SENEGAL-LITTERATURE-EDITION
Dakar, 14 oct (APS) – Les écrivains sénégalais Marouba Fall et Seydi Sow ont plaidé pour un soutien accru de l’Etat aux Nouvelles éditions africaines du Sénégal (NEAS), qu’ils considèrent comme un patrimoine littéraire national à préserver.
Ils se sont exprimés à l’occasion d’entretiens accordés à l’Agence de presse sénégalaise (APS), en prélude à la 18e Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK), qui démarre jeudi au CICES, le Centre international pour le commerce extérieur du Sénégal.
“Les NEAS sont une maison d’édition qui est aujourd’hui considérée comme un patrimoine national. Un patrimoine qu’on doit vraiment préserver, aider, soutenir”, a déclaré Marouba Fall, estimant que cette institution a joué “un rôle déterminant” dans son parcours d’écrivain.
“C’est grâce aux NEAS que je suis connu”, a-t-il affirmé, rappelant que ses premiers écrits, notamment poétiques, ont été publiés par cette maison d’édition, avant ses œuvres théâtrales et romanesques.
L’auteur de “La Collégienne”, roman publié en 1990 et inscrit au programme officiel de l’enseignement du français au Sénégal, a également cité “Le Miroir”, ainsi que ses pièces de théâtre “Adja, militante du G.R.A.S” et “Aliine Sitooye Diatta ou la Dame de Kabrousse”, parmi les œuvres qui ont marqué son parcours éditorial.
Pour Marouba Fall, les NEAS ont contribué à faire connaître plusieurs générations d’écrivains africains, au-delà des frontières sénégalaises.
Il a notamment évoqué des auteurs issus de différents genres littéraires, soulignant la place occupée par cette maison dans la diffusion de la poésie, du théâtre et du roman africain.
Créées en 1972 à l’initiative du président-poète Léopold Sédar Senghor, les NEAS sont issues d’un projet éditorial associant plusieurs pays africains, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo.
Cette ambition initiale a contribué à faire de la maison une institution de référence dans le paysage littéraire francophone africain.
L’écrivain Seydi Sow partage cette appréciation, considérant une publication aux NEAS comme un honneur pour tout auteur.
“C’est d’abord un immense honneur de publier aux Nouvelles éditions africaines”, a-t-il confié, saluant une maison qui, selon lui, veillait particulièrement à la qualité des textes et des auteurs qu’elle publiait.
Evoquant sa propre expérience, Seydi Sow a rappelé avoir présenté ses premiers textes à cette maison d’édition dans les années 1970, avant de parvenir à publier en 1995, après une longue période de maturation.
Cette expérience lui inspire une réflexion sur les exigences éditoriales et le temps nécessaire à la construction d’une œuvre littéraire.
Il a insisté sur le rôle joué par les personnalités du monde des lettres qui ont accompagné les NEAS et contribué à leur réputation.
Pour lui, la mise à l’honneur de cette institution à la FILDAK intervient à un moment particulièrement important, alors que la maison traverse des difficultés et a besoin d’un soutien collectif pour retrouver son rayonnement.
“On n’a pas un patrimoine plus fort que les Nouvelles éditions africaines”, a-t-il estimé, saluant l’initiative du ministère de la Culture et de la Direction du livre visant à attirer l’attention sur cette institution.
Un appel à un soutien public renforcé
Au-delà de leur reconnaissance envers les NEAS, les deux écrivains ont insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de soutien à l’édition nationale.
Marouba Fall a notamment plaidé pour une répartition du Fonds d’aide à l’édition qui tienne davantage compte des capacités de production, de diffusion et de structuration des maisons d’édition.
Estimant que les NEAS disposent d’un personnel et d’un dispositif de diffusion qui les distinguent de nombreuses petites structures indépendantes, il a proposé qu’une part substantielle de ce fonds leur soit consacrée.
“Si ça ne dépendait que de moi, 50 % du budget consacré à l’édition serait consacré aux NEAS”, a-t-il déclaré, évoquant également la possibilité de leur réserver au moins un quart de cette enveloppe.
L’écrivain a par ailleurs fait état de difficultés dans le paiement régulier des droits d’auteur, qu’il attribue aux problèmes de trésorerie de la maison.
Il affirme accepter de ne pas percevoir l’intégralité de ses droits afin de tenir compte de cette situation.
Tout en reconnaissant la nécessité d’accompagner les NEAS, Marouba Fall a appelé les autres éditeurs à poursuivre leurs efforts de professionnalisation.
Les deux auteurs ont ainsi exprimé le souhait que la mise à l’honneur des NEAS à la 18e FILDAK (du 15 au 19 octobre) puisse dépasser le cadre d’une reconnaissance symbolique et déboucher sur des mesures concrètes en faveur de leur redressement.
A leurs yeux, la préservation de cette maison d’édition constitue un enjeu qui dépasse les intérêts des seuls écrivains publiés dans son catalogue.
Elle participe à la sauvegarde d’une mémoire littéraire et au rayonnement culturel du Sénégal, selon eux.
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