SENEGAL-AGRICULTURE-PROFIL
Louga, 6 mars (APS) – Marie Sow, présidente de la Société coopérative agricole des jeunes et femmes de Léona (SOCOOPA POP PRO), une organisation regroupant 580 membres, a le regard déterminé d’une combattante de la vie, guerrière ayant lutté au quotidien pour trouver sa voie.
Derrière son apparence discrète, se cache une femme au parcours impressionnant, partie de rien pour se construire une vie de productrice agricole prospère.
Dans les champs de la zone des Niayes, elle cultive plusieurs variétés de légumes, principalement l’oignon et la pomme de terre, la tomate et la carotte.
Marie Sow, teint clair, a vu le jour il y a une quarantaine d’années dans une famille d’agriculteurs de Yeugoul Mboyo, village situé à environ un kilomètre du marché de Potou, dans la commune de Léona.
Depuis sa tendre enfance, elle voit ses parents travailler la terre. Elle dit encore se souvenir d’une époque où les maraichers de la zone irriguaient leurs périmètres en puisant l’eau d’un puits grâce à un seau et une corde.
Avec le temps, les techniques ont évolué : les bassins d’irrigation, les mini-forages, le système de goutte-à-goutte et désormais les lanceurs d’eau ont progressivement transformé les pratiques agricoles.
Rien qui l’impressionne vraiment, parce que l’agriculture est d’abord et avant tout une affaire de passion chez Marie.
Des débuts modestes, une détermination sans faille
Au départ, elle n’avait pas de terre, ce qui n’étonne pas dans un milieu où l’accès au foncier st souvent réservé aux hommes.
Marie a dû trouver d’autres moyens et astuces pour se lancer. D’abord en achetant de petites quantités d’oignons aux femmes qui travaillaient comme journalières dans les champs, rémunérés en nature, qui lui revendaient les deux ou trois kilos en leur possession.
Elle les achetait, les accumulait pour ensuite les revendre en sacs, répétant tous les jours le même procédé, jusqu’à faire de petites économies avec lesquelles elle s’offrit un mouton, ensuite vendu pour louer un champ.
À l’époque, dit-elle, un terrain pouvait être loué à 30 000 francs CFA suivant le système ”tollou sourga”, principe suivant lequel l’ouvrier saisonnier doit partager la récolte du champ qu’il exploite avec le propriétaire.

Sa première récolte lui a rapporté 400 000 francs CFA, une somme réinvestie par Marie pour louer un autre champ et augmenter sa production. Elle en tire 800 000 francs CFA l’année suivante.
À cette époque, elle ne pensait ni aux habits ni au confort : son seul rêve était de posséder sa propre terre. Les efforts de Marie vont payer, elle acquiert finalement un hectare pour 700 000 francs CFA, dans une zone reculée que beaucoup refusaient à cause des singes qui ravageaient les cultures.
Une femme qui crée de l’emploi et inspire les autres
Avec le temps, Marie Sow a développé sa propre entreprise agricole appelée “Niayes Production Mariama”, qui lui donne la possibilité de cultiver, transformer et commercialiser ses produits.
Dans ses champs, au moins cinq employés permanents travaillent de 8 heures à 18 heures, sur la base de contrats et des salaires mensuels. Certains viennent de Dahra, Kolda ou Diourbel pour participer à chaque campagne agricole.
En période de semis, de désherbage ou de récolte, d’autres travailleurs rejoignent les champs, dont des journalières, les jeunes chargés de remplir les sacs étant rémunérés à la pièce.
Pour Marie Sow, créer des emplois pour les jeunes et les femmes a toujours été un objectif central, désormais atteint.
Marie peut désormais être fière de pouvoir convoyer des camions d’oignons et de pommes de terre sur Dakar, Diourbel, Ziguinchor ou même la Gambie.
Elle est également l’une des premières femmes à avoir réussi à acheter et vendre des camions d’oignons sur la plateforme de Potou, un espace longtemps dominé par les hommes.
En plus de ses activités agricoles, elle s’investit dans la vie sociale de sa communauté et a par exemple présidé un moment la Fédération des réseaux des jeunes filles de Léona, sans compter qu’elle fait siège désormais dans les instances nationales de la filière oignon ainsi qu’au sein du comité ad hoc de la filière pomme de terre.
Marie est aussi membre du Collège des jeunes du Conseil national de concertation des ruraux (CNCR).

À travers la coopérative SOCOPA POP PRO, elle a contribué à la formation de près de 150 jeunes grâce au soutien du programme Agri-Jeunes. Certains ont reçu des équipements pour le maraîchage, d’autres deux bœufs et de l’aliment de bétail pour démarrer une activité d’embouche.
La réussite repose d’abord sur la confiance en soi : c’est la vision de Marie, qui a coutume de dire aux jeunes venus lui demander conseil que tout commence par la détermination. Elle les encourage aussi à éviter le gaspillage et à investir leurs revenus dans des activités productives.
Elle dit ressentir une grande fierté en voyant les jeunes gagner leur vie grâce à l’agriculture, convaincue que chaque emploi créé est une contribution au développement du pays.
DS/ADL/BK/ASB/AKS

