Thiès, 9 avr (APS) – Il faut quelques minutes de route à partir du grouillant rond-point Nguinth non loin du marché central de Thiès, pour arriver à Kawsara Fall, un quartier populaire de la commune de Thiès-Nord.

A un jet de pierre à gauche de la route menant à Tivaouane, l’une des deux ruelles pavées qui s’enfoncent dans des pâtés de maisons, passe devant le domicile du général Birame Diop.

Au fond d’une grande concession traditionnelle où vit sa famille élargie, des proches reçoivent des journalistes à l’étage, dans un salon où trône un grand portrait de l’officier à la retraite depuis trois ans.

Parmi eux, sa sœur cadette, Désirée, et son neveu, Mamadou Sarr, acceptent volontiers de parler de celui qu’ils considèrent tous comme une “fierté” de la famille Diop.

Désirée, la sœur cadette, a accueilli la nouvelle de la nomination vendredi soir de son frère, comme ministre des Forces armées, avec une surprise mitigée.

“Il le mérite. C’est quelqu’un qui est très attaché à son travail, au travail bien fait”, dit-elle.  De plus, relève-t-elle, l’ancien chef d’état-major général des armées (CEMGA), parti à la retraite en mars 2021, n’est pas en terrain inconnu, pour s’être engagé dans l’armée dès son jeune âge, et pour y avoir passé presque toute sa vie.

D’où sa foi quant aux chances de réussite de son frère dans sa nouvelle mission, vu sa “maîtrise” de la chose militaire.

Engagement social d’un philanthrope

Se voir à nouveau confier le portefeuille en charge de l’armée, après y avoir laissé son empreinte en tant que CEMGA, est un motif de “fierté”, pour lui- comme pour l’armée, dit-elle. Elle évoque le jour de son départ à la retraite, notant qu’il y avait eu de la tristesse dans les rangs. “Il y en a même qui ont versé des larmes”, se souvient-elle.

En mars 2021, lorsqu’il faisait ses adieux à la Base aérienne de Thiès, tout en y inaugurant un paquet d’infrastructures, en compagnie de l’ancien ministre des Forces armées, Sidiki Kaba, un militaire avait confié à l’APS, qu’en 35 ans de service dans l’armée, il n’avait jamais vu autant de réalisations en si peu de temps.

“Vous avez raté de peu la distribution de denrées alimentaires, une coutume qu’il a instaurée ici [où réside sa famille] à l’approche de chaque fête” musulmane, dit Désirée Diop, assurant aux journalistes que les actions de son frère ne se limitent pas à ces occasions.

Le général Birame Diop “contribue au bien-être de la communauté”, poursuit-elle, avant de signaler qu’avec l’aide de ses partenaires, il a construit une maternité au sein du poste de santé de Kawsara Fall, qu’il a doté d’une ambulance médicalisée et d’un groupe électrogène.

A son actif aussi, deux appareils d’échographie, dont l’un a été offert au poste de santé du Kawsara, et l’autre au centre de santé 10-ème, ainsi qu’une  couveuse remise à l’hôpital régional.

L’ancien officier de l’armée sénégalaise a aussi rénovée la mosquée érigée par son père, et a construit une bibliothèque pédagogique pour l’école élémentaire du quartier.

Il a fait poser des pavés sur les deux voies menant respectivement au poste de santé et à l’école primaire, deux ruelles qui étaient impraticables pendant l’hivernage.

S’il n’était pas “bagarreur”, le jeune Diop, friand de poisson frit, dont il raffole aujourd’hui encore -, “savait se défendre”, et ne se laissait pas marcher sur les pieds, raconte sa sœur, dans un éclat de rire.

“C’est un homme rigoureux, véridique, sérieux et généreux”, relève-t-elle encore, soulignant que son frère se prive souvent pour donner aux autres, et incite ses proches à en faire de même. Il attache beaucoup de valeur à l’humain, poursuit-elle encore, insistant sur son altruisme.

Cela fait qu’il est bien apprécié dans le quartier, dont certaines maisons reçoivent son appui à la fin de chaque mois. Il achète les ordonnances pour des malades.

“C’est pourquoi, le jour où il a été nommé ministre, le quartier était très animé, car les gens lui souhaitaient (cette consécration), en raison de son utilité”.

“Moi, je le prends comme un modèle, même si je n’ai pas les mêmes possibilités que lui”, dit son neveu Mamadou Sarr, en parlant de l’esprit de partage qui caractérise son oncle.

“C’est la pratique ici”, dit Sarr, selon qui, Birame Diop est le fils d’un cheminot, originaire de Sokone et issu d’une famille sérère, de par son père et sa mère.  

Même si sa mère était très attachée à sa culture, le fait d’avoir grandi dans un environnement wolof, fait qu’ils ne parlent pas la langue de leurs parents, dit Sarr.

Premier soldat de sa famille, le nouveau ministre des Forces armées a influencé d’autres frères qui le voient comme une référence. Deux d’entre eux ont déjà effectué leur service militaire et le troisième, encore sous les drapeaux, est en ce moment en mission à l’étranger.

Monogame, père de quatre enfants, l’ancien militaire est très attaché à sa famille. Il était encore aux côtés des siens dans la maison familiale, dimanche dernier.

Rigueur militaire et modestie

Mamadou Sarr, le neveu vivant dans la maison familiale, confirme ce côté social de son oncle, dont il est très proche, malgré un écart d’âge de six ans entre eux. Il tient cette générosité, selon lui, de son père, un philanthrope qui n’hésitait pas à s’endetter pour donner à autrui.

Une autre qualité du général Birame Diop est sa rigueur, relève ce proche. “Si bien que pour mériter son amitié, il faut être dans des choses sérieuses et s’éloigner des futilités. S’il te voit dans des futilités, il se fâche contre toi”, témoigne-t-il.  “Au-delà du décret divin, s’il est arrivé à ce niveau de responsabilité, c’est grâce à ce trait de caractère”, estime Mamadou Sarr.

“La déduction que j’ai faite de sa nomination, et qui me rassure, c’est que ce gouvernement qui a coopté un homme comme lui, est décidé à travailler”, dit Sarr, convaincu que “quelqu’un qui ne veut pas travailler ne peut cheminer avec lui”.

Nommé en mai 2021 conseiller militaire du Département des opérations de paix (DPO) par le secrétaire général de l’ONU, ce pilote de formation est diplômé de l’Ecole royale de l’air du Maroc, de l’Université de l’air des Etats-Unis et de l’Ecole de guerre de la France.

Avec plus de trente ans d’expérience, il donne des cours dans des écoles en France, relève son neveu, visiblement marqué par la modestie de l’ancien officier, malgré ses nombreuses distinctions dont certaines accrochées au mur.  

A la maison, le général Birame Diop ne rechigne pas à mettre des sandales pour aller siroter son thé sous l’arbre avec les gens.   

Le matin, il porte sa tenue de sport pour aller faire son jogging. “C’est surtout cette modestie que les gens apprécient chez lui”, témoigne Mamadou Sarr.

C’est un homme bon qui peut être offert en exemple aux jeunes. “La preuve, le jour de sa nomination, dans un camp militaire de Thiès, les hourras étaient tels qu’on se croirait dans un match de football”, raconte-t-il.

Après que son nom a été prononcé en deuxième position dans l’ordre protocolaire, les vivats étaient si forts que les militaires ne pouvaient plus entendre les suivants sur la liste, rigole-t-il.

ADI/BK/ASG

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