La BU de l’UCAD fête ses 60 ans, l’occasion de raviver le lien entre étudiants et savoir
La BU de l’UCAD fête ses 60 ans, l’occasion de raviver le lien entre étudiants et savoir

SENEGAL-UNIVERSITE-COMMEMORATION-REPORTAGE

Dakar, 14 avr (APS) – La Bibliothèque universitaire (BU) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, qui célèbre son 60e anniversaire à partir de ce mardi jusqu’au 15 mai, apparaît, aux yeux des étudiants, comme un espace central de la vie académique, à la fois lieu de travail et de construction intellectuelle, un cadre dans lequel se tisse au quotidien un rapport intime au savoir.

La Bibliothèque universitaire (BU), logée dans un imposant bâtiment, trône au cœur du campus pédagogique de l’UCAD. Ce lieu du savoir constitue un carrefour incontournable pour les pensionnaires, enseignants et autres chercheurs des facultés et instituts de formation. 

Devant ce bâtiment monumental, en cette fin de matinée d’avril, des étudiants arrivent par petits groupes ou en solitaire, sacs à dos, ordinateurs sous le bras, cahiers serrés contre eux. 

D’autres s’attardent quelques instants aux abords, échangeant avant de franchir, carte d’accès en main, le portail.

Le va-et-vient est continu, mais jamais désordonné. Certains ralentissent à mesure qu’ils approchent, comme si le lieu imposait déjà son rythme. D’autres consultent leur téléphone avant de disparaître à l’intérieur.

Tiré de sa contemplation des allées et venues, Ibrahima Diop, 24 ans, étudiant à la Faculté des lettres et sciences humaines, raconte son lien avec cet espace. “La BU, c’est plus qu’un bâtiment”, dit-il, avec un léger sourire, avant d’ajouter : ‘’C’est ici que j’ai appris à aimer lire”.

Ibrahima y passe la plupart de ses journées, parfois sans voir le temps passer. “Chez moi, il n’est pas toujours facile de travailler. Ici, il y a une atmosphère particulière. Même avant d’entrer, on la ressent”, dit-il.

“Rapport affectif”

Grand lecteur, il évoque un rapport presque affectif avec le lieu. “J’emprunte des romans, des essais…, mais surtout, je prends le temps de lire. La BU m’a donné cette discipline”.

À quelques pas, Awa Ndiaye, 22 ans, étudiante à la Faculté des sciences juridiques et politiques, ajuste son sac avant de se diriger vers l’entrée. “Pour nous, étudiants en droit, la BU est indispensable”, explique-t-elle. “On y trouve les ouvrages spécialisés, les codes, tout ce dont nous avons besoin pour travailler sérieusement”. 

Elle décrit des journées longues et exigeantes. “J’arrive tôt, parfois avant l’ouverture. Il faut être organisé”.

Mais au fil des années, son regard a changé. “Au début, c’était juste un lieu de travail. Et puis, la BU est devenue un repère pour moi. Même quand je suis fatiguée, venir ici me remet dans le rythme”, confie-t-elle.

Elle marque une pause, traine son regard aux alentours et enchaîne : “Rien que le fait de voir tous ces étudiants venir chaque jour, ça motive. On se sent porté”.

Un groupe d’étudiants en sciences et techniques traverse l’esplanade d’un pas rapide. Moustapha Sarr, 23 ans, se détache du groupe pour expliquer sa fréquentation des lieux. “Je viens surtout pour travailler en équipe”, dit-il.

Pour lui, la BU représente avant tout un cadre calme et propice aux études et à la recherche documentaire. “On a besoin d’un espace serein. Ici, même avant d’entrer, tu te mets déjà dans les conditions d’études”, soutient-il.

Moins attaché aux livres en tant qu’objets, il insiste néanmoins sur l’importance du lieu. “Je travaille beaucoup sur ordinateur, sur des articles scientifiques, mais la BU reste essentielle. A la maison ou dans les chambres au campus, il y a trop de distractions. Ici, on est concentré”. 

Lieu d’inspiration et d’équilibre psychologique

Moustapha évoque aussi une dynamique collective. “Tu vois les autres avancer, tu n’as pas envie de rester en arrière. Cela pousse à travailler”.

Assise sur un muret bordé de fleurs, un livre ouvert sur les genoux, Fatoumata Ba, 21 ans, étudiante en sciences économiques et de gestion, prend quelques minutes avant de rejoindre l’intérieur de la BU. Le regard posé sur les pages de son livre, elle semble déjà transportée.

“Je viens aussi pour le plaisir”, confie-t-elle. “J’aime les livres, leur odeur, leur texture. Même avec le numérique, cela reste important pour moi”.

Elle se souvient de ses premières impressions en entrant à la BU pour la première fois. “La première fois que je suis venue ici, j’ai été impressionnée par le bâtiment et par l’ambiance qui règne à l’intérieur comme en dehors. On sent que c’est un lieu sérieux, presque solennel”, dit Fatoumata.

Aujourd’hui, elle dit y trouver un équilibre qu’elle ne ressent nulle part ailleurs. “Les études sont stressantes. Venir ici, même pour juste lire un peu, ça m’aide à me recentrer”, déclare-t-elle.

A ses côtés, le flux de visiteurs de la BU ne s’interrompt pas. Des étudiants franchissent l’entrée, d’autres ressortent, parfois le regard fatigué mais déterminé. Le bâtiment, massif et ouvert, semble absorber cette énergie constante pour la transformer en silence studieux à l’intérieur.

Depuis six décennies, la bibliothèque universitaire de l’UCAD accompagne ainsi les parcours de milliers d’étudiants et de chercheurs.

Située à un point stratégique du campus, elle incarne un passage presque obligé, un lieu de convergence où se croisent toutes les disciplines.

BAB/ABB/HK/BK