SENEGAL-MUSIQUE-PATRIMOINE
Kaolack, 21 juin (APS) – Située au cœur du bassin arachidier, la région de Kaolack (centre), terre de rythmes et de traditions, s’affirme comme un véritable grenier musical. Son identité singulière se reflète dans le ”Ngoyaane”, une musique traditionnelle, au rythme envoûtant, née à Médina Sabakh et incarnée aujourd’hui par des voix talentueuses telles que Ndèye Khady Mboup et Marième Guèye.
Le ”Ngoyane” s’est structuré vers les années 1945, grâce à des figures emblématiques telles qu’Adja Seynabou Dieng, indique El Hadji Abdoulaye Mbaye, septuagénaire originaire du département de Nioro du Rip et commerçant établi à Kaolack.
Selon lui, le ”Ngoyane” a été exporté hors du Sine-Saloum vers les années 1970 par un chanteur de renom. Le succès de ce genre musical a favorisé l’émergence du ”Ndaga”, une autre musique importée de la Gambie et qui a inspiré de nombreux artistes de la sous-région ouest-africaine.
Le ”Ngoyane” doit son rayonnement à l’implication de nombreux artistes et groupes, parmi lesquels la Troupe Ngoyane de Médina Sabakh, fondée par Sakou Dieng, Birame Lobé Ndiaye, Say Bassi Dieng et d’autres pionniers.
Selon Malick Seck, sexagénaire et véritable admirateur de ce genre musical qu’il savoure depuis une soixantaine d’années, le ”Ngoyane” puise ses racines dans la culture sérère et trouve son essence historique vers la fin du XVIIIe siècle.
Le ”Ngoyane” est naturellement liée au ”Tata de Nioro du Rip”, référence à d’anciennes fortifications historiques édifiées au XIXe siècle par l’Almamy Maba Diakhou Bâ.
Ce site militaire et spirituel majeur, qui servait de refuge aux combattants du roi du Rip, rappelle la résistance menée par cette figure religieuse.
”Durant cette période, cette musique était intimement liée aux événements de la cour royale avant de devenir le folklore vibrant que l’on connaît aujourd’hui et qui continue de nous réjouir”, a expliqué M. Seck, enseignant à la retraite.
Le ”Ngoyane” se distingue par son rythme singulier, marqué par l’utilisation de calebasses comme percussions, accompagnées du ”xalam”. Cet instrument à cordes traditionnel d’Afrique de l’Ouest se compose d’une petite caisse de résonance, souvent réalisée à partir d’une calebasse recouverte de peau animale et d’un long manche muni généralement de 3 à 5 cordes.
Après les regrettées Seynabou Niang, Saly Mbaye et d’autres chanteuses qui ont longtemps porté le flambeau, le ”Ngoyane” est aujourd’hui incarné par des voix talentueuses telles que Khady Mboup et Marième Guèye. Ces artistes perpétuent la tradition tout en préservant l’authenticité de ce genre musical, qu’elles ont su propulser sur les grandes scènes nationales.
Le ”Ndaga”, autre expression musicale qui a contribué à la réputation culturelle du Saloum, désigne à la fois un spectacle traditionnel, une danse et un genre populaire urbain. Issu du ”Ngoyane”, il en reprend la cadence spécifique, enrichie aujourd’hui par l’usage de la calebasse, des cuivres et des instruments occidentaux.
Considérée comme une musique ”noble” et ”élitiste”, le ”Ngoyane” demeure apprécié par un public averti et continue d’être joué lors de soirées de gala, rencontres culturelles, mariages et meetings.
ADE/ASB/FKS/SBS/BK
