, soit 250 FCFA le kilogramme. Des centaines de femmes et de jeunes filles s’activent dans la commercialisation, écoulant la production dans les marchés, quartiers et “loumas”  (marchés hebdomadaires) de la région.

Au-delà de l’économie, cette exploitation contribue à freiner l’exode rural, à réduire l’immigration irrégulière des jeunes et à lutter contre le chômage dans la zone du Boudié.

Un projet de l’Etat qui change des vies

Interrogé par le correspondant de l’APS, Toumany Diba, président du GIE “Hoormo ni bougna” de Malifara, a souligné l’importance de cette plantation de bananes dans l’autonomisation des populations rurales et la lutte contre l’immigration irrégulière dans la zone. Il a rappelé que depuis l’installation de la ferme, les acteurs y travaillent sans relâche jusqu’à aujourd’hui.

“Grâce aux recettes tirées de ce périmètre, des habitations en pailles ont été remplacées par des bâtiments dignes de ce nom, avec toutes les commodités nécessaires”, a souligné Toumany Diba. Et d’ajouter avec sourire plein d’espoir : “On n’a rien à envier aux grandes villes”.

Selon lui, cette bananeraie est l’une des réalisations les plus durables et rentables du gouvernement du Sénégal. Il estime que d’autres champs de même configuration devraient être implantés dans toute la Casamance afin de régler définitivement la question du chômage et du sous-emploi dans la région.

 Une filière porteuse freinée par ses défis

Plusieurs défis restent toutefois à surmonter dans cette plantation de bananes afin de permettre aux acteurs de générer davantage de revenus.

L’enclavement du site, la nécessité de remplacer les groupes électrogènes gourmands en gasoil par des panneaux solaires, le manque d’engrais et l’absence de chambre froide pour la conservation figurent parmi les besoins prioritaires.

La transformation de la banane apparait aussi comme un véritable levier de valorisation de la production locale.

Elle réduit les pertes, diversifie les produits, génère des revenus et crée des emplois, tout en renforçant les perspectives de développement de la filière.

Chips, farine, confiture, jus, sirop à base de purée, banane séchée ou pâtisserie : des débouchés qui prolongent la conservation, limitent le gaspillage et ouvrent des opportunités pour les femmes, les jeunes et les petites et moyennes entreprises.

Le secrétaire général du GIE, Bourama Daffé, a plaidé pour un accompagnement plus fort des autorités. Il appelle aussi les jeunes à s’orienter vers l’agriculture pour contribuer au développement de Sédhiou, région considérée comme la plus pauvre du pays, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

“Depuis plus de trente ans, les producteurs travaillent dans cette plantation. Ils assurent la scolarité des enfants, les soins médicaux, les mariages, les baptêmes et les dépenses quotidiennes grâce aux recettes de la banane. Pour nous, ce champ est une véritable usine”, a-t-il expliqué.

Du Boudié aux marchés, la banane, une filière porteuse confrontée à des défis

Assise sous le bananier, le plat rempli de bananes, Sounkarou Fofana raconte les réalités éprouvantes du commerce de la banane dans les marchés de Sédhiou.

Chaque jour, elle parcourt des kilomètres à pied pour s’approvisionner au périmètre avant de revendre au marché central.

Derrière cette activité en apparence simple se cachent de nombreuses difficultés : approvisionnement, transport, conservation et risques de pertes lorsque les bananes ne trouvent pas preneur à temps.

Malgré ces contraintes, Sounkarou poursuit son activité avec détermination, convaincue que la banane reste pour elle une source essentielle de revenus.

Pour Maguette Traoré, la transformation de la banane offre une seconde vie au produit et permet d’en tirer davantage de revenus.

Plutôt que de vendre uniquement la banane fraîche, elle propose de la transformer en farine, couscous ou autres dérivés, afin de créer des activités capables de retenir les femmes et les jeunes dans leurs localités.

Elle pointe toutefois plusieurs contraintes : manque d’équipements adaptés, difficultés de conservation, accès limité au financement, problème d’emballage et surtout difficulté d’écoulement des produits transformés. Ces obstacles sont également relevés dans les expériences d’agro-transformation menées à Sédhiou.

Du Boudié aux marchés, la banane, une filière porteuse confrontée à des défis

“Nous avons besoin de machines et d’un meilleur accompagnement pour augmenter notre production. Nous souhaitons aussi accéder à des marchés plus importants afin de mieux vendre nos produits. Si la banane est davantage transformée sur place, cela peut créer des emplois pour beaucoup de femmes”, soutient Maguette Traoré.

La filière banane présente un potentiel considérable pour Sédhiou, l’un des territoires du sud à forte production. Le développement d’unités locales de transformation et le renforcement de la participation des femmes apparaissent essentiels pour consolider cette filière porteuse.

OB/ASB/ADC/BK