‎Journalisme sportif : “Nous devons former des journalistes conscients des enjeux de pouvoir” (Hamadou Tidiane Sy)
‎Journalisme sportif : “Nous devons former des journalistes conscients des enjeux de pouvoir” (Hamadou Tidiane Sy)

SENEGAL-AFRIQUE-SPORTS

Bijilo (Gambie), 8 fév (APS) – Le spécialiste des médias et de la communication, Hamadou Tidiane Sy, a invité, samedi, à Bijilo, à une dizaine de kilomètres de la capitale gambienne Banjul, les journalistes sportifs à davantage de responsabilité, de recul et de formation afin de développer un véritable journalisme d’investigation dans le sport, marqué, selon lui, par de lourds enjeux financiers et de pouvoir.

‎”Nous devons assumer notre travail, nous devons faire le travail comme il se doit. On devrait former les journalistes pour qu’ils soient plus conscients des enjeux financiers et de pouvoir derrière le sport”, a déclaré le directeur de l’École supérieure de journalisme, des métiers de l’internet et de la communication (E-JICOM), également fondateur du site d’information Ouestaf.

‎Il intervenait lors d’un panel sur le journalisme sportif d’investigation, lors de la 8ᵉ édition du congrès de l’AIPS/Afrique, ouverte vendredi à Bijilo, sous la présidence du vice-président de la Gambie, Muhammad Jallow.

‎Selon Hamadou Tidiane Sy, la proximité entre les journalistes sportifs, les fédérations et les instances dirigeantes constitue un obstacle majeur à l’investigation. “La proximité entre le personnel de la CAF, les journalistes sportifs et les fédérations sportives est telle qu’il devient difficile de faire de l’investigation dans le sport”, a-t-il affirmé.

‎‎Il a déploré un journalisme sportif trop centré sur “le spectacle, les résultats, les compétitions et les réunions de la Confédération africaine de football”, alors que le secteur regorge d’informations sensibles.

“Ils sont couchés sur une mine d’informations. Partout où il y a des enjeux financiers importants, on parle de près de 50 milliards de dollars générés par le marché du football, [donc] il y a des possibilités d’investigation”, a-t-il souligné.

‎”Partout où il y a des enjeux de pouvoir, les gens sont prêts à tout pour y accéder, et ce sont justement des terrains pour les journalistes d’investigation”, a-t-il insisté.

‎M. Sy estime toutefois que le journaliste sportif se retrouve souvent face à un dilemme. “Quand on est journaliste sportif et qu’on est trop proche de ceux qui organisent les compétitions FIFA ou CAF, il y a un choix à faire entre vendre le rêve ou être celui qui est en train de ternir l’image et de gâcher le spectacle”, a-t-il expliqué.

‎‎Il a relevé que les enquêtes marquantes dans le sport ne sont généralement pas réalisées par des journalistes sportifs.

“Ceux qui ont fait des papiers d’investigation ne sont pas des journalistes sportifs. Ils s’intéressent au sport comme une question sociétale et de gouvernance, et ils font très attention aux enjeux financiers et de pouvoir”, a-t-il indiqué, précisant que sur une dizaine de cas, seuls cinq s’intéressent réellement au sport, mais seulement à la gouvernance et aux enjeux.

‎”Quand on est journaliste et que le Sénégal gagne, on est content. Mais après les 30 secondes d’euphorie, il faut avoir de la froideur et du recul si l’on veut faire son papier”, a-t-il déclaré, ajoutant que souvent, ce n’est pas seulement de la passion, mais la proximité avec la fédération et des joueurs rend difficile le travail d’investigation.

‎Prenant la parole à son tour, le journaliste Mamadou Koumé a abondé dans le même sens, appelant à davantage de retenue et d’indépendance. “Nous devons avoir beaucoup de retenue et de recul, même si nous avons notre pays et notre équipe nationale”, a-t-il affirmé.

‎Il a rappelé que “le sport n’est pas que le résultat, c’est aussi la gouvernance et le droit des pratiquants. En cinquante ans, nous avons plus donné des résultats que fait de l’investigation. La connivence est la cause”, a-t-il regretté.

‎Mamadou Koumé s’est interrogé sur la capacité des journalistes à assumer le conflit. “Sommes-nous capables d’accepter le conflit ? Sommes-nous indépendants ? L’objectif est d’assainir, et pour cela nous devons refuser la connivence”, a-t-il déclaré.

‎Selon lui, “le métier est devenu précaire. Beaucoup de journalistes ne sont pas payés. Quelles sont nos armes de défense ? Comment pratiquer ce métier sans être tentés ?”.

‎‎SK/HK