SENEGAL-AFRIQUE-POLITIQUE
Dakar, 27 mars (APS) – Le constitutionnaliste sénégalais Babacar Kanté, membre du groupe des sages de l’Union africaine, a souligné, vendredi, l’absence d’un “véritable constitutionnalisme” en Afrique, les Constitutions étant souvent manipulées pour conquérir ou conserver le pouvoir, au détriment de leur fonction de bien commun et de régulation des rapports entre gouvernants et citoyens.
“On a des Constitutions, mais on n’a pas de constitutionnalisme”, a déclaré cet ancien membre du Conseil constitutionnel du Sénégal, ajoutant : “Nous n’avons pas encore réussi à faire de la Constitution un bien commun, et malgré les discours, nous n’avons pas de véritable constitutionnalisme, notamment faute de lutte effective contre l’insécurité juridique”.
Il intervenait, en tant que panéliste, sur la gouvernance et le droit constitutionnel, l’un des sujets abordés lors d’une conférence-débat régionale de deux jours, axée sur les droits humains, la justice et la cohésion sociale, organisée par l’ONG Wathi.
La rencontre, qui a réuni des acteurs institutionnels, des représentants de la société civile, des experts ainsi que des partenaires, vise à identifier des “pistes d’action concrètes” en faveur d’une paix durable au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
Selon le professeur Kanté, doyen honoraire de l’unité de formation et de recherche en droit de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis (nord), le constitutionnalisme implique l’institutionnalisation et la limitation du pouvoir, une exigence qui, selon lui, reste étrangère à de nombreux pays africains.
“Nous avons toujours cette mentalité selon laquelle la Constitution définit l’organisation du pouvoir, mais elle n’est pas un bien commun”, a-t-il affirmé, évoquant les modifications répétées des textes constitutionnels.
Il a cité l’exemple du Sénégal, où la loi fondamentale a été modifiée à plusieurs reprises, notamment sous différents régimes.
Le constitutionnaliste a également insisté sur l’importance de la consultation populaire dans l’élaboration des Constitutions.
Il a salué, à cet égard, l’expérience sud-africaine, marquée par plusieurs années de concertation et l’adoption d’une Constitution intermédiaire traduite en plusieurs langues et intégrant la diversité sociale.
“Le problème n’est pas de rédiger une Constitution rapidement, mais de prendre le temps nécessaire pour que le peuple s’approprie ses textes”, a-t-il souligné.
Babacar Kanté a, en outre, évoqué les défis liés à la gestion de la diversité, à l’inclusivité et à l’autonomie des collectivités territoriales et des universités, estimant que leur insuffisance contribue à l’instabilité politique et à l’insécurité juridique dans la région ouest africaine.
Selon lui, seule une approche progressive, participative et respectueuse des spécificités sociales et culturelles permettra d’instaurer un véritable constitutionnalisme en Afrique, à ses yeux gage de stabilité et de confiance légitime.
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