Dans les environs de l’Ecole 11 et de l’Ecole 15 de Tivaouane, riverains et pèlerins en quête d’eau
Dans les environs de l’Ecole 11 et de l’Ecole 15 de Tivaouane, riverains et pèlerins en quête d’eau

SENEGAL-HYDRAULIQUE-REPORTAGE

Tivaouane, 25 août (APS) – À la veille du Gamou de Tivaouane, prévu dans la nuit de mardi à mercredi, certains quartiers de la cité religieuse rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en eau, notamment aux abords des écoles 11 et 15, où pèlerins et riverains sont contraints de s’organiser, pour trouver les quelques litres nécessaires à la cuisine, aux ablutions et aux besoins quotidiens.

Il est environ 11 heures. À Tivaouane, la forte pluie tombée à l’aube a laissé quelques flaques dans les rues.

A Tivaouane Wolof, aux alentours de l’Ecole 11, située à quelques minutes de la Grande Mosquée, le constat est sans appel. Les robinets à sec pendant la journée ne laissent s’écouler qu’un mince filet d’eau pendant quelques heures de la nuit. Les bassines et les bidons, habituellement réservés aux usages domestiques, sont désormais devenus des récipients qu’il faut remplir dès que l’eau fait son apparition.

Dans une demeure faisant face à l’école, une famille venue de Thiès s’active pour la préparation du repas. Sous une tente installée à l’avant-cour de la maison, le manque d’eau vient accentuer une chaleur déjà étouffante.

Une des dames de la maisonnée, Combé, épluche des oignons, la sueur dégoulinant sur son visage.

“Il n’y a pas d’eau. C’est vraiment difficile”, dit-elle, poussant un long soupir comme pour témoigner de son amertume.

L’eau ne revient que tard dans la nuit, pour  disparaître au petit matin, déplore-t-elle. 

Dans les environs de l'Ecole 11 et de l'Ecole 15 de Tivaouane, riverains et pèlerins en quête d'eau

Quelques minutes plus tôt, confie-t-elle, un camion-citerne des sapeurs-pompiers sillonnant les quartiers affectés pour ravitailler les populations, était passé devant leur porte. Mais elles n’ont pu avoir qu’une seule bassine.

Une femme habitant les environs, seau à la main, arrive quelques instants plus tard. Elle apprend que l’eau a été distribuée, mais espère pouvoir repartir avec quelques litres du liquide précieux.

“Il y a un manque criant d’eau. C’est le même problème un peu partout dans le voisinage”, témoigne Marème Ndiaye.

La situation est similaire pour Ndèye Diaw et sa délégation, venues de Rufisque. La dame et ses condisciples femmes se sont installées sur le terrain de football attenant à l’Ecole 11. De plain-pied dans la préparation des repas, elles sont éprouvées par le manque d’eau.

Lors du passage de la citerne, elle n’a eu droit qu’à une bassine. Une situation “difficile” dont elle se plaint.

À quelques pâtés de maisons de là, Ablaye, venu de Kolda, s’affaire à vider le peu d’eau qui reste d’un fût en plastique. Il raconte avoir dû veiller une partie de la nuit, pour en recueillir une petite quantité, vers trois heures du matin, en raison d’une pression qui était très faible.

Pour Ngoné, arrivée tard dans la nuit en provenance de Pikine, la nuit a été aussi très longue. D’un âge avancé, elle a veillé une bonne partie de la nuit, dans l’espoir d’un retour de l’eau.

Les citernes des sapeurs-pompiers étaient de passage près de son site d’accueil, mais, selon elle, la quantité d’eau distribuée était insuffisante, comparée aux besoins. “Ils nous ont donné une seule bassine d’eau. Ils ont dit que la demande était trop importante”, rapporte-t-elle.

Dans les environs de l'Ecole 11 et de l'Ecole 15 de Tivaouane, riverains et pèlerins en quête d'eau

Dans ce quartier des environs de la Grande Mosquée, la même scène se répète d’une maison à l’autre : des seaux posés devant les concessions, des bidons alignés, dans l’attente d’un éventuel ravitaillement, et des familles obligées de surveiller le moindre retour d’eau.

À quelques heures du Gamou, alors que les fidèles continuent d’affluer à Tivaouane, chaque litre devient précieux.

À l’Ecole 15, l’armée vient au secours des pèlerins

Vers 18 heures, la situation ne s’est guère améliorée aux alentours de l’Ecole 15, située dans un quartier périphérique dénommé Dabakh.

Le manque d’eau touche également les fidèles installés dans cet établissement ainsi que les populations riveraines.

Au sein de l’école, le Service de santé des armées a installé un hôpital de campagne pour accompagner le dispositif sanitaire mis en place à l’occasion du Gamou.

À l’entrée de l’établissement, une citerne mise à disposition par les militaires distribue de l’eau à ceux qui ont campé dans l’école, mais aussi aux riverains qui viennent avec leurs bidons et leurs bassines.

Après avoir rempli son bidon de 20 litres, Malick s’efforce de le porter jusque dans l’un des bâtiments de l’école servant de logement le temps du Gamou.

“Nous venons de Dakar avec notre dahira, mais nous peinons à avoir de l’eau. L’armée vient à point nommé. Nous saluons vraiment leur acte”, témoigne-t-il.

À proximité du camion-citerne, règne une ambiance bon enfant. Plusieurs jeunes garçons s’activent autour d’une brouette chargée de bidons remplis d’eau. Ils se relaient pour transporter le précieux liquide à la maison.

“Depuis hier nuit, nous n’avons pas d’eau. Quand nous avons appris que les militaires en distribuaient, nous avons accouru pour nous approvisionner”, explique l’un des garçons.

Un peu plus loin, un jeune homme habitant le quartier, tient deux bidons dans ses mains, en attendant son tour.

“Depuis hier, il n’y a pas d’eau. Les robinets sont à sec. Tard dans la nuit, il y avait un peu d’eau, mais la pression était très faible”, témoigne-t-il.

À mesure que les fidèles affluent vers Tivaouane pour célébrer le Gamou, la demande en eau augmente considérablement.

Dans certains quartiers, l’accès au liquide précieux devient ainsi une préoccupation quotidienne, obligeant les habitants et les hôtes à multiplier les stratégies : acheter de l’eau en sachet, attendre le retour de l’eau au milieu de la nuit ou se tourner vers les citernes des sapeurs-pompiers et des forces de défense et de sécurité.

De l’école 11 à l’école 15, le même rituel se met en place : attendre, chercher, remplir et économiser. À la veille de l’un des plus grands rassemblements religieux du Sénégal, l’eau, indispensable à la cuisine, aux ablutions et aux besoins les plus élémentaires, se fait rare dans plusieurs sites de la cité religieuse. Fidèles et riverains partagent la même préoccupation au quotidien : trouver de l’eau.

MYK/ADI/HB/BK