Casamance : de la paix retrouvée aux promesses de développement
Casamance : de la paix retrouvée aux promesses de développement

SENEGAL-COLLECTIVITE-DEVELOPPEMENT-REPORTAGE

Par Modou Fall

Ziguinchor, 15 juin (APS) Les cicatrices du conflit casamançais s’effacent peu à peu dans les villages de cette région méridionale du Sénégal, laissant place à l’espoir. Les terres déminées retrouvent leur vocation agricole, les marchés reprennent vie et les communautés s’unissent autour d’un même objectif : transformer la paix retrouvée, en levier de développement.

Pour une grande partie de la jeunesse casamançaise, ce conflit appartient désormais davantage aux récits transmis par les parents qu’à une réalité vécue.

Plus de quarante ans après le déclenchement de la crise, une nouvelle génération grandit avec d’autres priorités : l’emploi, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et l’amélioration des conditions de vie.

Dans les rues de Ziguinchor, Bignona ou Oussouye, les aspirations des jeunes convergent autour d’un même horizon : bâtir un avenir meilleur dans une région définitivement tournée vers la paix.

“Nous avons connu la guerre à travers les récits de nos parents. Aujourd’hui, notre priorité est de construire notre avenir”, confie Youssouf Diédhiou, étudiant à Ziguinchor.

Famara Coly, 24 ans, un mécanicien de profession résidant à Bignona, résume l’aspiration de la jeunesse. “La guerre, confie-t-il, on me l’a seulement racontée. Notre objectif est désormais d’avoir un avenir meilleur. La Casamance doit être belle, attractive et prospère”.

Casamance : de la paix retrouvée aux promesses de développement

Pour Ndèye Astou Badiane, élève en classe de seconde à Bignona, les récits familiaux rappellent les souffrances du conflit. “La guerre, nos parents nous l’ont décrite comme une catastrophe. Notre génération doit désormais construire la Casamance et se rappeler que le Sénégal est un et indivisible. Nous allons travailler pour bâtir notre avenir”, soutient-elle.

Cette volonté de tourner définitivement la page du conflit s’appuie sur les avancées enregistrées dans le processus de paix de ces dernières années.

L’accord signé le 13 mai 2023, entre l’État du Sénégal et une faction du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC), suivi du dépôt volontaire des armes par plusieurs combattants, a consolidé la confiance dans plusieurs localités de Casamance.

Lors d’une récente rencontre à Bignona, autorités administratives, leaders communautaires, représentants de la société civile et anciens combattants ont réaffirmé leur volonté d’arriver à une paix définitive. “La Casamance a besoin de paix”, a martelé le préfet de Bignona, Mamadou Khouma, appelant les groupes restés en marge, à rejoindre le processus de réconciliation.

Selon de nombreux observateurs, seule la poursuite de cette dynamique permettra d’ancrer la transformation économique et sociale de la région.

Le déminage, levier essentiel du retour à la normale

Parmi les signes les plus tangibles du retour progressif à la stabilité, figure la poursuite des opérations de déminage humanitaire.

Selon Salomon Diédhiou, directeur du Centre national d’action antimines au Sénégal (CNAMS), plus de 2,4 millions de mètres carrés de terres ont déjà été dépollués.

Ces opérations permettent progressivement la réouverture de terres agricoles, le retour des populations déplacées et la sécurisation de zones autrefois jugées dangereuses.

Les autorités sénégalaises ont pour objectif d’en finir définitivement avec les mines sur l’ensemble du territoire national d’ici 2031, conformément aux engagements internationaux du pays.

Cette ambition bénéficie de l’appui de plusieurs partenaires internationaux. L’Inde, par exemple, finance un projet de déminage en Casamance, d’un montant de plus de 580 millions de francs CFA.

Le Japon, de son côté, accompagne les efforts du CNAMS par un soutien logistique et technique, ainsi que par des programmes de formation.

“Notre volonté est de faire du Sénégal un centre d’excellence du déminage en Afrique de l’Ouest”, a déclaré l’ambassadeur du Japon au Sénégal, Akamatsu Takeshi.

Les dividendes de la paix

Au-delà des enjeux sécuritaires, les populations attendent désormais des retombées économiques et sociales concrètes.

Dans plusieurs communes, des projets de relance sont en cours afin de soutenir les secteurs productifs et améliorer les infrastructures de base.

L’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC), en partenariat avec la Fondation Holland, a récemment construit de nouvelles infrastructures scolaires dans le département de Bignona, afin de renforcer l’accès à l’éducation dans des localités autrefois marquées par le conflit.

La stabilisation progressive de la région favorise également la relance de secteurs stratégiques tels que l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’artisanat et l’entrepreneuriat.

Pour les organisations de la société civile, la consolidation durable de la paix passe désormais par la création d’emplois, l’amélioration des infrastructures et l’élargissement des perspectives offertes aux jeunes.

Les femmes, actrices de la reconstruction sociale

Actrices incontournables de la cohésion sociale, les femmes continuent de jouer un rôle majeur dans la consolidation de la paix.

À l’occasion de la Journée internationale de la paix, les membres de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance ont rappelé l’importance d’une approche globale de l’après-conflit.

Selon sa présidente, Ndèye Marie Thiam, la paix doit être consolidée par des actions complémentaires : gestion durable des ressources naturelles, renforcement de la cohésion sociale, réinsertion des ex-combattants, accompagnement des victimes des mines et promotion du leadership féminin.

Cette vision rejoint celle des autorités administratives. Pour Alsény Bangoura, ancien adjoint au gouverneur de Ziguinchor chargé du développement, la stabilité retrouvée crée un environnement propice à l’autonomisation économique des femmes et à leur participation accrue au développement régional.

Entre mémoire et avenir

Si l’optimisme gagne du terrain, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité de préserver la mémoire collective du conflit.

Des initiatives communautaires, éducatives et culturelles s’emploient à recueillir et transmettre les témoignages des populations ayant traversé les périodes les plus difficiles de la crise.

Pour leurs promoteurs, comprendre les causes et les conséquences du conflit constitue un moyen de prévenir toute résurgence des tensions et de consolider durablement les acquis de la paix.

Les progrès réalisés dans l’enrôlement à l’état civil illustrent également les effets positifs du retour à la stabilité.

Selon la Coordination des organisations de la société civile pour la paix en Casamance (COSPAC), plus de 62 000 personnes ont été enrôlées dans la région de Ziguinchor, contre environ 55 000 auparavant.

Entre déminage des terres, réconciliation des communautés, projets éducatifs et initiatives économiques, la Casamance semble progressivement entrer dans une nouvelle ère.

Pour les jeunes de la région, couche majoritaire de la population, l’enjeu n’est plus seulement de préserver la paix. Il s’agit de faire de cette stabilité retrouvée le socle d’un développement durable, capable de répondre aux aspirations d’une génération résolument tournée vers l’avenir.

MNF/ASB/ADC/HB/SBS/BK