Cherté de l’aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar
Cherté de l’aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

SENEGAL-ELEVAGE-CONSOMMATION-REPORTAGE

Dakar, 20 juin (APS)- Les prix de la viande bovine et de mouton ne cessent de grimper à Dakar. En deux ans, ils sont passés de 3 500 à 6 000 francs CFA dans des boucheries visitées par l’APS.

Les bouchers et les consommateurs interrogés invoquent diverses raisons et parlent de plusieurs causes, quant à l’origine de cette hausse: la cherté du prix de l’aliment de bétail, l’impact de la crise sécuritaire de certains pays de la région sur les importations de bétail vers le Sénégal, etc.

L’APS a visité la Société de gestion des abattoirs du Sénégal (SOGAS), implantée dans le département de Pikine, près de Dakar.

À l’’entrée de la SOGAS sont empilés des sacs de paille d’arachide. Deux jeunes hommes assis sur un tas de foin discutent à haute voix, tenant des sacs blancs qu’ils remplissent de foin destiné à l’alimentation du bétail. Ici, les bouchers guettent l’arrivée de la clientèle.

El Hadji Bassirou Niang, un homme d’âge mûr et boucher respecté à la SOGAS, est à l’accueil.

Cherté de l'aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

Des carcasses de mouton sont rangées d’un côté, celles des bœufs de l’autre. Elles sont accrochées à des boucles pointées au plafond. Ici, les prix sont de 4 700 francs CFA pour le kilo de viande de bœuf et de 5 500 pour le kilo de viande de mouton, selon les bouchers.

Ils jurent que la viande coûte moins cher à la SOGAS que dans les marchés et les boucheries de quartier.

“En 2024 et 2025, le kilo de viande de bœuf se vendait entre 3 300 et 3 500 francs CFA. Aujourd’hui, son prix varie entre 4 500 et 4 700 francs. Dans certains marchés de Dakar, les prix ont atteint 5 000 francs”, indique Oumar Mbaye Madiaga, chevillard à la SOGAS depuis plusieurs décennies.

D’après lui, les prix de la viande ont augmenté en proportion de ceux de l’aliment de bétail. “Les bœufs coûtent cher parce que le prix de l’aliment de bétail a augmenté. Il en faut en grande quantité pour nourrir le cheptel. Cette hausse se répercute sur le prix d’achat du bétail et le prix de la viande”, explique Oumar Mbaye Madiaga, en fin connaisseur, disant parcourir les foirails de Fass Mbao (ouest), Bambey, Diourbel (centre) et Dahra (nord) à la recherche d’animaux de boucherie pour approvisionner des ménages dakarois en viande.

Cherté de l'aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

D’après certains éleveurs et bouchers, dont M. Mbaye, le cheptel sénégalais est insuffisant pour couvrir les besoins de consommation des ménages, ce qui est partiellement à l’origine de la cherté de la viande. “Maintenant, je n’écoule qu’un ou deux bœufs par jour. Il y a quelques années, il me fallait quatre à sept bœufs par jour pour satisfaire les besoins de ma clientèle. Le bœuf vendu à 300 000 francs CFA il y a quelques années coûte aujourd’hui 450 000”, se plaint-il.

Sidath Keïta, dit Imam Keïta, la barbe bien taillée, abonde dans le même sens qu’Oumar Mbaye Madiaga. “L’insécurité au Mali est souvent considérée comme l’une des causes de la pénurie et de la cherté de la viande. À mon avis, elle n’en est vraiment une cause. La viande coûte cher parce que ça coûte cher de nourrir le bétail”, jure Sidath Keïta, vêtu d’une djellaba à capuche, un chapelet roulé autour du cou.

Cherté de l'aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

À ses côtés se tient un homme vêtu d’un tee-shirt bleu sali par le sang du bétail. Debout devant une table en bois recouverte d’un tapis sombre et rugueux, il donne de vigoureux coups de poing dans un gras morceau de viande. Aux côtés du boucher, s’affaire une femme vêtue d’une tunique fleurie, Khoudia Niasse, une restauratrice habituée aux étals de viande de la SOGAS. Elle est venue acheter 20 kilos de viande et trois kilos de foie.

‘”La hausse des prix de la viande impacte fortement nos activités. Il y a cinq ans, le kilo de viande de bœuf était de 2 800 francs CFA. Il est maintenant de 4 500 francs. C’est une très forte hausse”, s’inquiète Mme Niasse, laissant entendre que la hausse des prix rétrécit sa marge bénéficiaire.

“Je vendais la grande marmite de riz à 225 000 francs. Je suis obligée de la vendre à 250 000 francs maintenant à cause de la cherté de la viande. Je suis obligée de justifier cette hausse auprès de ma clientèle. Elle me fait confiance, j’en suis heureuse”, raconte-t-elle.

Cherté de l'aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

Matar Thiane, un boucher rencontré aux étals de viande de mouton de la SOGAS, se plaint de la faible présence de la clientèle. Si les clients arrivent au compte-gouttes, c’est à cause de la cherté de la viande, dit-il avec conviction. “Ils ne viennent plus en nombre. Pour un ménage dont la ration alimentaire journalière est de 10 000 francs, sachez que presque la moitié de ce montant ne rapporte qu’un kilo de viande. Il ne reste plus grand-chose de ces 10 000 francs. Ça suffit pour dissuader les gens de venir acheter de la viande”, soutient-il, dépité.

El Hadji Diop, un jeune boucher à la noirceur d’ébène, soutient que l’aliment de bétail est insuffisant au Sénégal, ce qui entraîne sa cherté et, par contrecoup, celle de la viande. À son avis, le pays doit produire énormément de fourrages pour y remédier. “Que ça ne vous étonne pas de voir le prix du kilo de la viande s’élever à 7 000 francs par exemple !”, prévient-il.

Cherté de l'aliment de bétail et cheptel en nombre insuffisant parmi les causes de la flambée des prix de la viande à Dakar

La boucherie à ciel ouvert de la commune d’arrondissement de La Médina, à Dakar, accueille de nombreux clients. Les prix en vigueur ici sont plus élevés que ceux de la SOGAS. Le kilo de viande de bœuf coûte 5 000 francs. La viande de mouton est vendue à 6 000 francs le kilo.

“Le coût élevé de l’aliment de bétail est la cause de cette hausse du prix de la viande”, confirme Abdou Salam, affirmant fièrement exercer le métier de boucher depuis trente-cinq ans.

“Le marché sénégalais de la viande est fortement dépendant de l’élevage de certains pays voisins, dont le Mali et le Niger. L’insécurité à laquelle sont confrontés ces pays impacte l’acheminement du bétail vers le Sénégal”, explique-t-il, disant rêver d’une “autosuffisance” du Sénégal en viande. “Les prix de la viande vont continuer à augmenter. Il faut y remédier par une solution qui convient en même temps aux bouchers, aux consommateurs et aux éleveurs”, conclut-il.

MFD/HB/ESF/BK/SBS