Des chercheurs revisitent les pionniers de la culture arabo-islamique au Sénégal
Des chercheurs revisitent les pionniers de la culture arabo-islamique au Sénégal

SENEGAL-CULTURE-EDITION

Dakar, 17 mars (APS) – L’ouvrage publié en langue arabe sous le titre Fath al-Kabīr al-Muta‘āl fī Tarājim A‘lām as-Sinġāl, ou notices biographiques des figures éminentes du Sénégal, se propose de revisiter l’histoire intellectuelle et religieuse du pays, en levant le voile sur des savants et pionniers de la culture arabo-musulmane “longtemps restés dans l’ombre de la mémoire collective”.

L’imaginaire historique sénégalais associe généralement le terme “Magni” – désignant les pionniers de la culture arabo-islamique – à la génération de grandes figures religieuses du début du XXᵉ siècle telles qu’El Hadji Abdoulaye Niasse, El Hadji Malick Sy et Cheikh Ahmadou Bamba, auxquelles s’ajoute parfois, pour les périodes plus anciennes, la figure du réformateur El Hadji Omar Tall, écrit par exemple le coordinateur scientifique de cet ouvrage collectif, Mouhamadou Bamba Dramé, dans la préface du livre publié en 2023 et réédité en 2025 au Maroc.

Selon cet enseignant-chercheur à l’université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba, cette perception “occulte l’existence de générations antérieures de savants et d’ascètes qui ont préparé le terrain intellectuel et religieux sur lequel ces grandes figures ont pu bâtir leurs œuvres spirituelles et littéraires”.

“La génération d’El Hadji Abdoulaye Niasse et de ses contemporains n’aurait pas été en mesure d’accomplir ses œuvres majeures sans l’héritage laissé par ceux qui les ont précédés”, fait-t-il savoir.

L’ouvrage rappelle que les périodes plus anciennes de l’histoire islamique du Sénégal ont été marquées par la présence d’érudits vers lesquels les populations se tournaient dans les moments d’épreuve. Cependant, “les récits relatant leurs vies et leurs œuvres se sont largement dissipés au fil du temps, en raison de la prédominance de la transmission orale dans la préservation de cette mémoire”, déplore le chercheur en études islamiques.

“Dépoussiérer ces pages lumineuses de l’histoire savante du Sénégal”

Face à ce constat, rappelle docteur Dramé, des chercheurs essentiellement basés au Maroc, se sont donné pour objectif de “rassembler et de documenter, autant que possible, les biographies des figures ayant exercé l’influence la plus marquante dans le champ de la culture arabo-islamique au Sénégal”.

Il s’agissait, selon lui, de “dépoussiérer ces pages lumineuses de l’histoire savante du pays”, dans une perspective de “restituer la place qu’occupent ces personnalités dans la formation du patrimoine intellectuel et spirituel sénégalais”.

Le projet entend également combler une “lacune longtemps relevée dans le patrimoine islamique du Sénégal, marqué par un déficit de travaux consacrés à la conservation des biographies de ses grandes figures, à la mise en valeur de leurs contributions et à la consignation de leurs réalisations intellectuelles et religieuses”, a encore fait savoir le préfacier de cet ouvrage de 341 pages.

Ce travail de recherche qui se veut un “inventaire des pionniers de la culture et de l’enseignement arabo-islamique” a aussi documenté la vie et l’œuvre de 14 personnalités intellectuelles et religieuses, à l’instar du Cadi Amar Fall, de Piir, Malick Sy, du royaume du Boundou et de Massamba Thiam.

Il en est de même pour Makhtar Ndoumbé Diop de koki, Abdourahmane Sylla dit Serigne Dramane, Serigne Nguik Mayoro Ndack Kébé.

L’ouvrage s’attarde également sur la biographie de Makhtar Naar Lo de Niomré, de Serigne Malamine Sarr, de Thierno Sileyman Baal, de l’almamy Abdoul Khadre Kane, de Maram Mbacké, ancêtre commun de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké et d’El Hadji Malick Sy.

Cheikh Modou Bamba Sall, homonyme du fondateur de la confrérie mouride, Ousmane Tall, père d’El Hadj Oumar et Serigne Babacar Niang de Gaya, village natal d’El hadji Malick Sy, sont également étudiés dans ce livre publié au Maroc en cours de traduction en français.

SMD/BK