SENEGAL-ECONOMIE
Dakar, 12 fév (APS) – Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a livré, jeudi, à Dakar, un diagnostic des obstacles au développement des petites et moyennes entreprises/industries (PME/PMI) au Sénégal : l’inexistence de marchés pour certaines d’entre elles, l’absence d’infrastructures chargées de les accompagner et de guichets destinés à elles au sein des banques.
En plus, selon lui, la fiscalité sénégalaise met en danger la vie des PME/PMI, auxquelles il est souvent demandé des garanties qu’elles sont incapables de fournir en contrepartie de leur financement par les banques.
‘’Il faut davantage faire confiance aux PME. Trop d’initiatives échouent, faute d’un accompagnement efficace, faute de marchés, faute d’infrastructures adéquates comme les zones industrielles ou les incubateurs’’, a relevé M. Diop en présidant un atelier de présentation de la Stratégie nationale de promotion et de développement des PME/PMI aux entrepreneurs.
L’Assemblée nationale et le gouvernement doivent ‘’encourager les banques à avoir des guichets réservés aux PME’’, a-t-il suggéré.
De l’avis de Serigne Guèye Diop, les garanties demandées aux PME ne leur permettent pas de se développer. ‘’Les garanties, comment voulez-vous qu’une PME qui n’existe pas en dispose ? Une PME qui vient de naître ne peut pas apporter des garanties. Elles sont très difficiles à obtenir pour un jeune entrepreneur de 25 ou 30 ans’’, a soutenu le ministre, ingénieur agroalimentaire de formation et ancien directeur général du centre de recherche-développement de Nestlé pour l’Afrique et le Moyen-Orient.
‘’Comment voulez-vous qu’un jeune de 25 ou 30 ans vous apporte comme garantie une maison qui n’existe pas, au moment où lui-même cherche à construire sa propre maison ?’’ s’est demandé M. Diop pour dire à quel point ces garanties demandées par les banques aux promoteurs des PME/PMI empêchent ces entités économiques de prospérer.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop
Le ministre de l’Industrie et du Commerce soutient, par ailleurs, que la fiscalité sénégalaise n’est pas propice au développement des PME/PMI, lesquelles représentent la colonne vertébrale de l’économie sénégalaise. ‘’Notre fiscalité est anti-PME. L’impôt sur le revenu est de 30 %. Dans les zones économiques spéciales, il n’est que de 15 %. Dans d’autres pays, les PME bénéficient de […] vacances fiscales pendant trois, cinq ou dix ans, ce qui leur permet de continuer à investir avec leurs bénéfices’’, a expliqué Serigne Guèye Diop.
Les taux d’intérêt et la courte durée du remboursement des crédits octroyés aux PME/PMI sont à revoir, a-t-il dit.
Thomas Kuppers, chef de mission adjoint à l’ambassade de l’Allemagne au Sénégal, est intervenu à l’atelier pour parler de l’expérience de son pays dans ce domaine. ‘’Notre expérience montre qu’une économie forte repose sur un tissu dense et décentralisé de petites et moyennes entreprises. Ce modèle s’est développé autour du savoir-faire transmis par des générations à d’autres, dans des entreprises familiales et des structures managériales ouvertes à l’innovation’’, a dit M. Kuppers.
L’Allemagne accorde ‘’une importance particulière’’ au renforcement du secteur privé sénégalais, sur les plans technique et financier, selon lui.
Serigne Guèye Diop a annoncé, par ailleurs, une augmentation du budget du secrétariat d’État chargé du Développement des petites et moyennes entreprises/industries. De 1 milliard de francs CFA cette année, il sera porté à 2 milliards dès l’année prochaine, puis à 4 milliards en 2028, ce qui, selon le ministre, permettra au secrétariat d’État de mieux assister les entrepreneurs.

Thomas Kuppers, chef de mission adjoint à l’ambassade de l’Allemagne au Sénégal
‘’Toutes les organisations de l’État, dont l’ADEPME (Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises) et le Bureau de mise à niveau des entreprises, ont besoin de plus de ressources’’, a-t-il signalé, ajoutant : ‘’J’ai le plaisir de vous annoncer que le budget de 1 milliard alloué au secrétariat d’État cette année va passer à 2 milliards dès l’année prochaine et à 4 milliards en 2028.’’
Cette augmentation va permettre de financer certaines petites et moyennes entreprises, selon Serigne Guèye Diop.
La Stratégie nationale de promotion et de développement des PME/PMI est l’aboutissement de concertations qui se sont déroulées à Dakar et dans les autres régions, a-t-il dit.
Les conclusions de ces concertations font l’objet d’un document qui sera présenté aux membres du gouvernement, lors d’un Conseil des ministres.
La stratégie élaborée va renforcer le cadre législatif et réglementaire des PME/PMI et faciliter la formalisation et la création des entreprises, d’après Serigne Guèye Diop.
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