Biens culturels : un officiel souligne l’importance d’un agenda de restitution propre au pays
Biens culturels : un officiel souligne l’importance d’un agenda de restitution propre au pays

SENEGAL-PATRIMOINE

Dakar, 23 fév (APS) – Le Sénégal doit avoir son propre agenda de restitution des biens culturels spoliés lors de la colonisation, en vue de gérer au mieux cette question relevant d’une exigence morale et politique, a laissé entendre Abdoulaye Koundoul, conseiller technique culturel du chef du gouvernement sénégalais, lundi, à Dakar.

“[La restitution réclamée par les pays africains], ce n’est pas se focaliser sur l’histoire, mais c’est plutôt anticiper sur l’avenir. Et c’est important que nous ayons notre propre récit à nous, que nous ayons notre agenda à nous pour la restitution de ces biens culturels. Ce n’est pas une repentance, c’est une exigence morale, une exigence politique”, a-t-il déclaré.

M. Koundoul s’entretenait avec des journalistes, au terme d’une cérémonie marquant l’ouverture officielle d’un colloque international axé sur le thème “Souverainetés et restitutions des biens culturels”, qui se poursuit jusqu’au 26 février prochain.

Selon lui, ce n’est “pas la peine d’aller chercher d’autres souverainetés, sans sa propre souveraineté historique, économique et politique”.

“Il faudrait que les jeunes puissent comprendre exactement la relation qu’il y a entre ces biens culturels et notre société à nous, l’évolution de notre société. Ce ne sont pas des objets inanimés, qui ont été pris dans un contexte bien particulier”, fait-il valoir.

Il invite à réinventer le contexte de souveraineté, pour comprendre le sens que ces biens culturels avaient dans les sociétés et communautés africaines.

Selon l’enseignant-chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), Mamarame Seck, ce colloque vise à relancer le débat sur la souveraineté et la restitution des biens culturels, lequel devrait amener les autorités à se pencher sur la question.

“Il y a certainement des objets qui sont dans les collections auxquelles peut-être nous n’avons pas accès, qui n’ont pas été exposés et qu’il faut aller voir”, a-t-il dit.

La sociologue Saskia Cousin Kouton, membre du comité scientifique du colloque, pense de son côté que la question du retour des biens culturels demeure ”plus vaste” et “implique d’autres modalités de récupération”, sans passer forcément pas les Etats.

“[…] On ne travaille pas sur la légitimité d’un droit fondamental. Ce qui nous intéressait, c’était d’étudier les récits, les moyens, les enjeux, les usages, les répercussions de sa mise en œuvre, telle que souhaitée par les pays concernés”, ajoute-t-elle.

La représentante du directeur du Bureau régional de l’UNESCO en Afrique de l’Ouest, Khadidiatou Camara, a pour sa part indiqué que la question du retour et de la restitution des biens culturels spoliés reste un devoir non seulement de mémoire, mais aussi de ”lutte contre le trafic illicite des biens culturels, ainsi que de mémoire du futur”.

AMN/BK