SENEGAL-FRANCE-POLITIQUE
Dakar, 9 avr. (APS) – Le géopolitologue français Pascal Boniface a livré jeudi à Dakar une critique acerbe des interventions militaires occidentales menées sous couvert de promotion démocratique, estimant que la démocratie ”n’est ni un produit d’exportation ni d’importation”.
‘’La démocratie est un processus strictement national qui ne peut être ni importé, ni exporté. Chaque nation possédant son propre +ADN+ et ses racines profondes. Toute tentative extérieure de dicter une conduite politique n’est qu’un retour au concept de mission civilisatrice’’, a soutenu M. Boniface.
Il s’exprimait à Dakar lors d’une conférence en présence du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko. La rencontre est axée sur le thème : ”Autonomie, patriotisme et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de la souveraineté”.
”Le fait de prôner la démocratie par la force est un leurre. C’est un piège qui vient déguiser les intentions profondes qui sont en fait un pouvoir de domination et un pouvoir d’asservissement des autres nations contre lesquelles il faut lutter”, a martelé Pascal Boniface.
S’appuyant sur les ”échecs flagrants” du début du siècle, M. Boniface a rappelé les ”conséquences désastreuses” des guerres en Afghanistan (2001-2021) avec 2 000 milliards de dollars dépensés pour voir les talibans revenir au pouvoir, les “libérateurs” ayant été perçus comme des “occupants”.
Le fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) est revenu aussi sur la guerre “parfaitement illégale” lancée par les Etats-Unis d’Amérique en Irak en 2003. ”Cette guerre a favorisé le terrorisme et fracturé les relations entre l’Islam et l’Occident”, a-t-il analysé.
Au cours de cette conférence organisée au Musée des civilisations noires à Dakar, le chercheur français a beaucoup évoqué le cas Donald Trump, décrivant la politique du “Make America Great Again” prônée par le chef d’Etat américain comme ”l’aveu d’une perte de puissance”.
”M. Trump a tenté d’imposer ses vues par la contrainte économique ou militaire, notamment contre l’Iran”, a-t-il soutenu.
Toutefois, pour le géopolitologue, ces démonstrations de force sont des “échecs patents”; estimant que s’appuyer uniquement sur un “gros bâton sans agenda politique ne mène qu’à l’impasse”.
A l’en croire, le respect de la souveraineté est l’unique rempart contre la guerre. ‘’Et si chacun est effectivement souverain, il peut s’autodéterminer, et il peut trouver des solutions sur une base égalitaire, pas sur des bases où on impose une solution à un pays parce qu’on pense qu’il est plus faible’’, a ajouté Pascal Boniface.
‘’Le fait que le Sénégal veuille réclamer sa souveraineté de façon plus affirmée qu’autrefois, je pense que c’est un atout pour la France (…) parce que cela débouchera sur une relation plus harmonieuse, plus équilibrée, pour que chacun y trouve son compte (…) il ne faut pas vivre sur les fantasmes du passé qui sont révolus”, a-t-il dit.
Cette conférence a été organisée pour revenir sur le livre ‘’Les Maîtres du monde : Fédérer, gouverner, soumettre’’ publié en octobre 2025 aux éditions Eyrolles. Cet ouvrage collectif dirigé par Pascal Boniface dresse 20 portraits de personnalités influentes — chefs d’État, magnats de la tech, militants — dont Ousmane Sonko.
Parlant du chef du gouvernement sénégalais dans cet ouvrage, M. Boniface, a expliqué l’importance d’avoir ”une voix forte qui représente sa population et qui puisse s’opposer à la force et aux volontés de domination”.
‘’Vous avez été une voix importante (…) vous avez été le représentant d’une jeunesse qui veut être souveraine chez elle (…) et c’est pour cela que j’ai trouvé judicieux et indispensable de consacrer un chapitre à votre personnalité ‘’, a lancé le directeur de l’IRIS à l’endroit de M. Sonko.
MF/MTN

