Conférence des Nations unies sur l’eau : un expert propose aux dirigeants africains de parler d’‘’une même voix’’  
Conférence des Nations unies sur l’eau : un expert propose aux dirigeants africains de parler d’‘’une même voix’’  

SENEGAL-AFRIQUE-PERSPECTIVES

Dakar, 20 fév (APS) – Les pays africains ont intérêt à parler d'”une même voix” lors de la troisième conférence des Nations unies sur l’eau prévue en décembre prochain aux Émirats arabes unis, afin d’éviter les “positions divergentes, biaisées ou fragmentées”, recommande l’ingénieur hydraulicien sénégalais et président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest, Abdoulaye Sène.

“C’est important que les pays africains se mettent d’accord pour vous parler d’une même voix. C’est important que l’Afrique n’aille pas à cette conférence avec des positions divergentes, biaisées ou fragmentées”, a dit M. Sène dans une interview accordée à l’APS.

“Il faut que, en se fondant sur la Vision africaine de l’eau (adoptée par les dirigeants africains, les 14 et 15 février 2026, à Addis-Abeba) et la conférence des chefs d’État, qui a décidé de faire de 2026 l’Année de l’eau, nous puissions arriver [aux Émirats arabes unis] avec des propositions très claires”, propose-t-il.

Abdoulaye Sène, membre également du comité de pilotage international du Partenariat mondial de l’eau, ajoute : “Nous devons montrer que nous connaissons les enjeux, que nous avons des ambitions, des stratégies et un plan d’action que nous sommes prêts à mettre en œuvre. Nous devons montrer que nous sommes prêts à travailler avec les partenaires à l’accès universel à l’eau, une denrée dont les Nations unies ont fait un droit humain.”

“L’Afrique doit y aller avec un partenariat à proposer”

“Nous devons élaborer des propositions claires, articulées et réalistes, avec des mécanismes de suivi qui permettront à l’Afrique de dire : ‘Voilà ce que j’apporte, là où j’en suis dans les progrès réalisés par les États, voilà mes ambitions, voilà mes besoins en termes de financement, d’assistance technique et de formation'”, suggère l’expert et ingénieur hydraulicien.

Il est d’avis, concernant toujours la conférence des Nations unies sur l’eau, que “l’Afrique doit y aller avec un partenariat à proposer aux [autres parties], aux institutions de financement et aux pays qui, aujourd’hui, nous accompagnent dans ce combat pour l’accès universel à l’eau”.

“Alors, pour aller dialoguer, il faut d’abord se préparer. Cela veut dire qu’en allant à cette conférence consécutive à la réunion préparatoire que le Sénégal a organisée fin janvier, sous la présidence du [chef de l’État] lui-même, l’Afrique doit mettre en avant une bonne stratégie”, a insisté Abdoulaye Sène.

“L’eau est la première ressource autour de laquelle il faut développer des coopérations, pour que nous puissions arriver à quelque chose. Et je suis très confiant là-dessus, parce que le Sénégal a déjà posé des balises très fortes”, a-t-il ajouté.

M. Sène rappelle que le Sénégal a fait adopter le Pacte bleu, une déclaration comprenant cinq actes, lors du neuvième Forum mondial de l’eau, en 2022, à Diamniadio, près de Dakar. “Je pense que nous sommes en train de poursuivre cette dynamique-là.”

“Nous avons organisé le Forum mondial de l’eau de 2022, nous allons co-organiser cette année la conférence des Nations unies sur l’eau. Et nous nous préparons à accueillir aussi, en 2027, la conférence des parties sur la Convention internationale bleue. Le Sénégal va accueillir aussi, en 2028, le congrès de l’Association des distributeurs d’eau”, a-t-il poursuivi, ajoutant : “Organisons-nous, élaborons des propositions concertées, ambitieuses et pragmatiques.”

Il y a “une baisse des budgets qui permettaient de prendre en charge l’accès à l’eau”

“Donc, mettons en place un dispositif qui nous permettra de dire à l’Afrique que nous avons utilisé nos ressources nationales en premier, avant d’en demander d’autres. Mettons ensemble un mécanisme de suivi des progrès pour être sûrs que les engagements qui seront pris vont être absolument respectés pour le futur”, recommande M. Sène aux autorités sénégalaises et à leurs homologues des autres pays africains.

L’expert signale qu'”il y a une baisse des budgets qui permettaient de prendre en charge l’accès à l’eau”. “En Europe et dans d’autres régions du monde, l’argent est mis ailleurs, il est destiné à la militarisation, le développement des armements, par exemple”, a-t-il dit.

“C’est l’Afrique qui souffre le plus de l’insécurité en eau. Elle doit effectivement peser d’un poids lourd. Et c’est pour cela qu’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement doivent se réunir et élaborer un programme. Ils doivent dire au monde : ‘Voilà ce que nous proposons’. Ça va être extrêmement fort”, conseille Abdoulaye Sène.

“Il est extrêmement important qu’un mécanisme de suivi des engagements soit mis en place […] Et nous sommes très confiants là-dessus, parce que les ambitions de l’Afrique sont fondamentales”, a-t-il souligné.

M. Sène affirme que 400 millions d’individus parmi les 2 milliards n’ayant pas accès à l’eau potable résident Afrique.

CS/ESF/BK