Ousmane Sonko appelle à un ”patriotisme de responsabilité et de transformation”
Ousmane Sonko appelle à un ”patriotisme de responsabilité et de transformation”

SENEGAL-AFRIQUE-POLITIQUE

Dakar, 9 avr (APS) -Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a insisté jeudi à Dakar sur l’importance d’un ‘’patriotisme de responsabilité” et d’une souveraineté qui se construit par la transformation structurelle, à partir d’une “base sociale” et suivant une “allégeance populaire”.

‘’La transparence, la responsabilité, l’exemplarité des élites doivent être au cœur de notre projet de souveraineté’’, a dit M. Sonko lors d’une conférence animée par le géopolitologue français Pascal Boniface qui séjourne à Dakar

Le thème de cette conférence est axé sur ‘’Autonomie, patriotisme et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de la souveraineté’’

Pour Ousmane Sonko, le patriotisme ne doit plus être un ‘’mot creux’’ ou une simple ‘’exaltation du drapeau’’. Il appelle à réhabiliter un ‘’patriotisme exigeant qui relie les élites au peuple par la responsabilité et l’exemplarité’’.

Selon le Premier ministre, la souveraineté est indissociable d’une ‘’base sociale’’ et d’une ‘’morale politique du collectif ‘’.

‘’Le défi majeur n’est pas la multiplication de réalisations matérielles immédiates, mais bien la transformation des structures économiques et sociales, afin que l’État devienne un véritable instrument d’émancipation plutôt que d’accumulation’’, a analysé M. Sonko.

‘’La souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit, elle se finance, elle s’organise et elle se défend’’, a insisté le chef de file du Pari Pastef.

Responsabilité et exemplarité

Devant un public nombreux au Musée des civilisations noires, Ousmane Sonko est revenu sur ‘’les piliers essentiels de cette autonomie recherchée’’, citant la production locale, la transformation des ressources extractives (pétrole, gaz, phosphates) et la maitrise des chaînes de valeur.

Abordant la question de la ‘’souveraineté cognitive’’, M. Sonko met en garde contre la ‘’dépendance intellectuelle’’. Il souligne que la souveraineté est aussi une ‘’bataille des idées’’, refusant que les politiques publiques soient conçues dans des cadres étrangers.

Le Premier ministre appelle à un ‘’consensus mondial’’ sur la dette africaine, proposant un moratoire pour propulser l’investissement catalytique sur le continent.

Face à l’émergence d’un monde multipolaire, Ousmane Sonko adopte une posture de ‘’réalisme stratégique’’ dans un monde qui offre des opportunités de diversifier les partenariats.

Consensus mondial sur la dette africaine

‘’Changer de parrain ne garantit pas la souveraineté si la logique de dépendance reste la même’’, a alerté Ousmane Sonko.

Pour Ousmane Sonko, ‘’l’Afrique doit désormais parler à tous sans confondre partenariat et tutelle, en privilégiant les coopérations Sud-Sud’’.

Le Premier ministre appelle à un multilatéralisme de ‘’correction des asymétries’’, où l’Afrique participe activement à la fabrication des normes internationales, notamment financières et sécuritaires.

Il a plaidé pour une unité des pays africains. ‘’Aucun État africain ne peut peser seul (…) il nous faut une mutualisation des puissances à travers des outils comme la ZLECAF, tout en appelant à consolider la CEDEAO par le dialogue plutôt que par la rupture’’, a-t-il dit.

La jeunesse comme pilier stratégique

La jeunesse africaine a également été au centre du discours du Premier ministre sénégalais qui a estimé que la souveraineté ne pourra être atteinte sans intégrer cette jeunesse africaine, décrite non comme un problème à gérer, mais comme une ‘’force à organiser’’.

Face aux défis démographiques, M. Sonko refuse les politiques de limitation de natalité imposées, considérant la population comme un levier de puissance, ‘’à condition qu’elle soit formée et mobilisée’’.

‘’Le nouveau Sénégal ne demande aucune permission pour être souverain’’, a poursuivi le chef du gouvernement, insistant sur l’objectif de transformer la souveraineté d’un simple cri de ralliement en une véritable ‘’grammaire’’ de l’action politique pour les générations futures.

Pascal Boniface, par ailleurs, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) dans son intervention a évoqué les enjeux liés au Sud Global.

‘’Après cinq siècles de domination occidentale, le monde assiste à une mutation historique avec l’émergence d’un Sud Global, un concept, loin d’être un mythe’’, a analysé M. Boniface.

‘’Le Sud Global regroupe 60 à 80 pays qui ne demandent plus seulement l’indépendance, mais une véritable souveraineté’’, a-t-il fait observer.

‘’Ce Sud Global ne cherche pas nécessairement la rupture avec l’Occident, mais exige d’être traité sur un pied d’égalité’’, a poursuivi Pascal Boniface, soulignant que ces nations ‘’refusent désormais de suivre aveuglément des agendas ou des sanctions décidés sans elles’’.

Cette rencontre a été notamment organisée pour parler du livre ‘’Les Maîtres du monde : Fédérer, gouverner, soumettre’’ publié en octobre 2025 aux éditions Eyrolles. Il s’agit d’un ouvrage collectif dirigé par Pascal Boniface qui dresse 20 portraits de personnalités influentes — chefs d’État, magnats de la tech, militants — dont Ousmane Sonko.

MF/MTN