MAROC-AFRIQUE-FOOTBALL-PERELINAGE
De l’envoyée spéciale de l’APS, Seynabou Ka
Fès, 1er jan (APS)-Pour de nombreux fidèles de la confrérie Tidiane, séjourner au Maroc — quel que soit le motif du déplacement— sans se recueillir au mausolée du fondateur de cette voie soufie éponyme à Fès s’apparenterait presque à une transgression spirituelle.
La Coupe d’Afrique des nations, qui se déroule actuellement dans le royaume chérifien, offre ainsi une opportunité singulière à de nombreux disciples, notamment parmi les supporters des Lions du Sénégal, de conjuguer passion sportive et ferveur mystique, à l’image d’Abdoulaye Diong.
Originaire de la région de Matam, au Nord du Sénégal, Abdoulaye Diong a été choisi par son entreprise pour assister à la CAN, en raison de ses performances de vente. Mais pour lui, ce déplacement professionnel ne pouvait se limiter au football. Il lui était impensable de fouler le sol marocain sans effectuer un pèlerinage auprès de son guide spirituel, Cheikh Ahmed Tidiane Chérif.
Comme de nombreux fidèles de passage dans le royaume, il a transformé son séjour sportif en un profond voyage spirituel vers Fès, cité impériale où recueillement, rencontres humaines et quête intérieure se sont harmonieusement entremêlés.
Dans ce périple empreint de sens, Abdoulaye Diong a accepté d’être accompagné par des journalistes de l’Agence de presse sénégalaise (APS) mobilisés pour la couverture de la CAN, transformant ainsi ce déplacement en une expérience à la fois humaine, spirituelle et introspective.
À 10 h précises, le train quitte la gare de Tanger Ville. À bord du TGV Al Boraq, Abdoulaye entame l’un des voyages sans doute les plus significatifs de sa vie. Le cœur rempli de gratitude et d’intentions spirituelles, il se laisse porter par le rythme rapide du train.
À travers les vitres, défilent collines verdoyantes, plaines fertiles et villages pittoresques aux maisons en pierre rouge. À chaque kilomètre parcouru, le visage d’Abdoulaye s’illumine, oscillant entre joie et sérénité. La sérénité d’un homme qui s’apprête à rendre visite à son guide spirituel, un érudit d’exception dans les sciences islamiques très populaire au Sénégal.

À Kénitra, le voyage prend une autre dimension. Abdoulaye Diong descend du TGV pour embarquer à bord d’un train classique en direction de Fès. Moins technologique, ce trajet lui offre le temps d’observer chaque détail du paysage et de percevoir l’odeur de la terre encore humide après une pluie matinale.
Le vent frais, qui traverse son corps, le fait retourner vers les journalistes, les mains enfouies dans les poches de son pantalon en coton, insuffisantes pour le protéger du froid piquant. Il lance avec un sourire : ‘’J’ai oublié mon manteau ’’. Puis il reprend sa place comme si de rien n’était, sans doute réchauffé par la ferveur spirituelle qui grandit à mesure que la distance le séparant de Fès se réduit.
C’est à bord de ce train classique que survient une rencontre aussi inattendue que touchante. Un petit garçon marocain, entré dans la cabine, se met spontanément à lui parler avec une candeur attendrissante. Il évoque son impatience de prendre l’avion pour la première fois, raconte sa maladie de la veille, puis éclate d’un rire communicatif.
Sa mère, souriante, traduit patiemment ses propos en français, permettant à Abdoulaye d’échanger avec l’enfant. L’un parle arabe, l’autre français, mais la barrière linguistique saute devant cette humanité partagée. Ce moment privilégié illustre la force des rencontres et de la communication au-delà des mots.
L’arrivée à Fès se fait sous une pluie fine, ajoutant à la ville une atmosphère singulière. Après avoir accompli la prière de Dhuhr (13 h 27, heure locale) dans la salle de prière de la gare, Abdoulaye ne s’attarde pas, se dirigeant vers la zawiya de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, située dans le quartier Al Blida de Fès el Bali.
Le taxi traverse la Médina, cœur historique et fortifié de la ville, révélant la densité et la richesse architecturale de cette cité impériale. Les bâtiments ocres, ressemblant à des châteaux médiévaux, semblent porter le poids des siècles.
Fès, la plus ancienne des villes impériales du Maroc, est célèbre pour sa Médina médiévale, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Véritable musée à ciel ouvert, elle est un centre culturel et spirituel majeur, réputé pour son artisanat, ses souks et son histoire riche, marquée par des influences arabes, andalouses, berbères et juives. Un vrai melting-pot.
Fondée au VIIIᵉ siècle par Idriss Ier, la ville s’est imposée comme un carrefour historique entre le Rif et le Moyen Atlas.
Les tombeaux des Mérinides, souverains du Maghreb et de la péninsule ibérique, perchés sur des collines dominant la Médina, offrent une vue imprenable et semblent veiller silencieusement sur la cité qu’ils ont façonnée entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle.
Après quelques kilomètres, Abdoulaye Diong arrive enfin à la zawiya de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, cœur spirituel de Fès, où l’atmosphère devient presque palpable.

Visiblement ému dans ces lieux chargés de spiritualité, notre compagnon se replie dans un profond silence. Par des gestes lents, empreints d’une quête de paix intérieure, il s’avance vers le mausolée de son guide spirituel.
À sa sortie, il confie avoir ressenti une grande émotion. ‘’C’est le rêve de toute personne de venir à Fès pour faire la ziarra. Je suis vraiment comblé’’
Le périple s’achève sur un moment aussi simple qu’inattendu. Dans une boutique de chapelets située en face du mausolée, Abdoulaye Diong fait une rencontre exceptionnelle, celle de son ancien professeur de mathématiques du collège de Kanel (Matam), lui aussi présent au Maroc dans le cadre de la CAN.
À Fès, la forte présence de pèlerins venus du Sénégal donne à ce lieu de culte l’allure d’une véritable extension du pays. Pour celui qui visite l’endroit pour la première fois, il est presque impossible d’accéder à la zawiya sans y rencontrer un Sénégalais, ou d’en ressortir sans croiser un compatriote.
Après les accolades et les souvenirs partagés du temps du collège, le voyage de Tanger à Fès est devenu bien plus qu’un simple déplacement. Il restera pour Abdoulaye une expérience de foi, de mémoire, de rencontres humaines et de recueillement profond.
Fondateur de la confrérie Tijaniyya, Cheikh Ahmed Tidiane Chérif est né vers 1737 (1150 de l’Hégire) à Aïn Madhi, en Algérie, avant de s’éteindre le 22 septembre 1815 à Fès où il a passé une bonne partie de sa vie. Théologien acharite et juriste malikite, il demeure une figure centrale du soufisme dont l’influence spirituelle dépasse largement les frontières du Maghreb pour s’établir dans de nombreux pays africains comme le Sénégal, le Mali, le Nigéria et la Mauritanie, mais aussi en Occident et ailleurs.
SK/HB/ADL/SMD/MTN

