SENEGAL-MONDE-RESSOURCES-ANALYSE
Dakar, 11 fév (APS) – Le président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest, Abdoulaye Sène, a relevé, dans une tribune parvenue à l’APS, une prise en charge ‘’fragmentée’’ de l’eau et un manque de ‘’cohérence systématique’’ dont cette ressource fait l’objet dans les instances internationales.
M. Sène, ingénieur hydraulicien diplômé de l’École polytechnique de Thiès et secrétaire exécutif du neuvième Forum mondial de l’eau organisé en 2022 à Dakar, a fait cette analyse à la suite de la réunion organisée à Diamniadio, au Sénégal, les 26 et 27 janvier 2026, pour les préparatifs de la Conférence des Nations unies sur l’eau. Cette rencontre onusienne est prévue en décembre prochain aux Émirats arabes unis.
Des ‘’processus parallèles’’
‘’Cette réunion (celle de Dakar) survient dans un contexte paradoxal : l’eau est omniprésente dans nos agendas multilatéraux, mais elle demeure trop souvent traitée de manière fragmentée, sans la cohérence systémique qu’exige son caractère transversal’’, a relevé Abdoulaye Sène.
Même si l’eau fait partie des nombreux objectifs de développement durable, ‘’elle structure encore insuffisamment nos décisions politiques globales’’ à cause du manque de ‘’cohérence systémique’’ dont elle fait l’objet dans les organisations qui s’en chargent, selon M. Sène.
Il estime que la réunion de Dakar et la Conférence des Nations unies sur l’eau ‘’offre[nt] une opportunité exceptionnelle de transformer l’architecture multilatérale de l’eau en passant d’un ensemble de processus parallèles à un système cohérent, au service de la sécurité hydrique universelle’’.
En parlant de ‘’processus parallèles’’, l’ingénieur hydraulicien fait allusion à la Conférence des Nations unies sur l’eau de mars 2023 à New York, au Forum mondial de l’eau, à la Semaine mondiale de l’eau de Stockholm, à l’ONU-Eau, l’agence onusienne chargée de l’eau, au Partenariat mondial pour l’eau (GWP), etc.
‘’Nécessité d’une approche systémique de la gestion de l’eau’’
Le GWP, chargé de promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau, réunit près de 3 000 organisations partenaires de 183 pays et se distingue par son ancrage territorial à travers 13 partenariats régionaux et 85 partenariats nationaux, explique Abdoulaye Sène.
Le GWP, ‘’moteur de l’action multi-acteurs’’, traduit ‘’les politiques globales en solutions concrètes dans les bassins et les territoires’’, a expliqué M. Sène, estimant qu’il ‘’a contribué à ancrer la nécessité d’une approche systémique de la gestion de l’eau’’.

Il laisse entendre que le Partenariat mondial pour l’eau donne donc de l’espoir, quant à la fin de la prise en charge ‘’fragmentée’’ de l’eau dans les institutions internationales.
‘’La complémentarité entre le GWP et les processus onusiens constitue l’un des piliers de l’architecture multilatérale de l’eau’’, espère l’auteur de la tribune.
Il signale que 90 % des catastrophes liées au climat sont relatives à l’eau (inondations, sécheresses et tempêtes).
Abdoulaye Sène est d’avis que ‘’le paysage multilatéral de l’eau présente plusieurs atouts indéniables’’, dans la mesure où, entre autres raisons, ‘’la diversité des plateformes permet de toucher différents publics et niveaux de décision’’.
Le multilatéralisme facilite aussi une prise en charge cohérente de l’eau, par l’effet de ‘’la circulation des savoirs’’, car ‘’les innovations testées au niveau local remontent dans les forums internationaux’’, explique-t-il.
‘’Le sous-financement chronique du secteur de l’eau’’
En même temps, ajoute M. Sène, ‘’les cadres conceptuels élaborés globalement (la sécurité hydrique, par exemple) s’ancrent progressivement dans les politiques nationales’’. Il constate que ‘’les limites du système actuel sont criantes’’.
‘’La fragmentation excessive demeure le problème majeur : multiplication d’initiatives parfois redondantes, manque de coordination entre les différents processus, absence de mécanismes contraignants de suivi des engagements’’, fait observer le secrétaire exécutif du neuvième Forum mondial de l’eau.
Il relève, par ailleurs, ‘’le sous-financement chronique du secteur de l’eau’’, dont les besoins nécessaires d’ici à 2030 sont estimés à 7 000 milliards de dollars américains.
Ce montant colossal ‘’contraste avec la modestie des engagements financiers pris lors des conférences internationales’’, signale Abdoulaye Sène.
ESF/MTN

