SENEGAL-TOURISME
Par Thierno Abdourahmane Ba
Toubacouta, 27 août (APS) – A Toubacouta, les professionnels du tourisme sont privés de revenus importants chaque année, pendant cinq à six mois, parce que l’activité touristique est saisonnière dans cette commune de la région de Fatick (centre).
La plupart des visiteurs attirés par les bolongs, les îles, les oiseaux migrateurs et la mangrove et les beaux paysages du delta du Saloum, patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011, quittent cette zone pendant la basse saison touristique, qui s’étend souvent de mai à octobre. En haute saison, en revanche, de nombreux touristes viennent visiter les principales attractions de la zone.
El Hadji Kébé, un artisan âgé d’environ 50 ans, nettoie soigneusement des sculptures rangées sur les tables et les étagères de son atelier. Il vend des objets d’art, des vêtements et des sandales aux visiteurs. Depuis quelques mois, l’artisan les attend désespérément dans une boutique ouverte sur l’une des rues de Toubacouta, une ville située dans l’une des principales zones touristiques du Sénégal, le delta du Saloum.
El Hadji Kébé vend des sculptures aux touristes depuis une quarantaine d’années. Il a hérité cette activité économique de ses parents, depuis son adolescence. Mais l’artisanat est en perte de vitesse depuis quelques mois, à Toubacouta. Comme l’hôtellerie et le tourisme, dont les artisans tirent parti en saison haute. ‘’De juillet à septembre, il n’y a presque pas d’activité touristique ici’’, observe M. Kébé, dépité.
Pendant la basse saison touristique, Toubacouta se vide d’une bonne partie de ses visiteurs, dont les touristes venant de nombreux pays. El Hadji Kébé, comme d’autres personnes exerçant des activités économiques voisines du tourisme (artisanat, hôtellerie, etc.), est privé de ses ressources habituelles.
Cet artisan, qui dit avoir construit une maison avec les recettes de son atelier d’art, apprend à s’habituer à la saisonnalité du tourisme : une partie de l’argent gagné durant la haute saison ne sera dépensée que pendant la basse saison, pour éviter la dèche. ‘’Pendant la haute saison, je peux gagner plus de 2 millions de francs CFA. L’épargne d’une partie de mes revenus me permet de traverser les moments difficiles’’, confie-t-il.
Les conditions de séjour des touristes restent à améliorer
Habitué à l’alternance des saisons touristiques, El Hadji Kébé se résout à prendre ses vacances lorsque Toubacouta se vide de ses touristes.
Ousmane Dieng, un guide touristique âgé d’environ 40 ans, est venu chercher une famille française à Toubacouta, pour une visite du delta du Saloum. Depuis quelques mois, les touristes viennent en petit nombre, constate le guide sollicité par plusieurs agences de tourisme.
À Toubacouta, l’hôtellerie, comme le tourisme et l’artisanat, subit les contrecoups du faible flux de touristes. Youssoupha Seydi, employé d’un petit hôtel de la zone, constate que ‘’la période la plus propice au tourisme va d’octobre à avril’’. Pendant cette période, de nombreux habitants de la commune tirent profit de l’activité touristique, témoigne M. Seydi, qui s’active dans ce secteur depuis 2013. ‘’Le tourisme domine l’économie de la commune. Beaucoup de gens gagnent leur vie en travaillant dans ce secteur.’’
‘’Ici, presque tout le monde tire profit du tourisme, des piroguiers aux guides touristiques en passant par les propriétaires de réceptifs hôteliers et de restaurants’’, signale El Hadji Kébé, affirmant que la basse saison est une période de disette pour tout ce monde.
D’après M. Kébé, une partie des touristes visitant le delta du Saloum préfère maintenant se rendre en Gambie voisine, où le séjour serait moins coûteux. ‘’Les Européens avec lesquels je discute, disent que c’est trop cher pour eux de séjourner ici’’, affirme l’artisan sans autre explication.
Ousmane Dieng soutient que le tourisme est mal réglementé à Toubacouta, ce qui, à ses yeux, est à l’origine des difficultés du secteur. D’après lui, certains acteurs touristiques exercent plusieurs métiers à la fois : hébergement, restauration, transport des touristes, etc.
‘’Ils sont en train de tuer [le secteur] en voulant tout faire. Ils exploitent un logement touristique et un restaurant, ils mettent une voiture à la disposition des touristes et s’improvisent guides en même temps, aux dépens d’autres professionnels du secteur’’, dénonce M. Dieng.
Une importante diversité biologique
‘’Il faut faire appel aux vrais professionnels du tourisme pour donner de la vigueur à ce secteur et le règlementer’’, propose-t-il.
El Hadji Kébé partage au moins partiellement ces suggestions en affirmant que l’Etat doit mettre de l’ordre dans ce secteur d’activité, à Toubacouta.
Youssoupha Seydi pense que les conditions de séjour des touristes restent à améliorer, les moyens de transport qu’ils utilisent surtout.
Ousmane Dieng propose une large concertation sur les difficultés du tourisme à Toubacouta, El Hadji Kébé estimant que l’équation à résoudre est de faire en sorte que le tourisme conserve son dynamique tout au long de l’année.
Le delta du Saloum – dont fait partie la commune de Toubacouta – dispose d’une importante diversité biologique et concentre près de 200 îles et îlots. Il fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2011. Des atouts dont devrait bénéficier le tourisme local.
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