SENEGAL-AGRICULTURE-POINT
Sédhiou, 23 fév (APS)- La campagne de commercialisation arachidière se déroule à rythme jugé lent dans la région de Sédhiou (sud), où seulement 13 points de collecte fonctionnaient la semaine dernière sur 98 prévus, pour 60 444 tonnes d’arachide collectées sur un stock de 2275 tonnes, a-t-on appris du directeur régional du développement rural (DRDR), Samba Guèye.
“L’opération de la collecte d’arachides est lente au niveau de la région. Sur 60 444 tonnes d’arachides collectées, 3769 tonnes seulement sont acheminées vers la SONACOS et un stock de 2275 tonnes en attente”, a déclaré M. Guèye dans un entretien avec l’APS.
Sur 98 points agrées, seuls 13 points fonctionnent, couvrant les départements de Bounkiling et Sédhiou, a détaillé le DRDR.
Il a noté plusieurs contraintes justifiant ces lenteurs, liées notamment aux travaux de battage de l’arachide dans les champs, au déficit de matériels post-récolte et au retard lors des opérations de déchargement des camions au niveau de l’usine de la Société nationale des oléagineux du Sénégal (SONACOS).
Les opérations de collecte sont impactées par l’insuffisance de financements dû au fait que les opérateurs ont des crédits non payés au niveau des structures financières, mais aussi par les difficultés pour faire respecter le du prix plancher, sans compter l’accès difficile à certaines zones de production.
Samba Guèye a souligné l’importance de créer des points de collecte stratégiques accessibles et proches des gros producteurs. Il suggère aussi de mettre en place de zones de réception provisoires de la production au niveau de la région pour permettre aux producteurs d’écouler leurs productions.
Cela permettrait aussi aux opérateurs de réduire les difficultés liées à l’enclavement et les longues distances.
Pour éviter le bradage des récoltes, le directeur régional de développement rural a invité les agriculteurs à s’organiser autour des coopératives afin de pouvoir vendre leur production à la Sonacos sans aucun intermédiaire.
Des contraintes logistiques et financières déplorées
Producteur au village Touba Fall, à Bounkiling, Thierno Mbaye déplore les lenteurs notées dans les opérations de collecte, notamment au niveau des usines, où le camion dont il a loué les services est resté “immobilisé plus de vingt-cinq jours” sans pouvoir décharger la marchandise.
Selon lui, cette situation bloque l’écoulement de la production qui demeure entre les mains des paysans, accentuant leur vulnérabilité économique.
“De nombreux producteurs sollicitent l’achat de leurs stocks, mais les contraintes logistiques et financières freinent la satisfaction de cette demande”, a-t-il confié.
A l’en croire, ce retard dans la chaîne de commercialisation met en péril non seulement les revenus des exploitants, mais aussi la fluidité du marché, révélant l’urgence d’une meilleure organisation et d’un appui renforcé aux acteurs locaux.
Mor Gueye, chef du village de Médina Nandjigui à Marsassoum, a d’abord mis en exergue l’importance de la production enregistrée cette année, signe selon lui d’une bonne campagne arachidière. Il a toutefois insisté sur la difficulté majeure qui freine l’élan des producteurs, à savoir la commercialisation.
“En effet, les rares acheteurs qui se déplacent dans les villages proposent des prix oscillant entre 240 et 250 FCFA le kilogramme, un tarif jugé insuffisant et peu avantageux pour les cultivateurs”, a dit Mor Guèye.
La levée récente de l’interdiction de l’exportation, “censée stimuler le marché, n’a pas produit les effets escomptés, la vente reste timide et peu attractive”, a-t-il déploré.
“Les producteurs, bien que disposant de stocks importants, peinent à écouler leur marchandise, faute de débouchés solides et de mécanismes incitatifs”, a souligné Mor Guèye.

Il estime également que cette situation traduit un paradoxe entre l’abondance de la récolte et la faiblesse de la demande.
Il a révélé par ailleurs les limites des mesures prises et la nécessité d’une stratégie plus efficace pour dynamiser la filière, soutenir les paysans et garantir une meilleure valorisation de leur production.
“A Niagha, les agriculteurs ont manifesté leur méfiance face aux pratiques des acheteurs qui, au lieu de régler immédiatement la transaction, transportent les arachides vers Ziguinchor en promettant de payer par la suite”, a confié Djiby Maodo Baldé, un de ces producteurs.
Il estime que cette démarche, perçue comme risquée et peu transparente, suscite un profond manque de confiance chez les producteurs, lesquels craignent de perdre le fruit de leur travail sans garantie de rémunération’’.
“Les paysans ont pris la décision de ne pas livrer leurs récoltes et de privilégier le stockage, considérant cette option comme une manière de protéger leur production et de préserver leur sécurité économique”, a-t-il ajouté.
Le producteur a rappelé que la campagne de commercialisation de l’arachide repose sur quelques points agréés pour la région, répartis uniquement entre les départements de Bounkiling et Sédhiou.
Cette répartition, bien que permettant une certaine organisation dans ces zones, révèle une inégalité puisque le département de Goudomp ne bénéficie d’aucun point agréé fonctionnel pour la collecte.
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