Tivaouane, 31 jan (APS)– Au centre de santé Massamba Sall de la ville de Tivaouane, l’état de vieilles bâtisses qui menacent ruine, cache une autre réalité tout aussi inquiétante : l’absence d’ambulance depuis le 25 avril 2023.

Cette situation a, récemment poussé le personnel de la structure sanitaire à entamer un mouvement d’humeur.

Selon la maîtresse sage-femme Ndiouck Ngom Diouf, depuis avril 2023, le personnel fait des va-et-vient incessants, pour emprunter une ambulance tantôt à l’établissement public de santé (EPS), tantôt au poste de santé de Ndiassane, tantôt à celui de  Mboro2.

“Quand notre ambulance est tombée en panne en avril 2023, nous nous sommes tournés vers Ndiassane”, raconte la sage-femme.

“Le procédé est honteux, on demande à l’ambulancier de Ndiassane de venir au centre de santé prendre notre malade, pour l’emmener, soit à l’EPS, soit à Thiès”, poursuit-elle.

Même si la maternité du centre Massamba Sall ne devrait pas référer sur Thiès, elle se résigne à y évacuer des femmes enceintes souffrant de certaines pathologies, depuis l’incendie à la maternité de l’hôpital Mame Abdou Aziz Dabakh.

“Comme nous n’avons pas d’ambulance, on en empruntait à Ndiassane”, dit Ndiouck Ngom Diouf, peinée de devoir faire toute une gymnastique pour évacuer ses malades.

L’unique ambulancier de Ndiassane venait après ses heures de travail donner bénévolement un coup de main à la structure sanitaire, raconte l’agent de santé.

“La maternité payait le carburant”, précise Mme Diouf.

Finalement, ne pouvant plus supporter cette surcharge de travail, le chauffeur a fini par arrêter. La maîtresse sage-femme se tourne alors vers le poste de santé de Mboro 2. La demande est accordée, mais une fois à Tivaouane, l’ambulancier dit qu’il ne peut pas aller jusqu’à Thiès.

La solution était alors d’utiliser leur véhicule, en rappelant tout le temps aux autorités sanitaires l’urgence de trouver une ambulance, dit Ndiouck Ngom.

“Lorsque la ministre de la Santé, Marie Khémesse Ngom est venue avant le Gamou de Tivaouane, elle nous avait dit qu’elle allait nous doter d’une ambulance’’, se souvient-elle, disant toujours attendre ce véhicule.

”A notre grande surprise, à la veille du Gamou de Pire, une ambulance toute neuve est donnée au poste de santé de Pire, avec du matériel, alors qu’on avait formulé notre besoin depuis très longtemps”, se désole Ndiouck Ngom Diouf.

Ce véhicule a été affecté à la maternité de Pire qui disposait déjà d’une ambulance, même si elle tombe fréquemment en panne.

C’est par la suite que le médecin-chef a entrepris des démarches pour récupérer l’ancienne ambulance de la maternité de Pire, en attendant une hypothétique ambulance venant du ministère.

L’incident qui a outré le personnel, s’est produit le lundi 22 janvier. En pleine évacuation vers l’hôpital régional de Thiès, l’ambulance empruntée au poste de santé de Pire, tombe en panne.

L’infirmière accompagnant la patiente appelle chez elle pour qu’on lui trouve une voiture pouvant poursuivre le reste du trajet jusqu’à Thiès. Les gens ont aussi appelé au centre de santé, pour un véhicule de liaison pour finir l’évacuation.

Des vidéos montrant la panne de l’ambulance avaient été partagées sur les réseaux  sociaux.

“Ordre a été dès lors donné par la hiérarchie d’arrêter d’utiliser tout bonnement les véhicules de liaison”,  raconte Mme Ndiouck Ngom Diouf.

C’est la mort dans l’âme que la maîtresse sage-femme a supplié l’infirmière qui avait accompagné la patiente lors de l’évacuation jusqu’à l’hôpital régional, de prendre un véhicule de transport en commun avec sa blouse, pour revenir à Tivaouane.

La coupe était pleine. Le lendemain, le personnel sonne la mobilisation et se rassemble dans l’enceinte du centre de santé, pour fustiger cette situation et dire “stop”.

Selon la maîtresse sage-femme, ses collègues avaient renoncé au mois de décembre à tenir un point de presse, après qu’un adjoint au maire, au parfum de ce qui se tramait, leur avait annoncé qu’un important projet était inscrit dans le budget pour 2024, pour le compte du centre de santé Massamba Sall. C’était pour les convaincre de laisser tomber.

Seulement, les agents ne pouvaient plus se contenter du même type de promesse que celle qui leur avait été faite l’année précédente.

La mairie est revenue à la charge en leur adressant une correspondance dans laquelle elle rassurait que tout allait rentrer dans l’ordre, avant le 4 janvier 2024.

Depuis lors, se désole Mme Ndiouck Ngom Diouf, pas l’ombre d’une d’ambulance.

Et comme si cela ne suffisait pas, le recrutement pose problème au centre de santé Massamba Sall de Tivaouane. La structure sanitaire compte 93 agents, dont un seul est payé par la mairie.

Quarante-sept d’entre eux sont pris en charge avec les maigres ressources du centre de santé, tandis que les 45 autres agents sont constitués de contractuels du ministère et autres fonctionnaires, se plaint la sage-femme.

Autant de charges qui plombent le fonctionnement correct de ce qui était naguère appelé affectueusement “Dispensairou Keur Mass”.

Du côté de la mairie, le secrétaire municipal Khalifa Babacar Gaye rassure. Selon lui, une enveloppe de 150 millions de FCFA a été inscrite dans le budget 2024 pour la réhabilitation et l’équipement du centre Massamba Sall.

Il ajoute que l’ambulance offerte à la mairie par l’homme d’affaires Abdoulaye Ndiaye Ngalgou, a également été affectée à cette structure de santé.

La facture de la réparation de l’ambulance propre de la maternité, évaluée à 804.500F CFA, est “sur la table du secrétaire municipal” assure M. Gaye. Il ajoute que son règlement est une “question d’heures”.

S’y ajoute une enveloppe de 8 millions de FCFA dédiée exclusivement à l’achat de médicaments pour le centre Massamba Sall.

Quant à la masse salariale, jugée lourde, la mairie se dit “ouverte à toutes discussions allant dans le sens d’alléger ce fardeau”.

La structure  sanitaire bénéficiera en 2024 d’un centre secondaire d’état civil, pour un coût de “pas moins de 25 millions” de FCFA, a encore annoncé Khalifa Ababacar Gaye.

MKB/ADI/ASB/SBS/AKS

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