Fresque murale détruite à Thiès : des hommes de culture doutent de la possibilité de reproduire l’œuvre à l’identique
Fresque murale détruite à Thiès : des hommes de culture doutent de la possibilité de reproduire l’œuvre à l’identique

SENEGAL-ART-CONTROVERSE

Thiès, 10 jan (APS) – Des citoyens et hommes de culture ont émis des doutes quant à la possibilité de reproduire à l’identique, la fresque murale de l’artiste Pape Ibra Tall (1935-2015) érigée sur la place de France, après sa destruction controversée, à des fins de réhabilitation, par la mairie de Thiès, ville dont cette œuvre fait partie du patrimoine culturel.

Dans le cadre de sa politique d’amélioration du cadre de vie, la ville de Thiès a repris possession de la partie de la place de France abritant la fresque et qui était occupée par un privé.

Les travaux d’embellissement de la Place de France entrepris dans ce cadre visent à réhabiliter cette œuvre artistique.

Mais les images d’internautes choqués, prises au pied du tableau défiguré, ont aussitôt alerté les autorités.

Le ministère de l’Artisanat et de la Culture a rendu public un communiqué, rapportant avoir demandé des informations au maire de la ville sur les motivations d’un tel acte.

La cellule de communication de la ville a précisé qu’il s’agit d’une restauration de l’œuvre qui a été engagée, en relation avec les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (MSAD) et non d’une démolition.

Le département de la Culture a toutefois envoyé une équipe aux MSAD pour recueillir davantage d’informations sur les tenants et les aboutissants de cette mesure très controversée.

Des hommes de culture, interrogés par l’APS, ont exprimé leur indignation, tout en soulignant la quasi-impossibilité de reprendre à l’identique l’œuvre en question.

“Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que Pape Ibra Tall, à ma connaissance, est et reste l’un des plus grands décorateurs du monde”, a affirmé l’artiste plasticien Baye Mouké Traoré.

Joint par téléphone, M. Traoré précise que “l’artiste était le maître de la ligne et la faisait danser”.

La fresque de la mairie peignait “la dualité vie et mort au quotidien”, a-t-il dit, ajoutant : ”Sa destruction est une catastrophe, je me demande d’ailleurs si le principal concerné est conscient de la gravité de son geste qui a fini d’agresser tout homme de culture dans les sens intro ou extraverti de l’art”.

“J’aimerais bien connaître la réaction du protecteur des arts et des lettres sur cette destruction”, a laissé entendre le lauréat du Grand Prix du président de la République pour l’art en 1996.

Il s’est dit déçu et attristé par la perte de l’œuvre d’un artiste dont les réalisations sont encore convoitées à travers le monde.

“Je suis déçu, effondré, triste par rapport à la destruction de cette fresque grandiose de Papa Ibra Tall”.

“Je croyais que pour restaurer une œuvre d’art, il faut tout simplement la réparer, on ne restaure pas une œuvre d’art après démolition, je doute de la capacité des gens à reproduire cette œuvre-là dans ses détails. Je ne crois pas”, a poursuivi Baye Mouké Traoré.

“Quand je l’ai vue, je crois que j’ai perdu mon âme, parce que cette fresque quand même avait une valeur culturelle, une valeur très sentimentale pour nous Thiéssois”, a pour sa part indiqué Momar Talla Fall, disant ne pas comprendre pourquoi cette fresque a été enlevée.

Il a confié qu’il pensait qu’il pensait qu’il s’agit juste d’une restauration.

“Réhabiliter entièrement textuellement cette fresque, je pense que c’est impossible, parce qu’il faut comprendre que dans le domaine de l’art, un tableau d’art, on ne le change pas, on le restaure”, a poursuivi M. Fall, un disciple du savant et historien sénégalais Cheikh Anta Diop.

Pour Momar Talla Fall, “le grand maître Pape Ibra Tall a mis là cette fresque pour la postérité, en témoigne le matériau utilisé. Comment est-ce qu’on peut l’enlever ? Il aurait fallu qu’on remplace les carreaux détériorés pour permettre à l’œuvre d’exister, plutôt que de totalement enlever cette magnifique mosaïque”.

Fresque murale détruite à Thiès : des hommes de culture doutent de la possibilité de reproduire l'œuvre à l'identique

BT/ADI/BK