MONDE-FOOTBALL-REPORTAGE
Par Ibrahima Diouf
Dakar, 19 juin (APS) – Une explosion de joie a secoué vendredi soir une petite dibiterie marocaine de la Médina, à Dakar, lorsque Ismael Saibari a ouvert le score dès la première minute de jeu contre l’Écosse. Dans cet établissement de Dakar tenu par des ressortissants marocains, la victoire des Lions de l’Atlas (1-0), lors de la deuxième journée de la Coupe du monde 2026, a été vécue avec passion, entre grillades fumantes, thé chaud et commentaires en arabe.
Sous la fraîcheur inhabituelle qui enveloppe la capitale sénégalaise en cette soirée du 19 juin, les rues de la Médina se vident progressivement. Les commerçants du marché Tilène replient leurs étals.
Du rond-point Sham jusqu’au stade Iba Mar Diop, le visiteur est contraint de poursuivre son chemin à pied, plusieurs axes étant encore en chantier dans le cadre des préparatifs des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.
Le stade Iba Mar Diop lui-même est en rénovation. Le long du trajet, les vendeurs proposent encore quelques marchandises aux derniers passants. Sandales, baskets, fruits ou accessoires divers sont exposés sur les trottoirs.
L’atmosphère sonore du quartier oscille entre récitations coraniques provenant de certains vendeurs et airs de reggae provenant de l’échoppe d’un brocanteur en face du Maison de la culture Douta Seck.
Sans rendez-vous précis, il suffit de suivre l’avenue. La Maison de la Culture Douta Seck, la pharmacie Médina, le marché Tilène et les nombreuses boutiques servent de repères avant d’atteindre une discrète dibiterie située en face de la clinique Médina.
A l’entrée, quatre jeunes partagent une assiette de viande grillée sur la terrasse. L’odeur des braises se mêle aux discussions animées des clients. À l’intérieur, six personnes sont déjà installées devant un petit téléviseur accroché en hauteur sur la façade.
Le décor est simple, un réfrigérateur rempli de boissons fraîches, un lavabo, quelques produits d’entretien et un rouleaux d’essuie-tout à disposition des clients après le repas.
Le commentaire du match est diffusé en arabe. Un choix qui ne surprend personne dans ce lieu fréquenté par de nombreux amateurs du football marocain.
“Bienvenue”, lance Najib Marhum, gérant de la boucherie et dibiterie Bismillah, visiblement ravi de recevoir des visiteurs venus partager ce moment sportif.
À 22 heures précises, le coup d’envoi est donné. Les Lions de l’Atlas évoluent en blanc. McThominay et ses coéquipiers en bleu.
L’explosion de joie survient très rapidement. Après seulement une minute de jeu, passements de jambes, Brahim Diaz, d’un leger piquer, trouve son numéro 11. Saibari ouvre le score pour le Maroc d’une frappe puissante. Les cris retentissent aussitôt dans la salle.
“Voilà, c’est bien parti !” , s’exclame Mouhamed, un supporter des Lions de l’Atlas, en levant les bras. Pendant que le réalisateur diffuse les ralentis du but, les commandes continuent d’être servies, avec l’aide du caissier, vêtu d’un maillot noir barré de bandes rouges, derrière le comptoir.
Sur le terrain, les occasions marocaines se multiplient. À la 9e minute, une nouvelle offensive fait passer un frisson dans l’assistance. Les Lions de l’Atlas dominent nettement les débats.
La maîtrise marocaine se poursuit tout au long de la première période, malgré plusieurs opportunités manquées, notamment une occasion de Bilal El Khannouss à la 35e minute sur un service de Saibari Ben El Basra.
L’inquiétude gagne brièvement les supporters lorsqu’Azzedine Ounahi, touché au visage, quitte momentanément la pelouse après avoir saigné, conformément au protocole médical de la FIFA.
Les dribbles de Brahim Diaz et la pression constante exercée sur la défense écossaise entretiennent l’enthousiasme du public. À la pause, le Maroc conserve son avantage d’un but à zéro.
Touche de mixité à la soirée
Dans la dibiterie, certains clients sortent prendre l’air, d’autres continuent de commenter le match à mesure que statistiques et analyses sont servies en direct, pendant qu’un serveur apporte du thé chaud aux spectateurs.
Ici, le football se vit simplement, autour d’un écran, d’un verre de thé et d’une assiette de viande grillée.
Au retour des vestiaires, le Maroc reprend sa domination avec la même intensité. Dès la 49e minute, une frappe de Saibari, déviée par le défenseur écossais Hendry, vient s’écraser sur la barre transversale avant de filer en corner.
Dans la dibiterie, les supporters retiennent leur souffle. Il s’en est fallu de peu pour que les Lions de l’Atlas doublent la mise.
À la 61e minute, une tentative d’Achraf Hakimi fait également frissonner l’assistance. Le ballon passe finalement à côté du cadre, arrachant des exclamations mêlées de déception et d’espoir.
L’ambiance prend alors une autre dimension. Jusqu’ici exclusivement masculine, la salle accueille deux jeunes Marocaines, clientes habituelles de l’établissement.
Après avoir terminé leur dîner à l’entrée de la dibiterie, elles rejoignent l’espace aménagé autour du téléviseur pour suivre les dernières minutes de la rencontre, apportant une touche de mixité à cette soirée de football.
Sur le terrain, la tension monte. À la 65e minute, le capitaine écossais Andrew Robertson est averti pour une faute sur Hakimi. Des cris de frustration s’élèvent quelques minutes après, en réaction contre Brahim Diaz qui rate une opportunité de tenter sa chance en conservant trop longtemps le ballon. Un supporter va même jusqu’à réclamer son remplacement.
L’incompréhension gagne encore les rangs des supporters lorsque l’attaquant marocain se fait subtiliser le ballon dans une situation pourtant favorable. Les commentaires fusent de toutes parts, chacun y allant de son analyse.
À mesure que le chronomètre avance, les changements se multiplient des deux côtés, tandis que la nervosité gagne les spectateurs. À la 85e minute, Mohamed, un supporter marocain aux lunettes photochromiques, laisse éclater sa déception après une action mal négociée.
Mais l’ambiance bascule tout de suite après, sur un dribble inspiré de Brahim Diaz, qui élimine son vis-à-vis avec aisance. Les sourires reviennent instantanément. “En tout cas, sandina waaji falé !”, lance un supporter en wolof, admiratif devant le geste technique de l’attaquant marocain.
L’Écosse pousse néanmoins jusqu’au bout. À la 87e minute, Scott McTominay se procure une occasion dangereuse qui fait frémir les supporters marocains. Puis, dans les arrêts de jeu, un corner écossais manque de tourner au cauchemar lorsqu’un défenseur marocain est tout près de marquer contre son camp.
Le danger écarté, un immense soupir de soulagement traverse la dibiterie. Le coup de sifflet final entérine la victoire marocaine.
Trois points pour les Lions de l’Atlas, accueillis avec satisfaction par les supporters marocains réunis dans ce coin animé de la Médina dakaroise.
“Une rencontre serrée”
Installé à Dakar depuis près de vingt-deux ans, Mohamed, supporter marocain vêtu d’un maylouss (tissu très léger, fluide et transparent) gris, a fait part de sa satisfaction après la victoire (1-0) des Lions de l’Atlas.
“C’était un match très difficile pour les Marocains, mais aussi pour les Écossais. Ils jouent un football proche de celui des Anglais, avec un bloc très serré et des contre-attaques”, a-t-il analysé.
“Le plus important, ce sont les trois points. Le Maroc a fait un bon match. Je suis content, même s’il y avait de la nervosité parce qu’on a raté plusieurs occasions qui auraient pu nous mettre à l’abri”, a confié l’homme aux lunettes photochromiques.

Avec quatre points en deux matchs après le nul obtenu face au Brésil lors de la première journée, Mohamed estime que le Maroc est en bonne position pour atteindre les huitièmes de finale.
Le supporter marocain s’est également réjoui de l’émergence du jeune Ayoub Bouaddi, révélation du tournoi côté marocain.
“J’ai été surpris par son niveau. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas un joueur avec autant de qualités. Contre le Brésil, il a réalisé un grand match. Aujourd’hui, les Écossais l’ont beaucoup surveillé et ne lui ont laissé que très peu d’espaces”, a-t-il expliqué.
Mohamed dit enfin souhaiter un beau parcours non seulement au Maroc, mais également à l’ensemble des sélections africaines engagées dans la compétition.
“J’aimerais voir toutes les équipes africaines aller loin dans ce Mondial. Pour le Maroc, nous avons été quatrièmes en 2022. Cette fois, j’aimerais nous voir atteindre la finale, même si ce ne sera pas facile. Comme le dit notre entraîneur, il faut avancer match après match”, a-t-il conclu.
Habillé du maillot marocain, assis au fond de la dibiterie, Omar estime que “c’était un match vraiment stressant. Ce n’était pas facile de gagner contre une équipe très forte”.
Malgré la courte victoire, il retient avant tout le résultat. “Trois points, ça compte pour le Maroc. On est premiers du groupe maintenant”, s’est-il réjoui.

Omar considère que la sélection marocaine est “pratiquement qualifiée”, même s’il préfère attendre le troisième match contre Haïti pour en avoir la confirmation.
Le supporter marocain espère désormais voir les Lions de l’Atlas confirmer leur bonne dynamique lors de leur prochaine sortie afin de conserver la première place du groupe.
“Alhamdoulilah, un but c’est bon et les trois points aussi. Mais le Maroc a raté beaucoup d’occasions”, a réagi Najib après le coup de sifflet final.
Selon lui, l’Écosse a confirmé sa réputation d’équipe difficile à manœuvrer. “L’Écosse est une équipe très dure, un peu comme l’Angleterre. Ils ont bien joué, mais l’essentiel est là : les trois points”, a-t-il affirmé.
Présent au Sénégal depuis 1998, le restaurateur marocain dit se sentir chez lui à Dakar. “Cela fait longtemps que nous vivons ensemble. Nous sommes des frères”, a-t-il déclaré en évoquant les relations entre Sénégalais et Marocains.
Pour lui, le football demeure avant tout un facteur de rapprochement entre les peuples. “Le football ne gâche pas les relations entre nos pays”, a-t-il assuré.
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