SENEGAL-AGRICULTURE-INNOVATION-REPORTAGE
Ndande (Louga), 1er oct (APS) – Du bassin arachidier centre au bassin arachidier nord, des chercheurs, producteurs, transformateurs et acteurs de la filière niébé ont parcouru, pendant deux jours (29-30 septembre), plusieurs zones agroécologiques du Sénégal pour évaluer, ensemble, des lignées de niébé développées par le Centre national de recherches agronomiques (CNRA) de Bambey.
Cette mission de co-évaluation multidisciplinaire et participative s’est rendue à Ndiémane, Bambey, Noto, Pambal, Louga et Ndande, pour s’enquérir de la manière dont les différentes lignées se comportent dans des conditions agroécologiques contrastées.
Conduite par le directeur du CNRA de Bambey, Bassirou Sine, la mission s’inscrit dans le projet Breakthrough Cowpea Products for the West African Drylands, une initiative de sélection végétale financée par la Fondation Bill & Melinda Gates.
“On était dans une évaluation participative de différentes variétés pour différents objectifs de sélection, notamment pour la qualité du grain, la grosseur des graines, mais aussi pour le rendement”, a expliqué Bassirou Sine.
De Ndiémane (Bambey) à Noto (Thiès), en passant par Pambal (Tivaouane) et Ndande (Louga), les chercheurs ont été confrontés à des réalités différentes.
Certaines parcelles bénéficient de conditions pluviométriques favorables et de sols relativement riches, tandis que d’autres sont marquées par le stress hydrique ou la faible fertilité des sols.
À Loffé, un village de Pambal, une commune du département de Tivaouane, le manque d’eau a particulièrement marqué les observations.
À Louga et Ndande, le problème de fertilité des sols a été relevé, malgré une bonne pluviométrie enregistrée cette année.
“On a pu vraiment voir que certaines variétés se comportent bien dans les différentes écologies, mais on a vu aussi qu’il y a des variétés qui sont spécifiques à certaines écologies”, a souligné le directeur du CNRA de Bambey.
À chaque étape, les chercheurs ont sollicité l’avis des producteurs sur les lignées expérimentées. Une manière, selon eux, de confronter les résultats de la recherche aux attentes de ceux qui utilisent directement les variétés.
Partout où la mission est passée, la variété “Yacine” a recueilli l’appréciation des producteurs, qui voient en elle une possibilité de contribuer à booster la production de niébé au Sénégal.
À Pambal, un producteur venu de Louga, Mamadou Ndiaye, a résumé en quelques mots les attentes du monde paysan : “Nous voulons du niébé qui produit et qui a de la paille”.
Pour lui, le producteur a “seulement deux options en cultivant la terre : le manger et la paille”.
Au-delà du rendement et de la qualité du grain, les producteurs recherchent donc des variétés capables de répondre à plusieurs besoins, notamment la disponibilité de paille pour les animaux.
La différence de comportement entre les lignées selon les zones constitue ainsi l’un des principaux enseignements de cette mission.
Les observations recueillies sur les différents sites doivent être comparées avant de déterminer les lignées présentant le meilleur potentiel d’adaptation, de production et d’utilisation.
Pour Aliou Mbengue, président du Cadre national interprofessionnel de la filière niébé, la démarche participative mérite d’être poursuivie.
“Depuis le début, vraiment, on vient avec eux pour voir l’évolution de ces parcelles test pour donner notre avis. On nous a impliqués dans ce travail. C’est un travail participatif”, a-t-il relevé.
Il estime que l’un des principaux freins au développement de la filière reste l’utilisation de variétés qui “ne sont pas vraiment de véritables semences”.
“On doit œuvrer dans ce sens pour que les producteurs puissent avoir des semences de qualité pour pouvoir vraiment développer la productivité ainsi que la production”, a-t-il ajouté.
Fatou Diouf, une transformatrice de produits locaux basée à Diourbel, a pour sa part insisté sur la nécessité d’associer tous les maillons de la chaîne.
“Il faut transformer les choses, mais il ne faut pas oublier le producteur : sans producteur, il n’y a pas de produit”, a-t-elle dit, appelant à veiller à la qualité des productions et à développer des solutions adaptées aux réalités sénégalaises.
Au terme de la mission, les producteurs ont exprimé leur satisfaction et leur espoir de voir cette démarche contribuer davantage au développement de la culture du niébé et à l’augmentation de sa production.
Pour Bassirou Sine, cette mission ne représente qu’une étape dans un processus plus large.
Les avis recueillis auprès des producteurs seront croisés avec les observations des sélectionneurs avant le choix définitif des lignées susceptibles d’être proposées à l’homologation.
“Le challenge est devant nous”, a indiqué le directeur du CNRA de Bambey, évoquant notamment la question de la disponibilité des semences, une fois les nouvelles variétés homologuées.
Il a ainsi appelé les organisations paysannes et les producteurs de semences à travailler avec l’ISRA pour mettre en place un mécanisme de préfinancement de la production semencière.
“C’est la seule voie qui puisse être durable pour qu’on puisse en tout cas dépasser cet état où à chaque fois, on demande des semences et on n’en trouve pas”, a-t-il soutenu.
Ces deux journées auront finalement permis aux chercheurs de confronter leurs travaux aux réalités du terrain et aux préférences des producteurs, dans la perspective de mettre au point des variétés de niébé plus adaptées aux différentes zones agroécologiques du Sénégal.
MNF/BK
