SENEGAL-GOUVERNEMENT
Dakar, 9 juin (APS) -La réorganisation de la politique économique, budgétaire et financière en un grand ministère entouré de deux ministères délégués traduit la ‘’volonté’’ du président de la République et du Premier ministre de renforcer la ‘’cohérence’’ institutionnelle et d’améliorer la mobilisation des ressources, la gestion budgétaire, la planification des investissements publics et les réformes structurelles, analyse le journaliste et économiste Abdou Diaw.
Lors du dernier remaniement du gouvernement, Cheikh Diba, l’ex-ministre des Finances et du Budget, a été nommé ministre de l’Économie, des Finances et du Plan.
Le docteur en économie appliquée Allé Nar Diop, ancien directeur général de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, a été désigné par le président de la République et le Premier ministre comme ministre délégué chargé de l’Économie, du Plan et de la Coopération.
L’économiste et mathématicien Bassirou Sarr, ex-directeur de cabinet de M. Diba, a été nommé ministre délégué chargé du Budget.
”La décision prise par les plus hautes autorités de fusionner les portefeuilles de l’Économie, des Finances et du Plan peut se justifier par une volonté affichée de renforcer la cohérence de la politique économique, dans un contexte particulièrement sensible pour les finances publiques et essentiellement marqué par la gestion de la crise de la dette”, a analysé Abdou Diaw dans un entretien avec l’APS.
‘’En regroupant ces deux départements ministériels stratégiques (l’Économie et les Finances), l’État vise certainement à améliorer davantage la coordination entre la mobilisation des ressources, la gestion budgétaire, la planification des investissements publics et les réformes structurelles’’, a-t-il souligné.
D’après Diaw, directeur de publication du magazine économique et financier Le Marché et docteur en sciences de l’information et de la communication, le chef de l’État et le Premier ministre ont opéré un ”choix stratégique” en remettant en place le ministère délégué chargé du Budget.
‘’Le retour des ministères délégués, de celui chargé du Budget notamment, reflète également une logique de choix stratégique’’, a-t-il signalé en rappelant que la configuration actuelle des départements ministériels chargés des Finances, de l’Économie, du Plan, de la Coopération et du Budget existait lorsque Macky Sall (2012-2024) et Abdoulaye Wade (2000-2012) dirigeaient le pays.
‘’Au regard des débats sur les finances publiques, avec notamment la question de la dette, le Budget constitue aujourd’hui un chantier central, en raison des urgences de maîtrise des dépenses, de soutenabilité de la dette et de respect des engagements pris avec les créanciers. À cela s’ajoute l’importance de la préservation de la signature sur les marchés internationaux’’, a relevé Abdou Diaw.
À son avis, la nouvelle ‘’architecture’’ peut impacter positivement les négociations avec les partenaires financiers. ‘’Par exemple, concernant la question de la dette, les créanciers auront un seul interlocuteur à savoir le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan’’, a-t-il souligné, estimant que cela ‘’permettra de faciliter les discussions, d’avoir des positions communes et d’éviter toute divergence’’.
Abdou Diaw fait remarquer que ‘’les institutions multilatérales, dont le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale, tout comme les marchés financiers, accordent beaucoup d’importance à la stabilité institutionnelle et à la clarté de la chaîne décisionnelle’’.
‘’Aujourd’hui, avec la crise de la dette que traverse notre pays, la fusion peut être perçue comme une volonté de l’État de rationaliser et de mieux piloter la politique économique. Cette démarche pourrait faciliter la coordination des réformes budgétaires, fiscales et de gestion de la dette’’, a expliqué Diaw.
Lorsque l’APS lui a demandé son avis sur la nomination de l’ex-ministre des Finances et du Budget à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, il a évoqué la ‘’confiance renouvelée par le chef de l’État à l’endroit de l’ex-ministre des Finances et du Budget, même s’il n’a pas jusque-là réussi à décrocher un nouveau programme économique avec le FMI, malgré les nombreux échanges avec les équipes de cette institution financière’’.
‘’Sa reconduction permet d’assurer une continuité des discussions avec les créanciers, concernant la gestion de la dette. La stabilité institutionnelle reste un élément essentiel dans les relations avec les bailleurs. Donc, le fait de maintenir le même responsable à la tête de ce département peut répondre à un besoin de continuité et d’assurer la poursuite des engagements’’, a argué le journaliste et économiste.
Il pense que ‘’ce gros département ministériel pourrait, avec l’assistance des deux ministères délégués, réussir plusieurs défis économiques auxquels le pays est confronté’’.
ESF/SBS/BK/MTN
