SENEGAL-POLITIQUE-CENTENAIRE-TEMOIGNAGE
Dakar, 31 mai (APS) – La popularité d’Abdoulaye Wade imposait, à chacune de ses extractions de prison, un dispositif de sécurité exceptionnel, a témoigné Jean Matar Ndiaye, ancien chef de cour à Rebeuss, chargé de sa protection.
”Je l’ai vraiment côtoyé, et je voyais à chaque fois sa popularité grandir de jour en jour. On ne pouvait pas mesurer sa popularité. Et à chaque fois qu’il était extrait de prison, il fallait un dispositif exceptionnel pour canaliser les mouvements de foule et éviter des débordements”, se souvient M. Ndiaye, dans un entretien téléphonique avec l’APS, à l’occasion de la célébration du centenaire de l’ancien président de la République (2000-2012)
D’emblée, il précise qu’il ne parlera pas de la personne de Abdoulaye Wade, de sa politique et des procédures judiciaires dans lesquelles il était impliqué.
Après sa retraite, Jean Matar Ndiaye, âgé de 80 ans, vit depuis 2007, à Mbodiène, son village situé dans le département de Mbour (ouest). Il ne dormait presque pas à la veille d’une audition d’Abdoulaye Wade ou de son procès.
”Pendant toute la nuit, nous pensions à l’itinéraire à prendre pour pouvoir le conduire [au tribunal] et le ramener [en prison]. Il y avait une grosse escorte, un jalonnement de la police. Nous cherchions toujours des moyens pour pouvoir s’en sortir. C’est quelqu’un qui était super populaire”, insiste-t-il.
En prison, le secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) se libérait par la lecture et l’écriture.
”Je faisais la ronde à n’importe quelle heure. Mais pour le voir dormir, se coucher sans rien faire, c’était trop rare. Soit il est en train de lire, soit il est en train d’écrire, pendant que les autres dormaient”, témoigne le chef de cours de l’opposant qui deviendra président de la République en 2000.
Abdoulaye Wade et d’autres responsables de son parti, étaient arrêtés, après les élections de 1988, à l’issue desquelles Abdou Diouf avait été déclaré vainqueur, suscitant une vague de violences.
”Je me rappelle, lorsque nous devions ramener Me Wade du parquet, à l’époque au Cap Manuel, ce jour-là, on avait déployé trois chars de la police qui étaient devant nous. J’étais avec Wade dans un véhicule et un quatrième char de police fermait l’escorte. Ce jour-là, arrivés à hauteur de l’hôpital Le Dantec, nous ne pouvions plus bouger, nous avions vu des gens allongés à même le sol comme un tapis”, raconte Jean Matar Ndiaye.
Selon lui, malgré le jalonnement de la police, ils étaient obligés de faire demi-tour pour prendre la Corniche et un sens interdit pour contourner la foule
Jean Matar Ndiaye dit considérer l’ancien président de la République, Abdoulaye comme un ”modèle de courage et de détermination”.
”Il a tout le temps gardé sa dignité dans la détention. Je ne l’ai jamais vu faire des choses contraires aux lois et règlements. J’apprenais de son courage, de sa façon de se comporter et de ses qualités”, a-t-il souligné, suggérant que le ”courage” et la ”résilience” d’Abdoulaye Wade soient ”enseignés dans les écoles”.
HK/ASB
