Sénégal-Irak, à Dakar des supporters oscillent entre espoir et calculs d’une qualification en seizième de finale
Sénégal-Irak, à Dakar des supporters oscillent entre espoir et calculs d’une qualification en seizième de finale
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SENEGAL-MONDE-SPORT

Par Ibrahima Diouf

Dakar, 26 juin (APS) – À quelques heures du match Sénégal-Irak, les calculs sur les chances de voir le Sénégal se qualifier pour les seizièmes de finale du Mondial 2026 se multiplient. Sur les réseaux sociaux et dans les discussions des supporters des Lions à Dakar. Dans les restaurants et espaces publics du quartier Médina jusqu’aux amphithéâtres de l’UCAD également, les pronostics alimentent l’espoir d’une victoire et la crainte d’une élimination précoce de la Coupe du monde 2026.

En cette fin de matinée, les rayons du soleil accentuent la canicule, devenue presque étouffante, dans ce quartier populaire de Dakar qui n’en perd pas son animation habituelle. Sur l’une des principales artères, quelques voitures, des motos ”Jakarta” et les traditionnels taxis jaunes et noirs se succèdent dans un ballet mouvementé familier.

Sous les arbres qui bordent la rue 9, des vendeurs ont installé leurs étals de fortune. Quelques habitants s’abritent sous l’ombre des feuillages. À quelques mètres de la chaussée, une petite cafétéria de quartier sert de refuge à plusieurs jeunes habitués.

Assis sur un banc en bois, chapelet à la main, Cheikh Ndiaye, stockiste dans une entreprise de la place, participe à une discussion animée sur le troisième match de groupe des Lions du Sénégal. Vêtu d’un maillot du club brésilien de Flamengo, il échange avec ses camarades sur le match décisif du jour opposant le Sénégal à l’Irak.

”Avec mes amis, on refait les matchs du Sénégal contre la France et la Norvège. On calcule les chances de qualification en seizième de finale de l’équipe du Sénégal”, dit Cheikh Ndiaye au milieu d’une rue de la Médina, où la vie suit son cours habituel.

Ici, le football est un langage commun, un sujet qui rassemble et nourrit les débats quotidiens.

Selon Cheikh Ndiaye, le verdict final de l’équipe du Sénégal est presque tombé. ‘’ Pour moi, qu’on termine en beauté avec une victoire ou un nul, le Sénégal est éliminé à 99 % de cette Coupe du monde ‘’, lâche-t-il d’un ton calme, avant de pointer les raisons de son pessimisme.

Selon lui, le principal responsable de cette situation est le sélectionneur. ‘’Le coach a convoqué un groupe de joueurs talentueux et pourtant son classement n’est pas bon”, dit-il avec regrets.

Selon lui, le sélectionneur national aurait dû faire un classement composé de jeunes talents et d’anciens, plus expérimentés. ”Malheureusement, il a privilégié dans ses choix l’expérience. Une  option, qui s’était soldée par un succès des Lions, lors de la dernière Coupe d’Afrique Maroc 2025, ce qui n’est pas le cas lors de cette Coupe du monde”, a-t-il souligné.

Le jeune supporter ne cache pas sa frustration. ‘’Je ne blâme pas les joueurs, mais plutôt Pape Thiaw”, a-t-il fait valoir, ajoutant qu””on ne peut pas comprendre que tu aies des joueurs talentueux comme Illiman Ndiaye ou Ibrahim Mbaye et que tu les mettes sur le banc”.

”C’est inadmissible ! Il doit assumer ses responsabilités ‘’, poursuit-il, estimant que le ”Sénégal, champion d’Afrique en titre et fort de son effectif, ne devrait pas se retrouver dans une telle situation”.

  ”Avec l’effectif que le Sénégal a, on devait jouer au minimum les huitièmes de finale de cette compétition sans être dans des calculs ”, a-t-il encore dit.

Cheikh Ndiaye estime également que le sélectionneur des Lions du Sénégal aurait dû davantage s’inspirer du succès en Coupe du monde d’autres nations africaines, citant en exemple le Maroc. 

‘’Il doit regarder ce que fait le Maroc, qui mise sur le talent de ses jeunes joueurs et la force physique”, a-t-il préconisé.

Derrière ses lunettes de soleil, le jeune homme dit regretter certains choix tactiques de Pape Thiaw .” Dans la façon de jouer de l’équipe, il y a des choses qui frustrent beaucoup, les changements tardent à venir, des changements parfois incompatibles. L’équipe manque d’ animateur. Sadio Mané, qui animait le jeu auparavant, n’est plus dans ses meilleures dispositions ‘’, analyse-t-il.

Le stockiste dit être peu convaincu des probabilités de qualification du Sénégal même si les pronostics continuent d’alimenter l’espoir d’une victoire. 

                                         Les pronostics alimentent l’espoir d’une victoire 

À plusieurs kilomètres de la Médina, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, précisément au département de Mathématiques de la Faculté des sciences et techniques (FST), le sujet de discussion reste le même dans un tout autre décor.

À l’entrée, des vigiles orientent les visiteurs. Devant une salle de cours, un groupe d’étudiants s’apprête à commencer leurs apprentissages de la journée. Parmi eux, Youssoupha Ngom, un jeune homme au regard discret attire l’attention avec un casque bluetooth autour du cou, le sourire timide. Il semble à la fois accueillant et réservé.

Sénégal-Irak, à Dakar des supporters oscillent entre espoir et calculs d'une qualification en seizième de finale

Originaire de Bambey Sérère, une localité de la région de Diourbel, il est en deuxième année de Master, option Statistiques et Probabilités.

L’actualité footballistique n’échappe à cet étudiant, qui supporte les Lions dans une approche différente de celle du supporter ordinaire. ‘’ Comme tout le monde le constat est qu’on a perdu nos deux matchs d’entrée. Il faut donc espérer se qualifier parmi les meilleurs troisièmes et pour cela, il faut bien analyser les troisièmes matchs de chaque groupe ‘’, explique-t-il calmement.

Sur internet, les pronostics  se succèdent. ‘’ J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’il y a beaucoup de probabilités. Je ne confirme pas, mais j’ai vu qu’il y avait quatre probabilités qui montrent que, si certains résultats se produisent, on a une chance de nous qualifier ‘’, dit-il.

Pour le jeune statisticien, cet engouement populaire illustre l’importance de sa discipline. ‘’ On voit l’importance de la statistique à travers les données et les nombres‘’, souligne-t-il.

À ses yeux, les statistiques permettent surtout de réaliser des projections. ‘’Comme analyse des données, cela donne des projections à l’avenir ‘’, explique-t-il, avant de nuancer : ‘’ Nous n’avons pas encore atteint un niveau suffisamment élevé pour faire ce type d’analyse de manière professionnelle. ‘’

Le lien entre sport et statistiques lui paraît évident. ‘’ Ils sont très liés. À la fin du match, on affiche le nombre de tirs, le nombre de passes, les cartons jaunes ou encore la probabilité de marquer. Même si tu n’as pas regardé le match, tu peux comprendre beaucoup de choses grâce aux statistiques ‘’, affirme-t-il.

Cette révolution des données statistiques ouvre, selon lui, de nouvelles perspectives. ‘’ Les statisticiens ont beaucoup de travail à faire parce que ce sont eux qui donnent exactement les chiffres et peuvent faire un grand résumé de ce qui se passe grâce à l’analyse des données ‘’, dit-il.

Interrogé sur les chances réelles du Sénégal, le jeune homme préfère rester prudent. ‘’ Pour dire la vérité, je n’ai pas fait d’analyse mais d’après les réseaux sociaux on a une grande chance de se qualifier après deux matchs perdus ‘’, confie-t-il.

Cette prudence ce voit également dans les nombreuses données qui circulent sur internet. ‘’ Si je vois un chiffre, je n’y crois pas à première vue. J’essaie de voir ce qu’il y a derrière, comment il a été obtenu. Il faut faire très attention avec ces chiffres, parce qu’il y a parfois beaucoup de fausses informations ‘’, prévient-il.

Reçu dans les locaux de l’Agence de presse sénégalaise (APS), Mamadou Kane, journaliste sportif d’un site spécialisé dans les données et statistiques footballistiques ”Le Meilleur Joueur du Monde”, partage le même constat.

Barbe soigneusement entretenue, vêtu d’un caftan, serviable et disponible malgré un emploi du temps chargé, il voit dans cette fièvre des chiffres un signe de l’évolution du football mondial.

‘’La Coupe du monde a beaucoup évolué. Lorsqu’on était à 32 équipes, il n’y avait pas autant de calculs. Aujourd’hui, avec 48 équipes et le système des meilleurs troisièmes, on est obligés de s’abandonner aux statistiques ‘’, explique-t-il.

Sénégal-Irak, à Dakar des supporters oscillent entre espoir et calculs d'une qualification en seizième de finale

Selon lui, cette nouvelle formule ouvre davantage de possibilités. ‘’ Même si c’est un pour cent de chance, le Sénégal peut encore espérer se qualifier s’il parvient à battre l’Irak ‘’ , dit-il.

Toutefois, le journaliste estime que de nombreux supporters interprètent parfois mal ces calculs. ‘’ Si vous montrez ces tableaux à un profane, il ne peut pas forcément comprendre ce qui se passe. Quand on dit qu’une équipe a tant de chances de se qualifier, ce sont des probabilités, ce n’est pas la réalité ‘’, insiste-t-il.

Les scénarios évoluent d’ailleurs d’heure en heure. ‘’ Ce matin encore, j’ai vu de nouveaux tableaux sortir. Je pense que les Sénégalais ne vont pas se reposer avant 22 heures aujourd’hui ‘’, lance-t-il avec un sourire.

Le spécialiste précise néanmoins que les statistiques ne remplacent jamais le terrain. ‘’ À la fin de la journée, c’est sur le terrain que ça va se jouer. On aura beau faire des statistiques, si l’équipe sénégalaise n’est pas sur la même longueur d’onde que ses supporters, ça va être très compliqué ‘’, avertit-il.

Lui-même reste partagé entre le supporter et l’observateur. ‘’ Je pense que le Sénégal a les qualités pour s’en sortir, mais cela va être très compliqué ‘’, reconnaît-il.

Selon lui, les Lions devront gagner largement tout en espérant plusieurs résultats favorables dans les autres groupes. ‘’ Si on se réfère à ce que les Lions nous ont proposé sur les deux premiers matchs, je ne pense pas qu’on ait autant de confiance pour ce dernier match ‘’, ajoute-t-il.

Malgré tout, il refuse d’écarter totalement l’hypothèse d’un miracle. ‘’ Le football est fait de surprises. On a vu la Côte d’Ivoire en 2024, dos au mur, et qui a fini championne d’Afrique ‘’, rappelle-t-il.

Au-delà du cas sénégalais, Mamadou Kane voit dans cette Coupe du monde élargie un signal fort pour le football africain. ‘’ On peut prétendre avoir au moins huit pays africains sur dix au second tour. C’est un très bon chiffre et cela montre que le football africain est en train d’évoluer ‘’, se réjouit-il.

Des rues animées de la Médina aux couloirs silencieux de l’UCAD, les statistiques ont envahi les conversations et nourri l’espoir d’un peuple. Mais derrière les tableaux de probabilités, les pourcentages et les scénarios savamment élaborés, une réalité demeure, pour le Sénégal, les chiffres peuvent encore entretenir le rêve, mais seul le terrain, à Toronto, dira si les calculs et pronostics avaient raison.

ID/AB/MK/MTN