Tivaouane : signaux encourageants d’une percée de l’agroécologie, malgré une adoption encore partielle des normes
Tivaouane : signaux encourageants d’une percée de l’agroécologie, malgré une adoption encore partielle des normes

SENEGAL-AGRICULTURE

Tivaouane,  21 mai (APS) – Le chef du service départemental de l’agriculture de Tivaouane, Abdou Aziz Diop, a fait état de “signaux encourageants” dans l’introduction de l’agroécologie dans le département de Tivaouane, avec l’intégration progressive des fertilisants organiques dans les pratiques culturales, malgré une adoption encore partielle des normes agroécologiques, en raison de soucis de rendements immédiats.

Abdou Aziz Diop a indiqué, dans un entretien avec l’APS, que “les efforts de sensibilisation commencent à produire des effets concrets”, avec l’introduction par certains producteurs, de fertilisants organiques dans leurs pratiques culturales.

Il salue les progrès enregistrés dans ce processus de transformation vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement.

M. Diop voit, toutefois, dans cette évolution le signe d’une “transition écologique hybride”, marquée par un “décalage persistant entre les enseignements théoriques dispensés aux producteurs agricoles et l’application concrète des pratiques durables sur le terrain”.

L’adoption des normes agroécologiques est encore partielle dans le département, situé dans la Zone des Niayes, bande de terre bordant la Grande-Côte sénégalaise et qui produit l’essentiel des légumes consommés dans le pays.

Selon M. Diop, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation sur les risques sanitaires liés aux pesticides et la promotion des principes agroécologiques, le choix de nombreux exploitants continuent d’être dicté par des impératifs immédiats de rendement et de rentabilité.

“Les producteurs sont régulièrement formés sur les bonnes pratiques agricoles et les dangers liés à l’utilisation excessive ou inadaptée des produits phytosanitaires. Toutefois, dans la réalité, beaucoup restent confrontés à des contraintes économiques qui influencent fortement leurs décisions”, a expliqué M. Diop.

Il a rappelé que la commercialisation des produits phytosanitaires est strictement encadrée par la Direction de la protection des végétaux (DPV), basée à Dakar.

“Toute autorisation de vente, a-t-il précisé, est soumise à un processus administratif rigoureux comprenant des inspections de terrain, destinées à vérifier la conformité des installations et des pratiques des opérateurs”.

“La vigilance réglementaire de l’État demeure essentielle, pour garantir la sécurité sanitaire et environnementale du secteur agricole”, a-t-il insisté.

En guise d’alternatives agroécologiques, le chef du service départemental de l’agriculture a plaidé pour une transformation durable des systèmes de production, afin de “restaurer les sols et de réduire la dépendance [vis-à-vis des] intrants subventionnés, devenus parfois difficiles d’accès”.

Il a mis en avant des pratiques déjà expérimentées dans certaines localités, parmi lesquelles la rotation des cultures, la préservation des plantes fixatrices d’azote et la production locale de compost organique.

Selon lui, ces initiatives traduisent une volonté croissante des producteurs de gagner en autonomie, tout en préservant durablement la fertilité des terres.

Cette dynamique territoriale en faveur de l’agroécologie s’est d’ailleurs illustrée, l’année dernière, par une caravane dédiée à la promotion des pratiques agricoles durables, qui a sillonné le département.

Abdou Aziz Diop a insisté sur la nécessité, pour les producteurs, de porter des équipements de protection individuelle, afin de limiter les effets d’une exposition prolongée aux substances chimiques.

Le technicien agricole a également alerté sur les dangers liés au non-respect des délais de traitement avant récolte, soulignant que les résidus chimiques présents dans certains produits agricoles peuvent représenter une menace pour la santé des consommateurs.

Il a aussi dénoncé le “non-respect fréquent” des dosages prescrits dans l’utilisation des pesticides, estimant que cette pratique favorise la résistance des nuisibles et réduit progressivement l’efficacité des traitements phytosanitaires.

Dans son plaidoyer pour une agriculture plus responsable, il a enfin invité les producteurs à privilégier les recommandations des services techniques compétents, plutôt que de reproduire des méthodes empiriques, “parfois inadaptées aux réalités agronomiques locales”.

“Chaque exploitation possède ses spécificités. Les traitements doivent être appliqués avec rigueur, sur la base de conseils techniques fiables et adaptés”, a-t-il conseillé.

MKB/ADI/BK