Fatimé Raymonde Habré, une nouvelle vie par la littérature
Fatimé Raymonde Habré, une nouvelle vie par la littérature

SENEGAL-TCHAD-LITTERATURE-PROFIL

Dakar, 25 fév (APS) – Fatimé Raymonde Habré, l’ancienne Première dame du Tchad, semble avoir désormais trouvé répit et réconfort dans la littérature, devenue son espace d’expression privilégié après des années épuisantes de lutte auprès de son défunt époux Hissène Habré (1942-2021).

La marraine de la quatrième édition de la “Grande Nuit de la littérature sénégalaise”, organisée en décembre dernier par le Cénacle des jeunes écrivains du Sénégal, a coutume de recevoir dans son bureau des Almadies, quartier huppé de Dakar, pour parler de sa nouvelle vie construite autour de la littérature et de la culture.

Sa passion pour les lettres a déjà été matérialisée par un premier roman, “Symbil et le décret royal”, publié en 2023 et récompensé par le Grand-prix du livre féminin “Ken Bugul”, lors de la troisième édition du Salon du livre féminin de Dakar en 2024.

“Mon amour pour la littérature est née de l’injustice que nous avons connue, de cette volonté d’expliquer et de nommer cette injustice”, explique Mme Habré, premier soutien de son époux, décédé en prison à Dakar, en août 2021, à l’âge de 79 ans.

Fatimé Raymonde Habré, une nouvelle vie par la littérature

Le coupe avait trouvé refuge au Sénégal depuis la perte du pouvoir par l’époux en 1990. Depuis, Fatimé Raymonde avait fait sien le combat de Hissène Habré, dont il a toujours été le premier soutien, jusqu’à sa condamnation à la prison à perpétuité au Sénégal pour crimes contre l’humanité.

Habré était resté toutes ces années dans le viseur de la justice internationale, pour des faits commis alors qu’il était à la tête du Tchad entre 1982 et 1990.

“Quand j’échangeais avec les gens, j’avais compris qu’ils avaient des idées qui n’étaient pas tout à fait vraies, car se rabattant plus sur les médias internationaux”, confie l’ex-Première dame du Tchad, inspirée dans ses écrits par l’histoire de son époux, Hissène Habré, mais aussi par celle de Nelson Mandela et de sa première épouse Winnie Mandela.

Elle dit d’abord écrire pour “rétablir la vérité” et rappeler des faits qu’elle a vécus aux premières loges, des évènements à ses yeux travestis et qui méritent donc d’être racontés comme exactement vécus, pour que nul n’en ignore. “Ce sont toutes ces injustices qui ont servi de déclic et m’ont incitée à écrire”, souligne Mme Habré.

Il reste que “Symbil et le décret royal”, son premier roman publié en 2023, vaut plus que cela et dépeint un tableau sombre de l’esclavage et de la Traite négrière en Afrique, dont le poids continue d’impacter la vie des populations noires.

L’histoire racontée dans “Symbil et le décret royal” s’inspire en partie du constat des mauvais traitements dont sont victimes certains étudiants africains dans les pays arabes. La documentation et l’imagination de l’auteur ont fait le reste.

“J’ai lu énormément de livres sur les Africains qu’on a transformés en eunuques dans les pays arabes. Et tout cela, ce sont des faits réels, indiscutables”, indique Fatimé Raymonde Habré, pour évoquer le côté réaliste de son roman.

Fatimé Raymonde Habré, une nouvelle vie par la littérature

“La clé du décret royal est inspirée de la mort d’un roi du monde arabe. Je me suis inspirée de la décision de son fils qui lui a succédé au trône. Moderne et homme d’une seule femme, il avait sorti un décret interdisant toute activité dans les harems”, a ajouté Mme Habré.

Seule la partie relatant le retour de l’héroïne “Symbil” dans son pays relève de la fiction, signale Mme Habré, diplômée de droit bancaire et dont les centres d’intérêt, en tant qu’écrivaine, couvrent plusieurs thématiques liées à la politique et aux médias par exemple.

Signe de son engagement croissant en faveur de la littérature, elle a mis sur pied une structure dénommée “Le Carré Culturel”, pour soutenir les acteurs du monde de la culture sénégalaise, son pays de résidence depuis 35 ans.

De cette manière, Mme Habré reste au four et au moulin, pour apporter son soutien au monde littéraire, “Le Carré Culturel” étant à la fois une maison d’édition, une librairie, une galerie d’art et un centre d’exposition.

Sa promotrice compte par ailleurs lancer un prix visant à booster l’envie de lire chez les plus jeunes.

“Nous allons sélectionner des ouvrages de littérature déjà primés, pour les envoyer dans des lycées, afin qu’en les lisant, les élèves nous disent quel auteur méritait d’être selon eux primé”, explique-t-elle au sujet de l’orientation qu’elle veut donner à ce prix.

Fatimé Raymonde Habré, une nouvelle vie par la littérature

Il s’agira, dans ce processus, de connaitre et recueillir les attentes des élèves par rapport aux livres auront choisis.

Mme Habré a également en projet de lancer une émission intitulée “La voix aux jeunes”, consistant à organiser des débats inter-écoles pour amener les jeunes à débattre avec des arguments, non pas sur les insultes.

Des initiatives comme d’autres qui nourrissent son enthousiasme de de participer à  la promotion de la culture sénégalaise et africaine en général.

“Il y a quelqu’un qui m’a proposé de faire un triptyque : écrire un livre sur le cousinage à plaisanterie pour les enfants et décrypter ce système. Une slameuse va ensuite réaliser quelque chose sur ce projet. Et cela sera accompagné de la musique”, conclut-elle.

Le “Carré culturel”, un espace pour impulser les lettres et les arts - APS

AMN/FKS/BK