Par Momar Khoulé Ba

Mboro Ndeund-Kat, 16 mai (APS) –  Mboro Ndeund-Kat. Il est 12h10 minutes. Sur la plage, le calme et les causeries  contrastent totalement avec l’amertume et la violence qui avaient secoué cette partie de la commune de Mboro, en début avril, avec un écho médiatique à travers le pays et au-delà, lors des affrontements en mer entre pêcheurs de Mboro et de Cayar, deux localités côtières de la région de Thiès (ouest).

Une partie des protagonistes des affrontements ayant causé un mort et une vingtaine de blessés, avaient embarqué à partir de ce village traditionnel de pêcheur dans les faubourgs de Mboro.

Par la suite, une trentaine de personnes avaient été arrêtées et jugées. Le verdict rendu la semaine dernière par le tribunal, fait état de 16 pêcheurs condamnés à deux mois ferme, deux autres à trois mois ferme et de 15 relaxés.

Aujourd’hui, au bord de la mer, des propriétaires de pirogues guettent le retour des pêcheurs partis en mer depuis plusieurs jours, à côté, des jeunes discutent de la politique, mais aussi de l’avenir de la pêche. Quelques femmes proposent tranquillement des sachets d’arachides grillées et autres friandises dont la communauté léboue est la seule à détenir le secret.

S’il n’arrive pas à effacer comme d’un coup de baguette magique le souvenir des récents évènements douloureux, ce décor captivant aide à apaiser les esprits des habitants de cette partie de la commune de Mboro, tout comme s’y attèle l’entregent du vieux El Hadji Khouna Niang, dont la médiation en pleine crise et aujourd’hui encore, reste sur toutes les lèvres.

Ce pêcheur de 66 ans est présenté comme le principal artisan de la paix retrouvée entre des pêcheurs de Mboro et de Cayar, après les heurts du premier week-end du mois d’ avril dernier, qui ont coûté la vie à Mamadou Lamine Niang, un marin saisonnier originaire de Dagana, dans le Nord du pays.

Jouissant d’une popularité incontestable à Mboro Ndeund-Kat, ce notable, propriétaire d’une flotte de pirogues, n’a plus fermé l’œil depuis la mort de cet homme de mer.

L’infatigable défenseur des pêcheurs du Sénégal, avait pour seule obsession de mettre tout en œuvre pour apaiser la tension. ”Dans ce village, nous sommes tous des frères et sœurs. Les cadior-cadior, tout comme les peuls qui nous ont accueillis sur cette terre’’, confie-t-il.

‘’Je remercie très sincèrement le chef du village El Hadji Malick Sellé Sow. Ses encouragements et ses conseils m’ont beaucoup aidé à apaiser la colère des populations, surtout dans les concessions où habitaient les 15 blessés lors des affrontements en mer ”, témoigne le sexagénaire.

Mbaye Sarr Teuw, un jeune du village, tient à saluer la disponibilité de cet homme d’expérience, dont le nom se confond aux préoccupations des habitants de Mboro Ndeund-Kat, El Hadji Khouna Niang, pour le rôle qu’il a joué dans ce conflit.

“À un moment donné, la colère était presque perceptible dans les conversations du village, dit-il, mais la détermination et l’esprit de dialogue de El Hadji Khouna Niang ont permis l’apaisement général chez les jeunes qui tenaient coûte que coûte à venger Mamadou Lamine Niang, la seule personne qui a rendu l’âme après ces affrontements.’’

À Mboro Ndeund-Kat, la paix retrouvée profite déjà à tout ce beau monde qui vit du petit commerce sur la plage. Les vendeurs à la sauvette voient leurs chiffres d’affaires grimper jour après jour, pour revenir à la normale.

”Durant la période de tension, je n’osais même pas m’aventurer dans les parages, mais aujourd’hui j’écoule facilement mes articles ”, se réjouit Samba Ka, un marchand ambulant de montres, d’écouteurs de téléphone et d’autres gadgets électroniques.

Une embellie qui porte la signature d’El Hadji Khouna Niang, selon Alioune Fall, notable du village de Mboro Ndeund-Kat.

”Les populations de ce village doivent beaucoup à El Hadji Khouna Niang. Il mérite les hommages de tout un pays. Depuis pratiquement un mois, il est ici pour régler définitivement le problème qui a secoué notre communauté ces dernières semaines’’, souligne Alioune Fall.

Cette posture remarquable et citoyenne n’a pas échappé non plus au premier magistrat de la commune de Mboro. Pour Abdallah Sall, maire de Mboro, tout élu souhaite avoir des citoyens de la trempe d’El Hadji Khouna Niang. ”Les gens sont unanimes, dans cette contrée et même au-delà, à reconnaître le rôle majeur qu’il a joué pour renouer le fil du dialogue avec nos parents pêcheurs de Cayar”.

Telle une aiguille entre les deux lambeaux d’un tissu déchiré, ses va-et-vient incessants entre les deux localités de pêcheurs semble aujourd’hui porter leurs fruits.

MKB/ADI/ASB/ASG

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