Le commerce en perte de vitesse à Kidira, sur le corridor Dakar-Bamako
Le commerce en perte de vitesse à Kidira, sur le corridor Dakar-Bamako

SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Kidira, 17 août (APS) – Autrefois source importante de revenus pour plusieurs familles, le commerce et le transit au niveau du point de passage de Kidira (est), sur le corridor Dakar-Bamako, n’est plus aussi rentable qu’avant, les activités se trouvant considérablement ralenties, en raison notamment de problèmes sécuritaires liés à la situation au Mali.

En cette journée du mois d’août, qui consacre l’installation définitive de l’hivernage dans le Sénégal oriental, la végétation a repris vie, les surfaces dégradées il y a quelques mois se transformant en des espaces verdoyants offrant un cadre frais et paisible aux passants.

Bien que le ciel soit dégagé, le climat reste favorable et calme. A Kidira, une commune carrefour, point de passage favori des chauffeurs de camions et des bus vers le Mali, tout est au point mort au niveau de la frontière.

Cette partie de la ville, d’habitude très animée et vivante, semble perdre son souffle de vie depuis les événements survenus au Mali, en avril dernier.

Le pays a été ciblé par des attaques coordonnées menées le 25 avril dernier par des groupes armées, dont le JNIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ciblant simultanément plusieurs localités et positions militaires à travers le Mali, y compris près de la capitale.

Cette situation a causé l’arrêt du trafic au niveau de Kidira, entraînant son basculement vers l’axe Kédougou-Moussala.

Des files d’attente de camions qui s’étendaient à perte de vue plus visibles, comme si la route s’est libérée de tels encombrements. La circulation est devenue fluide au grand bonheur des motocyclistes et chauffeurs de transports urbains.

“Maintenant, on roule sans aucune difficulté, sans avoir peur d’être touché par un camion derrière. La voix était devenue très encombrée avec les camions”, se réjouit un jeune conducteur de moto Jakarta, venu déposer un client sur la chaussée.

Arrêt du trafic, chute du chiffre d’affaires des commerçants

Cet avis est loin de faire l’unanimité chez les nombreux commerçants qui tiennent leurs activités sur ce corridor. Entre perte de revenus et consommation revue à la baisse, ils ont fait part à l’APS du “déclin” affectant leurs activités.

Non loin du bureau des douanes de Kidira, un restaurant à la façade et aux murs colorés d’une peinture rouge fortement altérée. À l’intérieur, de grandes marmites en aluminium, des casseroles et divers ustensiles de cuisine occupent le sol carrelé.

Le commerce en perte de vitesse à Kidira, sur le corridor Dakar-Bamako

Mame Diarra Ndiaye, teint clair, vient de plonger des condiments dans une marmite bouillante pour le repas du jour.

“Mon activité est à terre”, confie Mame Diarra, vêtue d’une robe blanche, un foulard de la même couleur couvrant la tête, sa petite fille à ses côtés.

Cette restauratrice qui avait l’habitude d’utiliser une grande marmite de 10 kg pour ses repas, se contente, depuis plusieurs mois, d’un petit récipient ne pouvant contenir que quelque deux pots de riz.

“J’utilisais les grandes marmites pour préparer le repas. Un sac de riz de 50 kg ne valait qu’une journée pour le déjeuner et le dîner parce que je vendais tout. Mais actuellement je n’arrive pas à vendre trois plats”, se désole la restauratrice.

Face à cette situation qui perdure, elle affirme avoir renvoyé chez elle son réfrigérateur, qui lui permettait jusque-là de vendre des sachets d’eau, de la glace et des jus aux voyageurs aux nombreux clients fréquentant son établissement.

Même scénario chez les vendeuses de petit-déjeuner établies juste au carrefour, à l’entrée du passage vers le Mali. Les activités, là aussi, sont au ralenti.

“L’arrêt du trafic a beaucoup perturbé notre activité. Les chauffeurs venus du Mali qui passaient la nuit ici, ainsi que les passagers des horaires des bus prenaient ici le petit-déjeuner. Mais on ne voit plus personne”, se désole Fanta Seck.

Le commerce en perte de vitesse à Kidira, sur le corridor Dakar-Bamako

“On se débrouille seulement mais rien ne marche actuellement. Nous sommes des mères de famille, nous venons toujours chercher quelque chose à ramener à la maison, mais ce n’est plus comme avant”, insiste-t-elle, la voie empreinte de lassitude.

‎Etablie en face de la police des frontières de Kidira, Alkhassoum gère un magasin où il vend en gros différentes catégories de boissons. Il déclare lui aussi fortement être impacté par l’arrêt du trafic au niveau de ce point de passage vers Mali.

“Ça fait maintenant cinq mois que mon travail est à l’arrêt. Je suis grossiste et j’ai dû même envoyer certaines marchandises à Dakar puisque rien ne marche ici. Il n’y a plus de bus ni de camions qui passent par-là, plus personne”, a-t-il lancé, le ton meurtri.

En temps normal, c’est près de 500 véhicules par jour”

‎Jusqu’en 2024, plus de 200 véhicules, des camions, bus horaires et autres passaient par là pour rallier le Mali via Kidira.

Le trafic a désormais complètement basculé vers Kédougou-Moussala, avec les événements survenus au Mali en juillet dernier.

Le Mali avait alors été marqué par de violents affrontements armés, notamment une embuscade meurtrière le 18 juillet à Tabrichat (région de Gao) contre un convoi de l’armée malienne et ses alliés russes, faisant plus de 50 morts.

“L’arrêt du trafic est un grand handicap pour tous. Nous sommes restés trois mois sans salaire”, regrette Adama Samassa, représentant de l’Union des transporteurs routiers du Sénégal à Bakel.

‎‎”Auparavant, vers 2017-2018, ce point de passage était vraiment sollicité. C’est 500 véhicules par jour qui passaient par là, il y avait une file d’attente de plus de 10 kilomètres. Le nombre a diminué, oscillant entre 200 à 300 véhicules tous genres confondus, et jusqu’à plus rien”, révèle le syndicaliste.

Le commerce en perte de vitesse à Kidira, sur le corridor Dakar-Bamako

Selon Moustapha Sall, secrétaire général de l’Union sénégalaise des entreprises de transit et de transport agréées (USETTA), l’axe Moussala n’avait pas pour objectif de gérer autant de flux. Il en résulte une longue attente et des problèmes d’ordre sécuritaire.

‎”On est en train de voir avec les autorités, s’il y a une possibilité de redéployer le personnel qui est au niveau de Kidira, vers Moussala, pour le soulager”, a fait savoir Moustapha Sall.

En mission conjointe, jeudi, avec les acteurs du transport maliens à Kidira, le Conseil sénégalais des chargeurs (COSEC) a rappelé le “rôle stratégique” que joue le point de passage sur le corridor Dakar-Bamako, se désolant des conséquences de l’arrêt du trafic.‎

‎”Au niveau des frontières, on a relevé quelques contraintes. A Kidira, on a noté l’absence des camions. Le trafic a été transféré vers Moussala, ce qui fait qu’à Kidira, il n’y a plus de camions et ceci à des conséquences d’ordre économique pour les commerçants installés sur ce corridor”, avait souligné Daouda Sidy Sarr, directeur de la promotion et de l’assistance aux chargeurs au COSEC.

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‎AND/ABD/HK