SENEGAL-MUSIQUE-PROFIL
Saint-Louis, 11 sept (APS)- Faly Guèye, Tex LBK de son nom de scène, a exploré de nombreux autres univers comme la photographie avant de se consacrer totalement à la musique. Il a tiré de ce parcours une réputation d’artiste inclassable.
Entre pop, mbalax, acoustique, rock et afro, il compose une musique hybride, nourrie des réalités sociales et locales. Plus qu’un chanteur, il revendique un rôle de “porteur de voix”, un relais des luttes de son époque, un passeur d’émotions.
Tex LBK, originaire de Guet-Ndar, mythique quartier des pêcheurs à Saint-Louis, donne rendez-vous dans un bistrot emblématique du nord de la première capitale du Sénégal, un mardi d’été.
Installé près du comptoir en bois peu après 13 heures, chemise multicolore aux manches retroussées, “Jean” décontracté, il attire les regards sans le vouloir.
Après des salutations chaleureuses, il met à l’aise son interlocuteur dans une ambiance consacrée: café fumant, musique en arrière-plan, conversations qui s’entrecroisent.
L’univers de la photographie a contribué à enrichir son regard artistique et sa manière singulière d’observer le monde. Sa présence scénique est indéniable, portée par des morceaux mêlant rythmes acoustiques, sonorités contemporaines africaines et textes engagés. Un style qui lui vaut une reconnaissance grandissante. Du succès aussi avec des titres comme “Beug Na” et “Namenala” (2022).
Issu d’une famille de commerçants, Tex LBK se distingue par une passion précoce pour la musique, qui le poussait déjà à écouter de grandes voix du continent et d’ailleurs. “Je me suis intéressé à la musique depuis le bas âge. J’écoutais des sons de Lucky Dube, Wally Badarou, Youssou Ndour”, confie-t-il à l’APS.
Il se souvient encore de ce jour de 2002 où il s’est offert un CD de Lucky Dube à 12 000 francs CFA.
À l’époque jeune mareyeur, il gagnait son argent et investissait sans hésiter dans ce qui nourrissait son rêve. Son univers musical a depuis, pris de l’étoffe, du pop aux sonorités acoustiques, en passant par le mbalax, l’afro et même quelques touches de rock. “Je me retrouve dans cet univers”, affirme ce père de deux enfants, marié.
Conscient de l’influence de son environnement culturel, Tex LBK met souvent l’accent sur le mbalax, genre musical incontournable au Sénégal, célèbre pour ses percussions traditionnelles.
“Les Sénégalais aiment l’ambiance. Nous devons nous adapter aux besoins du public. Mais parfois certains concerts, comme les dîners de gala, ne nécessitent pas cette ambiance”, dit-il.
En bon Guet-Ndarien, Tex LBK qui a très tôt quitté l’école, revendique une inspiration puisée dans les réalités sociales.

“Je puise mon inspiration à travers les réalités sociales: le quotidien des gens, leurs problèmes personnels, leurs moments de joie […]. Tout cela peut parfois donner des idées pour écrire et permet de s’extérioriser”, fait-il savoir. Une évidence pour un artiste qui a grandi dans un univers particulier, Guet-Ndar où, la mer et la pêche rythment le quotidien.
Pour Tex LBK, la musique ne se limite pas à posséder une belle voix ou à savoir jouer d’un instrument. C’est avant tout porter la voix des sans-voix. Il compare l’artiste à un chaman, un intermédiaire entre les hommes et les esprits.
“À l’époque, chez les Indiens, il y avait toujours un guérisseur, un manitou, pour leur montrer l’avenir”, explique-t-il.
Au-delà de la musique, Tex LBK revendique un rôle social et citoyen. “Pour moi, un artiste doit être un ambassadeur, un professeur, un éducateur. Les artistes doivent participer à la politique de développement du pays. Ils sont des porteurs de voix et doivent jouer un rôle d’éveil”, assène-t-il.
LBK se veut toutefois lucide sur l’évolution du monde et des choses, quelque peu inquiet de l’essor de l’Intelligence artificielle sur la musique dans un monde en pleine mutation. Il semble même pessimiste concernant l’avenir de la musique sénégalaise.
“Ça fait mal de le dire, mais je crains pour l’évolution de la musique au Sénégal, surtout avec l’avènement de l’IA, qui facilite beaucoup de choses aujourd’hui et constitue même une menace pour certains métiers comme celui d’ingénieur de son ou de metteur en scène”, souligne-t-il.
Il est de même plus que réservé s’agissant de la pratique du playback qui représente, à ses yeux, un autre fléau pour le secteur.
“Maintenant, tu vois un musicien qui joue en playback et cela tue l’industrie musicale. Au lieu qu’un groupe avance, une seule personne peut tout faire à la fois. Et cela crée plus de chômeurs”, a-t-il insisté.
Son nom de scène est une allusion au héros de bande dessinée italienne Tex Willer, la mention “LBK” renvoyant à son groupe et au club communautaire de natation “Langue de Barbarie Konnexion”.
Grand admirateur du “roi du mbalax”, Youssou Ndour, Tex LBK incarne le parcours d’un artiste qui s’est fait tout seul: parti de rien, il a bâti une entreprise structurée qui emploie désormais plusieurs personnes.
“A mes débuts, je jouais pour le simple plaisir, parce qu’en même temps je faisais de la photographie. Mon premier cachet: 15 000 francs CFA et trois burgers. Aujourd’hui, je peux dépasser les 4 millions de francs CFA, avec tout un staff autour de moi”, se réjouit-il.
Tex LBK a connu une ascension fulgurante, depuis ses premiers pas sur la scène du Festival international de Jazz de Saint-Louis en 2019.
Armé de sa guitare, il propose une musique douce, texturée et engagée, nourrie de ses voyages et de son amour des livres. Une présence scénique qui séduit et confirme son statut de voix qui compte sur la scène musicale sénégalaise.
CGD/AMD/ASB/ADC/BK
