Ziguinchor, 26 sept (APS) –  Le naufrage du bateau Le Joola est ”une histoire inoubliable”, a dit à l’APS, Souleymane Diagne, un des 64 rescapés de cette tragédie qui, pour la première fois, a accepté d’évoquer ses souvenirs de nuit du 26 septembre 2002 au cours de laquelle 1863 personnes – selon un bilan officiel – ont perdu la vie au large de la Gambie.

Souleymane Diagne avait 22 ans. Jules, comme l’appellent ses intimes, était à l’époque un promoteur dans le domaine de la pêche. Il acheminait sa marchandise à Dakar. Il se souvient de sa terrible mésaventure : les atrocités du naufrage du bateau le Joola, ses morts devant lui, ces appels vains au secours entre autres.

‘’Le naufrage du Joola est une histoire inoubliable. Dans le bateau, il y avait de l’ambiance. C’était bon enfant, se souvient-il. Mais, tout d’un coup, la pluie a poussé les passagers vers l’intérieur du bateau. Le bateau a commencé à tanguer. Il commençait à s’incliner et parachever de l’autre côté. On entend des cris. Je me suis dit, c’est le Titanic. On se bat, on se dégage. Chacun voulait se sauver. C’était terrible.’’

‘’Quand on est arrivé à Karabane, si bien que le bateau était déjà plein au moment de quitter Ziguinchor, il continuait à charger des bagages et des passagers’’,  raconte-t-il, ajoutant que le 26 septembre 2002, quand le bateau le Joola quittait Ziguinchor, ‘’aucun passager ni membre de l’équipage à bord ne pouvait imaginer que c’était le dernier voyage du navire.”

‘’Les cris d’un vieil homme m’ont touché’’

‘’C’est en quittant Karabane, à quelques encablures de l’embouchure du fleuve Casamance, avec plusieurs passagers et des tonnes de marchandises à bord que le bateau se faisait déjà malmener par les vagues et le vent’’, se souvient Diagne qui dit avoir franchi un hublot pour s’accrocher au radeau ouvert pour se sauver.

Il explique : ‘’Il y avait un hublot. Je l’ai franchi. Et, je suis remonté à la surface. L’eau était agitant. Beaucoup de gens étaient accrochés dans le radeau ouvert. Ils se battaient pour s’en sortir. Je m’étais difficilement accroché du radeau. Il pleuvait. Il y avait des tonnerres.  La mer était agitée. Chacun voulait se sauver. J’ai eu la force de monter. Fort heureusement, c’est à partir de ce radeau ouvert que je suis sauvé.’’

‘’J’ai pensé au film de Titanic que je suivais. J’entendais un vieil homme qui était à mes côtés crier en disant : ‘’mon fils, mon fils’’. Cela m’a touché. Le vieux pensait déjà à ses enfants’’, se rappelle encore Jules, en se souvenant également des cris d’un autre homme qui disait : ‘’Aidez-moi, aidez-moi, je ne sais pas nager’’.

‘’Quand je suis arrivé dehors, les cris raisonnaient de partout. Je n’imaginais pas au premier moment que le bateau pouvait chavirer. Mais c’est quand j’ai vu l’eau que je suis convaincu que le bateau était dans les flots. C’était la confusion totale. C’était un moment de panique. Les cris continuaient. On voyait des gens mourir devant nous. C’était terrible’’, regrette Diagne, ajoutant : ”Je suis sauvé. Mais j’ai perdu des amis. Ils sont partis. C’est douloureux.’’

Des parents psychologues

‘’C’étaient des moments inoubliables, insiste Souleymane Diagne qui dit avoir arrêté d’emprunter le bateau pour aller à Dakar. L’image est là. Il y a toujours une plaie qui est avec moi. Je ne suis pas allé voir un psychologue. Mes parents sont mes psychologues. Ils m’ont aidé et soutenu.’’ Souleymane Diagne qui est devenu informaticien, un métier qui, selon lui, ‘’le nourrit très bien’’.

Le rescapé salue la décision des autorités sénégalaises de lancer à Ziguinchor les travaux de construction du musée mémorial du bateau le Joola, longtemps réclamés par les familles des victimes et rescapés. Les travaux de construction de cet édifice sur les berges du fleuve Casamance avancent à grands pas à sa grande satisfaction.

‘’C’est une grande satisfaction de voir les travaux de ce musée tant attendu. Le musée est un symbole et un patrimoine mondial. L’Etat a fait des efforts considérables pour les familles des victimes et rescapés’’, s’est réjoui Diagne, demandant plus d’accompagnement pour les familles des victimes et rescapés.

Souleymane Diagne a par ailleurs plaidé pour une visite du khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké à Ziguinchor pour, dit-il, ”prier et réconforter davantage les familles des victimes et rescapés du naufrage du bateau le Joola”. ‘’Nous invitons Serigne Mountakha Mbacké, khalife général des mouride à venir à Ziguinchor et faire des prières pour les familles des victimes et rescapés. Cela va soulager beaucoup de personnes psychologiquement’’, a-t-il souhaité.

MNF/ADC

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