”Rafet”, un court métrage qui fait l’éloge de la différence
”Rafet”, un court métrage qui fait l’éloge de la différence

SENEGAL-CULTURE

Dakar, 9 avr (APS) – Le court métrage ”Rafet” de la réalisatrice sénégalaise Khadidiatou Sow a été présenté en avant-première mercredi soir au Musée des Civilisations noires, une séance marquée par une forte émotion du public et des professionnels du cinéma.

‎”Le film que nous allons découvrir ce soir est bien plus qu’un simple divertissement. ‘Rafet’ est une œuvre qui interroge sur le poids des normes sociales”, a notamment déclaré Mounirou Barro, représentant de la Direction de la cinématographie et de l’audiovisuel, saluant une production ”profondément humaine” et porteuse d’un message universel sur l’acceptation de soi.

Tourné dans le quartier traditionnel lébou de Ngor, à Dakar, ce film raconte l’histoire poignante d’une fillette de 12 ans contrainte de dissimuler son visage derrière un masque en carton pour échapper aux moqueries.

À travers le parcours de Rafet, rejetée pour son apparence mais reconnue pour son intériorité, le film explore les mécanismes d’exclusion sociale et la quête intime de l’estime de soi.

Considérée comme une œuvre sensible et engagée, ”Rafet” met en lumière les fragilités humaines et les identités invisibilisées, tout en questionnant les standards esthétiques imposés par la société.

Le visage marqué de l’héroïne devient ainsi le symbole d’une vérité universelle : la beauté réside dans le courage d’assumer sa singularité.

‎Prenant la parole devant l’assistance, la réalisatrice a expliqué que ce film est né d’un ”désir profond de raconter nos histoires” et de proposer ”des récits qui nous ressemblent”.

”Rafet interroge la notion de beauté, souvent dictée et imposée. À travers ce récit, j’ai voulu questionner notre regard sur nous-mêmes et sur les autres”, a confié Khadidiatou Sow, soulignant la dimension intime de ce projet inspiré de son propre vécu.

Formée aux Beaux-Arts de Dakar et aux Ateliers Varan de Paris, la cinéaste développe depuis près de deux décennies une œuvre à la croisée du cinéma et des arts visuels, centrée sur les questions d’identité et de dignité humaine.

Son court-métrage ”Une place dans l’avion” (2017) lui a valu plusieurs distinctions internationales, dont le Poulain d’argent au FESPACO, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, au Burkina Faso.

Pour Mounirou Barro, cette projection au Musée des Civilisations noires illustre l’importance de soutenir le court-métrage africain et de promouvoir un écosystème cinématographique ”dynamique, inclusif et compétitif”.

Il a réaffirmé l’engagement de la Direction de la cinématographie à accompagner les talents et à renforcer la production locale.

‎La soirée s’est achevée par des échanges entre le public et l’équipe du film, avec l’espoir, selon les organisateurs, que ”Rafet” contribuera à faire rayonner davantage le cinéma sénégalais, tout en suscitant une réflexion collective sur le regard porté sur la différence. 

MK/BK