SENEGAL-CULTURE
Dakar, 26 fév (APS) – L’exposition ”Ku ñaan ñàkk, soo jëndee am”, inaugurée au musée historique de Gorée, propose jusqu’au mois d’avril une immersion artistique et mémorielle au cœur des biens culturels et cultuels spoliés aux communautés soufies du Sénégal et à de grandes figures de la résistance ouest-africaine.
Conçue par Wagane Guèye, l’exposition place au centre du parcours la question sensible de la restitution, à travers une scénographie articulée autour d’archives, de fresques monumentales et de portraits symboliques.
Le titre, que l’on peut traduire par ”Lorsqu’on répond à ta demande par un refus, l’achat permet de l’obtenir”, suggère une réflexion critique sur les mécanismes d’appropriation et les voies possibles de recouvrement du patrimoine.

Dans la cour du musée, de vastes fresques réalisées par Ibrahima Diokhané, Lamine Diémé et Pape Diop rendent hommage à des figures marquantes telles que la linguère du Cayor Yacine Boubou (XVIIe siècle), le résistant Almamy Samory Touré ou encore le guide spirituel Seydina Issa Rohou Lahi.
Ces œuvres, selon le commissaire, matérialisent ”le lourd contentieux des biens et des corps spoliés”, en associant mémoire historique et création contemporaine.
Le parcours évoque également des figures dont les dépouilles ou les traces matérielles demeurent hors de leurs terres d’origine, à l’image de Aline Sitoë Diatta, décédée à Tombouctou, de Diéry Dior Ndella Fall (1871-1904), dont la tête se trouverait en France, ou de Chérif Cheikh Hamallah, inhumé à Montluçon.
Manuscrits, photographies et objets religieux confisqués par les autorités coloniales sont également au cœur de la réflexion proposée.

L’exposition s’organise en quatre espaces dédiés aux principales confréries soufies du Sénégal: la Tidjaniya, le mouridisme, les Layènes et les Niassènes, à travers une galerie de portraits de leurs fondateurs et des récits mettant en lumière des trajectoires de résistance, de négociation ou de pacification face à la domination coloniale.
Selon Wagane Guèye, l’initiative s’inspire notamment de l’acquisition, en mai 2023, de six photographies de Serigne Touba par des disciples mourides, un acte qu’il présente comme un signal fort, sans pour autant l’ériger en modèle unique.
Il plaide pour un engagement concret en faveur d’une restitution effective des biens spoliés.
Inscrite dans le cadre du colloque international ”Souverainetés et restitutions des biens culturels”, organisé du 23 au 26 février par l’Institut fondamental d’Afrique noire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’exposition entend faire de Gorée un espace de dialogue entre mémoire, art et revendication patrimoniale.

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