+++Par Baboucar Thiam de l’APS+++

Makacolibantang, 27 sept (APS) – C’est au bout d’une heure trente minutes sur une route latéritique jonchée de flags d’eau se rejoignant par endroits pour devenir des mares, que se dresse la commune de Makacolibantang. Rien, à priori, ne renseigne sur son caractère religieux, mais l’islam se trouve fortement encré dans ces terres du département de Tambacounda (est). La commémoration du Mawloud va donc de soi dans cette cité. Elle relève aussi d’une longue tradition.

L’histoire de la célébration officielle du Mawloud à Makacolibantang, est étroitement liée aux Diaby, une famille d’obédience khadre, basée à Maka, une cité religieuse de la commune de Makacolibantang.

‘’Le Mawloud a toujours été célébré ici depuis l’installation d’Aladji Soryba Kéba Diaby à Maka’’, dans cette partie orientale du Sénégal, où il s’était établi en 1952, a indiqué Soryba Diaby, en parlant de son aïeul qui a contribué à la vulgarisation de la confrérie Khadre, remontant à Cheikh Abdoul Khadre Dieylani à Bagdad, en Irak.

Aladji Soryba Kéba Diaby, venu de Touba, centre religieux et culturel soufi situé en Guinée, avait pour habitude de retourner chaque année dans son pays d’origine pour la célébration de la naissance du prophète Mohamed (PSL).

Au bout de cinq ans, il est rejoint par son grand frère, Aladji Banfa Kéba Diaby. D’un commun accord, ils ont décidé de s’installer définitivement à Maka à partir de 1957 et d’y célébrer le Mawloud, raconte Soryba Diaby le petit-fils, maître coranique de la famille et responsable du comité d’organisation de la ziara annuelle.

À l’époque, la célébration se passait dans la grande maison familiale. Les invités n’étaient pas aussi nombreux, des Sénégalais, en plus de « quelques Gambiens », dit-t-il, trouvé au milieu de sa cour sous un grand arbre, entouré de quelques-uns de ses talibés.

Aladji Soryba Kéba Diaby, premier khalif

Il n’existait pas encore de khalif général dans la famille, le plus âgé assurait simplement la direction de la famille, organisait les activités religieuses et la formation des apprenants, renseigne le maître coranique, qui a accepté de répondre aux questions du reporter de l’APS seulement après avoir obtenu l’autorisation de l’actuel khalif général, Aladji Oumou Sankoung Diaby.

C’est à son décès que la célébration du Gamou a pris une autre dimension, avec l’arrivée à la tête de la famille de Aladji Soryba Kéba Diaby, sous le règne duquel le Mawloud a pris une dimension internationale, avec la participation de plusieurs pays, dont des fidèles des deux Guinées, du Mali et de la Mauritanie, toutes ces nationalités assistant désormais à la célébration du gamou ici à Makacolibantang, selon Soryba Diaby.

Le Mawloud de Makacolibantang revêtit donc un cachet officiel, sous le format qu’on lui connait encore aujourd’hui, avec la participation des autorités administratives de la région de Tambacounda.

“La détermination, l’ouverture d’esprit du premier khalif en la personne de Aladji Soryba Kéba Diaby’’ ont permis cette évolution, de même que “l’amitié qu’il entretenait avec le président Senghor’’, à la tête du Sénégal de 1960 à 1980.

“La modernisation de l’organisation du Mawloud s’est faite grâce à Aladji Soryba Kéba Diaby et à son amitié avec le président de la République de l’époque’’, insiste Soryba Diaby, le petit-fils.

A chaque édition du Gamou, le président Senghor rendait gratuit le train pour le transport des fidèles, en plus d’un soutien financier et en denrées (riz, lait en poudre et sucre), un appui qui se poursuivait même après le Mawloud. “Tous les trois mois, signale-t-il, le président Senghor envoyait des camions remplis de nourriture de toutes sortes’’.

Depuis 66 ans, le Mawloud est donc célébré à Makacolibantang, où cet événement ne cesse de gagner en ampleur et en importance.

“L’organisation respecte les pratiques de mon grand-père et de son grand frère, un mois avant le jour-j, nous récitons le Coran, nous faisons des zikr (invocations), jusqu’au jour du Mawloud, et c’est la même chose depuis 66 ans’’, explique le petit fils Soryba Diaby.

Sauf qu’“il y a une cérémonie officielle au cours de laquelle nous recevons le gouverneur, la délégation de l’Etat et les autres autorités’’ représentant les pouvoirs publics sénégalais.

“Karangbaya’’, quartier de résidence du marabout

En raison de l’importance prise par l’évènement, « avec la participation de milliers de fidèles », le Gamou de Makacolibantang a été délocalisé de la grande maison familiale pour local spécifiquement dédié aux grands récitals religieux.

“Cela a nécessité l’installation de tentes, qui ne résistaient pas aux intempéries, surtout en période d’hivernage’’, précise le petit fils d’Aladji Soryba Diaby, par ailleurs homonyme du saint-homme. Ce qui n’a pas empêché l’événement de continuer à évoluer, avec la participation de plus en plus importante de fidèles et disciples venus de la sous-région.

Il se dit ici que le premier khalife aurait évité au président Senghor un accident d’avion. En reconnaissance, ce dernier lui avait attribué le titre de khalif général.

Depuis, 6 khalifes généraux se sont succédé au khalifat de Makacolibantang, dont l’actuel, Aladji Oumou Sankoung Diaby.

Jusqu’ici, la tradition dans cette famille, c’est que le plus âgé dirigeait le clan avec simplement le titre d’imam. “Tout le monde suivait la direction qu’il indiquait, et il était assisté par ses frères, à qui il déléguait certaines activités’’.

A “Karangbaya’’, le quartier de résidence du marabout dans le village de Maka, ils sont tous de la famille Diaby, fils, petits-fils, arrière-petits-fils, neveux et nièces, en plus des disciples. Les maisons sont en dur pour l’essentiel, des demeures entièrement carrelées qui ne sont pas sans rappeler l’architecture islamique.

C’est un lot de plus de 400 parcelles que l’ancien président de la République, Léopold Sédar Senghor, avait offert au premier khalif, après que ce dernier a obtenu de lui le lotissement de ce périmètre en 1975.

C’est ici que se localisent la première mosquée construite par le saint-homme, dans la demeure servant également de résidence à tout khalif général de la famille Diaby.

La filiation de cette famille à la khadrya a été confortée par un voyage effectué par Aladji Soryba Diaby à Bagdad, en Irak, sachant qu’il avait déjà dédié un recueil de poèmes à l’illustre Abdoul Khadre Dieylani, fondateur de cette confrérie musulmane.

Le gardien du mausolée du fondateur de la khadrya “lui avait présenté un porte-clés qui en comporte 100, une seule pouvant ouvrir la porte du mausolée et les visiteurs n’ayant droit qu’à une seule tentative. Il a réussi à ouvrir le mausolée pour y prier. Et c’est à son retour au Sénégal qu’il a construit un haut lieu de prière, où les gens viennent de partout pour se recueillir et formuler de vœux’’, raconte le petit-fils.

BT/BK/MTN/SMD

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