Dakar, 29 juil (APS) – Le leader de Pastef-Les patriotes (opposition), Ousmane Sonko, arrêté vendredi et placé en garde à vue, est poursuivi en justice pour sept chefs d’accusation, dont celui d’appel à l’insurrection, a déclaré, samedi, le procureur du tribunal de grande instance de Dakar, Abdou Karim Diop.

‘’Il sera poursuivi pour appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sureté de l’État, complot contre l’autorité de l’État, actes et manœuvres à compromettre la sécurité publique et à créer des troubles politiques graves, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, mais également vol de téléphone portable’’, a déclaré M. Diop lors d’un point de presse.

Les faits présumés de ‘’vol d’un téléphone portable appartenant à une gendarme […] sont juste un élément déclencheur de son arrestation qui était d’ailleurs imminente’’, a-t-il précisé.

‘’Toutes les procédures énoncées, qui ont causé des dégâts matériels inestimables, ainsi qu’une quarantaine de morts entre mars 2021 et juin 2023, convergent inéluctablement vers Ousmane Sonko’’, a soutenu le procureur.

‘’Le ministère public, que je représente, dispose de l’opportunité des poursuites. Par conséquent, tant que les faits ne sont pas prescrits, nous pouvons toujours les engager. Nous avons décidé de mettre en mouvement l’action publique, c’est pourquoi [Ousmane Sonko] est aujourd’hui placé en garde à vue et nous sera incessamment présenté’’, a ajouté Abdou Karim Diop.

La procédure le concernant ‘’est pratiquement bouclée’’, a-t-il ajouté, assurant que ‘’l’État […] prendra toutes les disposions nécessaires pour maintenir l’ordre et préserver la sécurité des personnes et des biens de toute menace’’.

‘’De retour de la prière du vendredi, les agents des renseignements généraux postés devant mon domicile […] se sont mis à me filmer. J’ai […] arraché le téléphone et demandé à la personne de le déverrouiller et d’effacer les images qu’elle a prises, ce qu’elle refusa’’ de faire, a expliqué Ousmane Sonko sur son compte Twitter, avant son arrestation.

La coalition Yewwi Askan Wi (YAW), dont est membre le parti politique d’Ousmane Sonko, ‘’condamne énergétiquement cette énième dérive d’un pouvoir autoritaire et violent’’.

Dans un communiqué, la conférence des leaders de YAW ‘’exige’’ aussi ‘’la libération immédiate et sans condition’’ de M. Sonko.

‘’Ousmane Sonko ne se sent nullement concerné par ce prétexte procédural grotesque’’, rapporte le journal Sud Quotidien dans son édition de samedi, citant les avocats de l’opposant.

‘’Il n’y a plus d’appels à l’insurrection’’

Les pouvoirs publics ont ordonné la levée du ‘’blocus’’ de la cité Keur Gorgui, le quartier dakarois où est domicilié Ousmane Sonko, parce qu’‘’il n’y a plus d’appels à l’insurrection’’, a déclaré le ministre du Commerce et porte-parole du gouvernement, Abdou Karim Fofana, mardi.

‘’Aujourd’hui, il n’y a pas d’appels à l’insurrection, il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public. Donc, il n’y a aucune raison de restreindre la circulation dans le quartier cité Keur Gorgui’’, a dit M. Fofana lors d’une conférence de presse du gouvernement.

‘’Au mois de juin, il y a eu beaucoup d’appels à la manifestation, beaucoup d’appels à l’insurrection’’, a-t-il argué.

La majorité présidentielle accuse souvent M. Sonko de faire des appels à l’insurrection. L’opposant s’en défend et soutient que ses droits, y compris celui d’un procès équitable, sont violés par le pouvoir.

Il appartient au procureur de la République d’indiquer la conduite à tenir, concernant Ousmane Sonko, avait répondu le porte-parole du gouvernement à la question de savoir si l’opposant jugé et condamné à deux ans de prison ferme, le 1er juin, sera arrêté ou pas.

M. Sonko n’a pas comparu devant la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Dakar, qui l’a reconnu coupable de ‘’corruption de la jeunesse’’.

Jugé pour des faits de viol et de menaces de mort sur la demoiselle Adji Sarr, il a déclaré n’avoir jamais reçu une convocation de la chambre criminelle lui demandant de comparaître. La juridiction l’a démenti.

La peine de prison requise est susceptible de l’empêcher de présenter sa candidature à l’élection présidentielle du 25 février 2024, selon ses avocats.

Pendant près de deux mois, les forces de l’ordre surveillaient son domicile et empêchaient ses proches, ses militants, ses alliés politiques et ses avocats de lui rendre visite.

De violentes manifestations ont eu lieu à Dakar et dans d’autres villes du pays après la condamnation d’Ousmane Sonko à deux ans de prison ferme.

Elles ont entraîné la mort de 16 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. Amnesty International a fait état de 23 morts, l’opposition parlant de 29, voire 30 morts.

ABD/ESF

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