Boncana Maïga, l’hommage de professionnels de la musique sénégalaise
Boncana Maïga, l’hommage de professionnels de la musique sénégalaise

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Dakar, 1er mars (APS)- Des figures et acteurs culturels sénégalais, dont Youssou Ndour, ont rendu hommage au musicien et compositeur malien Boncana Maïga, décédé samedi à Bamako, à l’âge de 86 ans, saluant la mémoire d’un “véritable artisan de la musique”.

Boncana Maïga, surnommé “le maestro”, est décédé des suites d’une longue maladie. 

Le défunt musicien, également considéré comme un arrangeur de génie, a lancé la carrière de plusieurs artistes africains, comme l’Ivoirienne Aicha Koné, Alpha Blondy, Pierrette Adams ou encore Koffi Olomidé.

Boncana Maïga était également l’un des piliers du groupe panafricain Africando, qui fusionne salsa et sonorités d’Afrique de l’Ouest.

Saluant la mémoire de Boncana Maïga, un “frère, ami”, Youssou Ndour a qualifié le défunt d'”immense artisan de l’unité africaine”, qui a fait dialoguer les cultures et aboli les frontières sur la scène musicale.

“Par sa musique, il a aboli les frontières, fait dialoguer les cultures et rappelé au monde que l’Afrique parle d’une seule voix quand l’art la rassemble”, a écrit le patron du Super Etoile sur sa page twitter.

Le producteur audiovisuel et musicien sénégalais Michael Soumah, joint par téléphone, a fait état d’un “choc immense” reçu samedi à l’annonce de la disparition de Boncana Maïga, une “surprise” pour bon nombre d’acteurs culturels sénégalais, dit-il.

“C’est un véritable artisan de la musique qui est partie et comme on a souvent l’habitude de le dire, en Afrique, un grand baobab vient de s’effondrer”. 

Parcours exceptionnel de chef d’orchestre, arrangeur et réalisateur

Il a salué le “parcours assez exceptionnel” de Boncana Maïga, sélectionné dans les années 1960 par le président malien d’alors, Modibo Keita, pour aller suivre une formation musicale poussée de dix ans à la Havane, à Cuba, où il intègre le conservatoire Alejandro Garcia.

Michael Soumah a aussi rappelé ses nombreuses collaborations avec des artistes cubains et son engagement au sein du groupe “Las Maravillas”, l’orchestre créé avec d’autres collègues en 1973 à son retour au Mali.

Un film intitulé “Africa Mia”, réalisé en 2020 par Richard Minier et Édouard Salier, retrace d’ailleurs la fabuleuse histoire des Maravillas du Mali, revenant sur cette épopée glorieuse de la musique africaine.

Michael Soumah est aussi revenu sur l’exil de Maïga en Côte d’Ivoire, où il a créé l’orchestre de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) dont il a été le chef d’orchestre pendant 14 ans, avant de cofonder avec le défunt producteur sénégalais Ibrahima Sylla, de Syllart Productions, le groupe “Africando” dont le Sénégalais Nicolas Menhein faisait partie des chanteurs.

“Maestro Boncana Maïga, c’était beaucoup de collaboration avec beaucoup d’artistes de l’Afrique francophone et centrale, mais également d’artistes cubains”, a-t-il ajouté au sujet de cet “grand arrangeur” très sollicité sur les scènes internationales.

“Il a eu à arranger beaucoup de grands succès de la musique africaine, notamment dans le style de la musique cubaine, mais également dans d’autres styles de musiques. C’était un grand réalisateur, un grand connaisseur de la musique, un formateur qui a formé toute une génération d’artistes musiciens”, a souligné l’ancien animateur de Dakar Fm.    

Michael Soumah a personnellement collaboré avec ce “grand frère”, “figure légendaire de la musique africaine” dans son émission “Stars Parade”, sur la chaine française TV5Monde.

“Il me sollicitait souvent pour le choix des artistes sénégalais dont on pouvait faire la promotion sur TV5Monde dans son émission Stars Parade. J’ai eu à participer à ses deux grandes productions, sur Stars Parade comme co-présentateur une fois, c’était à Bamako et une deuxième fois comme artiste musicien, dans sa grande production +Tounkagouna+, qu’il réalisait chaque fin d’année sur TV5 Monde”, a-t-il poursuivi.

Boncana Maïga “aura marqué de son saut, la musique africaine et j’espère que cette nouvelle génération de la musique aura l’occasion de suivre ses pas. Je pense que Boncana Maïga a laissé un legs musical, il est bon pour cette génération de puiser dans ce grenier”, conseille-t-il. 

Il a contribué au façonnement des répertoires africains

Pour le journaliste Alioune Diop de la Radiotélévision sénégalaise (RTS, publique), Boncana Maïga, “humainement et professionnellement accessible”, a contribué à façonner les répertoires africains.

“Entre les Etats-Unis, l’Afrique et l’Europe, Boncana Maïga a énormément contribué au façonnement de nos répertoires, puisqu’on a plusieurs musiques et tendances et pour chacune, Boncana savait comment s’y engouffrer”, a indiqué le journaliste culturel, joint par téléphone.

Il témoigne de son dernier échange avec lui l’été dernier, un moment de “fous-rires” lorsqu’ils étaient tous les deux arrivés à la conclusion qu’ils se téléphonaient environ une fois tous les six mois environ.

De cet échange, a rappelé Alioune Diop, il a été beaucoup question du chanteur ivoirien Alpha Blondy qu’ils ont taquiné, parce que ce dernier “prie beaucoup ces derniers temps avec son djellaba et sa natte” mais, il a surtout été question de “la confiance totale” que le reggaeman vouait à Boncana Maïga.  

“Tout le répertoire d’Alpha Blondy, l’arrangement était confié à Boncana Maïga. C’était impensable pour Alpha Blondy de sortir un album sans que Boncana n’y jette un coup d’œil même si, cet album est réalisé par quelqu’un d’autre. Alpha avait une confiance totale et folle vis-à-vis de Boncana Maïga. Il réalisait ses albums et les supervisait”, a révélé Diop, qui a interviewé Boncana Maïga dans les locaux du Studio 2000, à Dakar, où il était venu mixer quelques titres du groupe Africando.

Il a rappelé l’apport de Boncana dans la carrière d’artistes tels Nahawa Doumbia, Kassé Mady, Aicha Koné, sans compter sa collaboration avec le producteur sénégalais Ibrahima Sylla et le fait qu’il était l’un des piliers du groupe Africando.

“Tout le monde avait confiance à Boncana Maïga”, lance-t-il, soulignant son rôle important dans la mise en forme du répertoire de l’orchestre de la Radiotélévision ivoirienne (RTI).

Le “maestro” par ailleurs saxophoniste et flutiste, a toujours cherché à apporter “une identité sonore” à un artiste avec lequel il collabore ou à un album précis à propos duquel son expertise est sollicitée.

“Il m’avait promis de m’envoyer le film Africa Mia pour mon prochain festival de film musical à Dakar. C’est dommage. Mais lorsque je projetterai ce film, ce sera pour lui rendre hommage”, a-t-il dit au téléphone, estimant que sa disparition représente “une grosse perte”.

Alioune Diop a rappelé qu’un hommage a été rendu à Boncana Maiga le 13 mai 2023 à Cotonou, au Bénin, par le promoteur des Golden Trophées et le Salon africain de la musique africaine, un évènement bien venu, selon le journaliste culturel, citant la célèbre phrase du chanteur Zao, qui disait préférer un hommage costume à un hommage posthume.

FKS/BK/SBS