SENEGAL-AGRICULTURE-COMMERCE
Kaffrine, 5 jan (APS) – De nombreux paysans de la région de Kaffrine (centre) peinent à trouver une clientèle pour écouler leurs graines d’arachide, malgré le démarrage officiel, le 8 décembre, de la campagne de commercialisation.
Le calme régnant autour des magasins de collecte de graines d’arachide est révélateur de la morosité de cette campagne. À Kaffrine, des files de charrettes chargées de sacs d’arachide s’étendent le long des routes. Des camions sont immobilisés ici. Des paysans assis à l’ombre des hangars attendent l’arrivée des commerçants, qui se font désirer.
Des agriculteurs cherchant désespérément des commerçants auxquels vendre leurs récoltes : c’est le constat fait par l’APS dans la plupart des traditionnels points de collecte des graines d’arachide de la région de Kaffrine.
Les sacs d’arachide sont empilés. Pas de pesage, faute de clientèle pour les agriculteurs, dont certains, fatigués d’attendre, repartent avec leurs graines. Le marché ‘’Syndicat’’ de Kaffrine, un important centre de commerce de produits agricoles et horticoles, n’échappe pas à la morosité de la campagne de commercialisation des graines d’arachide.
Assis sur sa charrette, Amadou Wilane observe les va-et-vient des producteurs. Autour de lui, des graines d’arachide s’échappent des sacs éventrés. ‘’Nous sommes là tous les jours. Nous attendons la clientèle mais personne ne vient acheter nos graines’’, dit M. Wilane d’un air désespéré.
‘’Les paysans sont confrontés au déficit de fonds des commerçants’’
Samba Wilane, un habitant du village de Wilane Gouye, avoue avoir vendu quelques kilos d’arachide dans les marchés hebdomadaires et dans certains points de collecte à Kaffrine, à 205 francs CFA le kilo, le prix fixé par le gouvernement étant de 305 francs le kilo. ‘’J’ai des charges financières qui ne peuvent pas attendre’’, se justifie le paysan en réponse à la question de savoir pourquoi il vend sa récolte au prix inférieur à celui fixé par le gouvernement.
Badou Segnane, un agriculteur du village de Haffé Mouride, observe ses sacs d’arachide soigneusement empilés. Comme de nombreux autres paysans de la région, il peine à écouler sa production. ‘’J’ai exploité plusieurs hectares cette année, rien que pour la culture de l’arachide. Toute ma récolte est là, mais je n’arrive à ne rien vendre’’, se désole M. Segnane, ajoutant qu’il s’est endetté pour payer ses ouvriers agricoles à raison de 300 000 francs CFA chacun. Une dette que ce paysan espère solder après la vente de ses sacs d’arachide.
Ndiaga Wade, un commerçant, surveille son dépôt de graines d’arachide installé à Escale, un quartier de Kaffrine. M. Wade déplore de ne pas avoir assez d’argent pour acheter la quantité de graines d’arachide qu’il souhaite. ”Nous n’avons pas beaucoup d’argent. Nous subissons les conséquences d’une mauvaise campagne de commercialisation de l’arachide. Nous payons 500 000 francs CFA pour convoyer un camion de graines d’arachide à l’usine. Auparavant, nous payions 300 000 francs’’, raconte-t-il.
La Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS), la première entreprise agro-industrielle sénégalaise, achète le kilo d’arachide à 335 francs CFA. Les commerçants y convoient les graines achetées auprès des agriculteurs.
À l’opposé de la morosité qu’elle affiche dans une bonne partie de la région de Kaffrine, la campagne de commercialisation des graines d’arachide connaît une embellie à Koungheul, Maka Yopp, Missirah Wadène, Sagna, Malem-Hodar, Pathé Thiangaye et Diockoul Mbelbouck. Les espaces de collecte aménagés par l’opérateur économique Moussa Seck fonctionnent à plein régime.
Seuls quatre des 30 points de collecte fonctionnent correctement dans le département de Kaffrine
Des camions font la navette entre ces espaces de commercialisation et les usines de la SONACOS. Ici, les agriculteurs écoulent leurs graines d’arachide. Et le commerçant règle ses factures en liquide.
Sous les hangars sont soigneusement entreposés des sacs d’arachide. Des jeunes, travaillant à la chaîne, s’attèlent au triage des graines à l’aide de grosses machines, dans un nuage de poussière.
‘’Ici, nous achetons les graines au prix fixé par l’État et nous payons cash’’, assure Saliou Seck, le gérant d’un magasin appartenant à Moussa Seck, à Missirah Wadène.
Dans la commune de Koungheul, la campagne de commercialisation de l’arachide bat son plein. Des jeunes, le visage sali par la poussière malgré les outils de protection utilisés par certains d’entre eux, font tourner régulièrement les machines de triage des graines. Ce dynamisme de la vente des récoltes d’arachide s’observe à Dagay Ndène aussi, près de Birkelane, où le commerçant Mor Ka achète leurs graines aux paysans. Dans les points de collecte visités à Birkelane, Dagay Ndène et Diamal, le commerce de l’arachide se déroule sans couac.
Cheikh Tidiane Cissé, secrétaire général d’une association d’agriculteurs, s’inquiète de la difficulté qu’ont de nombreux paysans de la région de Kaffrine à écouler leurs graines. ‘’Les paysans sont épuisés. Ils ont travaillé toute l’année. Maintenant, ils sont confrontés au déficit de fonds des commerçants’’, se désole M. Cissé.
Seuls quatre des 30 points de collecte de graines d’arachide du département de Kaffrine fonctionnent correctement, déclare le chef du service départemental du développement rural, Mignane Diouf, interrogé par l’APS.
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