Désinformation : un rapport appelle à une réponse coordonnée entre l’Afrique et l’Europe
Désinformation : un rapport appelle à une réponse coordonnée entre l’Afrique et l’Europe

MONDE-MEDIAS-DEFIS

Dakar, 23 oct (APS)- Le centre de recherche ”Timbuktu Institute” et l’Institut d’études politiques de l’Académie polonaise des sciences ont présenté, vendredi, à Dakar, un rapport conjoint levant le voile sur les effets de la désinformation sur la stabilité politique, la sécurité et les institutions démocratiques au Sahel et en Europe.

Intitulé ‘’Désinformation, démocratie et enjeux de stabilité et de sécurité : quels défis partagés entre le Sahel et l’Europe?’’, le document d’une vingtaine de pages préconise également une coopération interrégionale renforcée pour mieux prévenir les manipulations de l’information.

Les auteurs se sont notamment attardés sur les mécanismes par lesquels les campagnes de manipulation exploitent ‘’les fractures sociales, les crises de confiance et les rivalités géopolitiques pour influencer les perceptions, accentuer les antagonismes et fragiliser les institutions’’.

Au Sahel et en Afrique de l’Ouest par exemple, la dégradation de la situation sécuritaire, les transitions politiques, les revendications de souveraineté et la défiance envers les autorités et les partenaires étrangers constituent un ‘’terrain favorable à ces opérations’’, souligne le document.

Alors que dans le contexte européen, les campagnes de manipulation s’appuient notamment sur les inquiétudes économiques, les tensions migratoires, la polarisation politique et la défiance envers les institutions nationales et européennes, peut-on encore lire dans l’étude cordonnée par les chercheurs Bakary Samb et Agnieszka Cianciara.

Entre relais locaux et amplifications numériques

Le document souligne que les influences extérieures ne peuvent être dissociées du rôle des acteurs locaux qui reprennent, diffusent et légitiment certains récits auprès de leurs publics.

Au Sahel, fait-il constater, ces dynamiques s’inscrivent dans un environnement marqué par ‘’l’insécurité, les violences terroristes et les recompositions géopolitiques’’.

‘’La circulation de contenus non vérifiés peut accentuer les soupçons entre communautés, fragiliser la confiance envers les institutions et contribuer au rétrécissement de l’espace civique’’, souligne le rapport, en faisant notamment allusion à l’effet amplificateur des réseaux sociaux, à travers les progrès de l’intelligence artificielle générative, les deepfakes.

En Europe, les campagnes d’ingérence informationnelle exploitent notamment les inquiétudes liées au pouvoir d’achat, à l’immigration et aux divisions politiques pour affaiblir la confiance dans les institutions et les processus démocratiques.

A cet effet, le texte cite ‘’l’érosion progressive’’ d’un socle commun de faits vérifiables, indispensable à la confrontation des idées et au fonctionnement de la démocratie, comme ‘’ l’une des conséquences les plus préoccupantes de la désinformation’’.

Il appelle à ‘’une réponse durable’’, en s’attaquant aux vulnérabilités sociales, institutionnelles et informationnelles qui favorisent leur propagation.

Le rapport met aussi en garde contre ‘’les approches exclusivement répressives’’, lesquelles sont susceptibles de restreindre le pluralisme médiatique et de transformer la lutte contre la désinformation en instrument de contrôle de la critique citoyenne.

Renforcer les médias crédibles pour l’intégrité de l’information

L’enjeu consiste à distinguer ‘’les opérations coordonnées de manipulation de l’information du journalisme d’investigation, de l’expression critique et de la contestation politique légitime’’.

Le texte note que les mesures restrictives doivent reposer sur une ‘’base légale claire et respecter les principes de nécessité, de proportionnalité et de transparence’’, insistant également sur l’importance de renforcer la crédibilité des institutions, l’indépendance des médias et la capacité des citoyens à ‘’confronter les récits’’ pour se forger un jugement éclairé.

Dans une perspective de renforcer la résilience informationnelle, le rapport formule plusieurs recommandations à l’intention des États, des organisations régionales, des plateformes numériques et des acteurs de la société civile.

Il préconise par exemple la mise en place d’un ‘’mécanisme permanent de coopération entre l’Europe et l’Afrique à travers le partage d’informations, la veille et l’alerte précoce sur les campagnes coordonnées de désinformation.

Aussi, la coopération avec les plateformes numériques devrait favoriser la détection des campagnes coordonnées, la transparence des systèmes de recommandation, l’accès des chercheurs aux données pertinentes et une modération mieux adaptée aux langues nationales et locales, recommande le rapport.

Ses auteurs préconisent en même temps un soutien durable aux médias indépendants, aux organisations de vérification des faits, aux chercheurs et aux initiatives locales d’éducation aux médias.

SMD/MTN/ADL