SENEGAL-AFRIQUE-ARTS
Dakar, 9 fév (APS) – Le Réseau des exploitants et distributeurs africains (REDA) a entamé, lundi, à Dakar, un atelier de cinq jours pour ‘’dynamiser’’ le sous-secteur de l’exploitation des salles de cinéma et de la distribution des films, ‘’un maillon faible’’ du 7e art, qui, pourtant, regorge des opportunités.
Les membres du REDA prenant part à l’atelier sont de cinq pays : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal.
‘’Unir les salles de cinéma d’Afrique pour valoriser, diffuser et promouvoir les productions africaines et francophones auprès de tous les publics’’ est le thème de leurs travaux. Ils espèrent, au terme des cinq jours de leur rencontre, trouver les moyens de donner de la vigueur au sous-secteur de l’exploitation des salles de cinéma et de la distribution des films.
‘’Nous sommes là pour échanger des pratiques, non pas de survie mais de développement. L’atelier vise à réfléchir et à voir comment dynamiser le réseau d’exploitation et de distribution des films en Afrique’’, a expliqué le distributeur sénégalais Khalilou Ndiaye, membre du REDA.
Le sous-secteur de la distribution, contraint de maîtriser les outils numériques, est confronté à ‘’une modernisation [qui ne s’est] pas correctement réalisée’’, a-t-il relevé.
‘’On nous fait croire que les salles ne sont pas importantes’’
‘’Nous sommes tous restés aux anciens systèmes. Nos dirigeants ne s’en rendent même pas compte. Pourtant, il y a de véritables potentialités’’, a observé M. Ndiaye.
À son avis, il faut d’importants investissements pour donner du souffle et de la vigueur au sous-secteur de la distribution cinématographique.
‘’Il s’agit surtout de permettre aux salles qui existent encore en Afrique de continuer à opérer. On constate la disparition des salles, on nous fait croire qu’elles ne sont pas importantes. Pourtant, dans d’autres pays, en Europe par exemple, elles continuent à fonctionner’’, a analysé Khalilou Ndiaye.
L’Ivoirien Kouadio Djé propose d’ouvrir de nombreuses salles de cinéma, un bon moyen, selon lui, de mieux vendre les films africains. Les réalisateurs et les producteurs pourront en tirer profit, assure-t-il.
L’exploitation des salles et la distribution des films sont confrontées à une insuffisance de moyens, observe M. Djé, signalant que la salle ‘’Capitole’’, qu’il exploitait à Bouaké, en Côte d’Ivoire, a été fermée à cause de la guerre dans ce pays. Elle n’a pas encore rouvert ses portes, quinze ans après la fin du conflit, selon lui.

Rodrigue Kaboré, de Ciné Neerwaya, une salle de projection cinématographique de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, a énuméré des difficultés auxquelles est confrontée la distribution. La Société de distribution et de cinématographie a été fermée, ce qui rend difficile la disponibilité des films au Burkina Faso. Cette mesure des autorités de son pays l’a poussé à devenir producteur, puis distributeur.
M. Kaboré a relevé l’inexistence de lois ou règlements régissant les métiers du cinéma dans de nombreux pays africains. Les modules de formation à la distribution cinématographique sont inexistants dans les écoles de cinéma du continent, selon lui.
Le cinéaste malien Cheick Oumar Sissoko, président de la Fédération panafricaine des cinéastes et ancien ministre de la Culture, a rappelé quelques initiatives des pionniers du cinéma africain, dont les Sénégalais Ousmane Sembène (1923-2007) et Ababacar Samb Makharam (1934-1987), et le Tunisien Tahar Cheriaa (1927-2010), pour diffuser les films africains dans le contient. Ils ont créé les Journées cinématographiques de Carthage, en Tunisie, et le FESPACO, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, au Burkina Faso, selon lui.
Le secrétaire permanent du Fonds de promotion de l’industrie cinématographie et audiovisuelle (FOPICA) du Sénégal, Alioune Kéba Badiane, a salué l’initiative du Réseau des exploitants et distributeurs africains de se réunir au Sénégal pour sortir des difficultés ‘’ce maillon faible’’ du cinéma africain.
‘’Parler de distribution, c’est parler de l’économie du cinéma et de la possibilité de mobiliser des moyens pour les injecter dans la production cinématographique’’, a-t-il expliqué.
‘’Ces films doivent être vus dans le pays’’
Le FOPICA soutient la production, la diffusion et la distribution cinématographiques, a rappelé M. Badiane.
‘’Nous nous rendons compte que la plupart des moyens injectés dans le secteur du cinéma n’arrivent pas à la distribution. La preuve, c’est que la plupart des films ayant rencontré un succès à l’international comme à l’intérieur du pays ne sont pas souvent vus par les communautés locales’’, a-t-il signalé.
‘’Pourtant, l’argent injecté dans ces productions-là est celui du contribuable’’, a observé Alioune Kéba Badiane, ajoutant que ‘’ces films doivent être vus dans le pays’’.
Il s’est réjoui de l’initiative du REDA de mener cette concertation. ‘’Une rencontre pareille, nous la saluons et espérons que les autorités vont s’approprier les conclusions qui en sortiront pour les mettre en œuvre.’’
Selon M. Badiane, les recommandations des exploitants et des distributeurs pourraient être utiles à l’atelier prévu de mardi à jeudi prochains, à la place du Souvenir africain de Dakar, en vue de l’élaboration d’un plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique.
FKS/ESF

