Bakel, 4 mars (APS) – Le tarissement du marigot irrigant les surfaces maraichères du nord-ouest de la commune de Bakel (nord) impacte négativement l’activité des producteurs de cette zone considérée comme “le grenier à légumes” du département de même nom dans la région de Tambacounda (est).

De nombreux producteurs dont les terres sont arrosées par ce marigot dénommé “Lothiandé” ont abandonné leurs champs, des récoltes ont été aussi endommagées du fait de la pénurie d’eau, une situation qui a fait baisser le rendement de la production maraîchère.

À la sortie de Bakel, en allant vers Tuabou, un village situé au bord du fleuve Sénégal, une route sablonneuse parsemée de nids de poule conduit à ce vaste marigot entouré de périmètres maraîchers sur une longueur de 25 km, entre Bakel et Diawara.

Le marigot “Lothiandé” est entouré de manguiers de part et d’autre, des grillages clôturant les périmètres dans lesquels de nombreux Groupements d’intérêt économique (GIE) s’adonnent au maraîchage depuis les années 1990. La pêche artisanale y est également exercée pendant l’hivernage, plus particulièrement de juin à septembre.

Sur place, l’impression visuelle la plus marquante renvoie à une atmosphère de sécheresse générale, accentuée par de profondes fissures dans le sol tout autour du marigot qui a tari depuis le 15 janvier dernier, selon des producteurs rencontrés sur place.

Le mois de janvier est “une période propice pour le maraîchage […], mais on n’a pas d’eau pour irriguer, donc on est obligé” d’arrêter la campagne de culture maraichère”, regrette Alassane Dicko, président du GIE Gassambilakh.

Le tarissement du “Lothiandé” est un phénomène qui se répète chaque année depuis 10 ans, renseigne M. Dicko, un expatrié présent dans le maraîchage dans cette zone depuis 2013 et son retour de l’étranger où il a passé six ans.

A l’en croire, la forte activité humaine est à l’origine du tarissement du marigot qui se trouve “agressé” , à mesure que le nombre de producteurs augmente dans cette zone.

“La production est intense. Dans notre zone de production, il y a trois GIE, et de l’autre côté du marigot, il y en a plus de 4 GIE”, dit-il, sans compter qu’en “dehors des producteurs de Bakel, 6 autres villages environnants utilisent le marigot”.

La conséquence c’est que l’eau du marigot “ne dure plus que 4 mois. Il y a des cultures qu’on ne peut pas produire. Seuls les plants de piment peuvent nous donner quelque chose, même si on ne peut atteindre les niveaux de production espérés”, note le président du GIE Gassambilakh, qui compte “plus de 80 personnes, des jeunes pour la plupart.

Il y aussi le fait que le sable contribue à ralentir le ruissellement des eaux de pluie qui alimentent le “Lothiandé” depuis les mares situées dans le Ferlo et la zone de Matam, explique Mamoudou Diallo, du même GIE.

“Notre zone de production est plus élevée par rapport aux autres. L’eau qui ruisselle vers le marigot est accompagnée de sable qui finit par stagner ici”, explique-t-il, ajoutant, concernant les intenses activités maraîchères autour de ce marigot, que “plus de 150 jeunes” de Bakel travaillent dans cette zone, “la plus grande productrice” de piment du département.

“Les récoltes n’ont duré que deux mois [cette année], alors qu’on pouvait aller jusqu’à 6 mois. On a commencé le piquage dès les premières précipitations, espérant récolter en qualité et en quantité […] mais rien”, déplore-t-il.

À quelques mètres du périmètre de Mamoudou Diallo, se trouve celui de Tidiane Traoré, présent dans la zone depuis 23 ans. Il cultive de l’oignon et a investi, dit-il, “plus d’un million” pour son aménagement, à perte, selon lui.

“Le 2 novembre, j’ai fait le repiquage de l’oignon, et le 15 janvier il n’y a plus d’eau. Il fallait trois mois pour un oignon de qualité, mais en deux mois 13 jours, on ne peut pas avoir le résultat escompté”, lance Traoré, obligé de récolter alors que sa production n’est pas à point.

Abdoulaye Lam exerçait dans ces périmètres avant de se reconvertir en motocycliste pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Il soutient que le maraîchage pratiqué dans la zone du marigot “Lothiandé” ne “nourrit” plus son homme comme avant.

“Dès que les jeunes du village ont su que la production se porte bien ici, ils sont venus en masse pour trouver des périmètres à cultiver”, en s’appuyant sur “un nombre important de motopompes”, relève-t-il.

Les producteurs présents dans cette zone jugent que des solutions doivent être prises de manière urgente pour la pérennisation de leurs activités agricoles, à défaut de les aider à irriguer leurs périmètres à partir du fleuve situé non loin du site, une fois le marigot asséché.

“On est à moins d’un kilomètre du fleuve, c’est possible de faire des raccordements, mais on n’a pas les moyens”, dit Alassane Dicko, avant de solliciter l’aide des autorités pour rendre possible une telle initiative.

Il signale qu’une étude réalisée à ce sujet par l’Office des lacs et cours d’eau (OLAC) préconise de creuser le marigot pour le rendre plus profond et ainsi faciliter les activités des producteurs.

Selon Mapaté Sy, président du conseil départemental de Bakel, ce projet initié par OLAC fait partie des grands projets de l’État du Sénégal. Il renseigne que pour sa mise en œuvre, une “mission conjointe a été dépêchée” sur place, en 2022, composée de membres des ministères de l’Hydraulique et des Finances.

“Les études techniques ont été bouclées. Le projet tourne autour de 13 milliards [de francs CFA]. C’est un projet qui concerne 3 communes, à savoir Bakel, Diawara et Moudéry, a indiqué le président du conseil départemental de Bakel.

Selon lui les études ont montré que le financement de ce projet peut générer 9.000 emplois et développer l’aquaculture, avec des prévisions tournant “autour de 18.000 tonnes” de poisson par an.

“Avec l’aboutissement de ce projet, il y aura la possibilité d’alimenter tous les villages riverains en eau potable parce qu’il est prévu des unités de potabilisation d’eau”, mais “jusque-là rien n’est encore réalisé”, fait-il savoir.

AND/BK/SMD

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