Dakar, 30 avr (APS) – L’ambassadeur de France au Sénégal, Phillippe Lalliot, a reconnu, samedi, l'”immense dette” que son pays doit aux Tirailleurs sénégalais dont neuf viennent de rentrer définitivement au bercail, après une longue lutte pour la reconnaissance de leurs sacrifices.

Il s’exprimait lors d’une réception organisée samedi soir dans les jardins de sa résidence, en l’honneur des neuf anciens combattants en question, âgés entre 96 et 85 ans et issus de la dernière génération du régiment de Tirailleurs dissout en 1960.

Il s’agit de Yoro Diaw, Oumar Diémé, Maciré Sy, Mor Diop, Gorgui Mbodji, Younboussa Sonko, Daouda Faye Badji, Ousmane Sagna et Ndongo Dieng. Le diplomate les a présentés de “héros que le Sénégal et la France ont en partage”.

Ces Tirailleurs étaient contraints de vivre en France au moins six mois dans l’année depuis plus de trente ans pour pouvoir bénéficier, dans son intégralité, de leur pension de retraite de 950 euros, soit quelque 600.000 francs CFA, ces anciens de l’armée française sont rentrés au bercail vendredi, après avoir obtenu en janvier dernier une dérogation leur permettant de percevoir leur dû au Sénégal.

3Vous portez en vous et vous représentez à nos yeux tous ces soldats d’Afrique qui se sont illustrés (…) durant les deux guerres mondiales (…), notamment en Indochine et en Algérie. Notre dette à leur égard, à votre égard est immense à la mesure des sacrifices consentis, a déclaré Philippe Lalliot.

“Nous mesurons ce que nous vous devons, je veux vous assurer que nous nous tiendrons à vos côtés comme vous l’avez été aux côtés des nôtres”, a-t-il ajouté, avant de saluer la mémoire de “tous ces soldats”, de leurs aînés disparus et de leurs compagnons d’armes.

“Vous êtes une part de l’histoire et de la mémoire que la France et le Sénégal ont en partage. Nous leur devons, nous vous devons la relation entre nos deux pays telle qu’elle est aujourd’hui, solide et apaisé, nous n’oublierons pas”, a assuré l’ambassadeur de France au Sénégal.

Selon le diplomate français, ces Tirailleurs “sont les dépositaires des liens complexes, entremêlant au cours des siècles, la lumière et les ombres entre le Sénégal et la France”.

“Nous leur devons, nous vous devons la France telle qu’elle est aujourd’hui, libre et souveraine”, a insisté Phillippe Lalliot en s’adressant à ces anciens combattants. Il leur a transmis “le message de reconnaissance” du président Emmanuel Macron qui les avait déjà reçus à l’Élysée, le 14 avril dernier.

“Comme vos pères, vos grands-pères, vous vous êtes battus pour la France devenue votre patrie, bon retour au Sénégal à vous héros, la nation vous dit sa reconnaissance”, a dit le président français dont le message a été lu par l’ambassadeur de France.

Une reconnaissance institutionnelle, mais aussi artistique

Selon le diplomate français, ce “cycle de reconnaissance” à l’égard de ces Tirailleurs a débuté par l’acquisition de la nationalité française en 2017 et le baptême d’une grande place de Paris du nom des tirailleurs. Il a aussi cité la cérémonie de commémoration du souvenir de l’engagement des Tirailleurs organisée pour la première fois le 11 novembre dernier.

“Cette reconnaissance a été aussi celle des arts et de la culture”, selon le diplomate, évoquant “les nombreuses œuvres artistiques qui se sont appropriées cette histoire, du cinéma à la peinture en passant par la photographie”.

L’histoire des Tirailleurs est racontée au cinéma avec les films “Camp de Thiaroye” (1988) du cinéaste Sembène Ousmane et “Tirailleurs” (2022) de Mathieu Vadepied.

La littérature n’est pas en reste avec “Hosties noires” (1948), un recueil de poèmes de Léopold Sédar Senghor, le roman “Frères d’arme” (2018) de David Diop et à travers la photographie grâce à Omar Victor Diop.

Pour l’ambassadeur de France au Sénégal, ces œuvres “sont certainement les meilleurs vecteurs d’une nécessaire transmission entre les générations. […]”. Les jeunesses sénégalaises et françaises “se nourrissent de vos exemples et perpétuent votre souvenirs”, a-t-il souligné en parant des Tirailleurs.

Il a de même salué l’engagement de l’association pour la mémoire et l’histoire des Tirailleurs sénégalais, présidée par Aïssata Seck, ajoutant que sans “la détermination et la force de conviction [de cette dernière], ces retours au pays n’auraient pas pu se faire à Dakar et dans tout le Sénégal”.

Aïssata Seck a pris la parole pour revenir sur le processus ayant abouti au retour des neuf Tirailleurs dont deux étaient déjà à Dakar et ont participé à la réception organisée à la résidence de l’ambassadeur de France.

Yoro Diaw s’est exprimé à son tour au nom des anciens combattants, rappelé leur engagement pour le Sénégal.

“Nous remercions les autorités sénégalaises et notre pays d’origine. On a toujours été à la garde de ce nom qu’est le Sénégal et toutes les actions de combat réalisés, c’est au nom de notre pays, nous n’avons jamais fui le combat”, a-t-il dit, ajoutant également que “la France a beaucoup fait pour l’Afrique”.

Ces neuf Tirailleurs sénégalais avaient été accueillis vendredi à l’aéroport de Diass avant d’être reçus au palais de la République par le chef de l’Etat Macky Sall. Il les a tous été élevés au grade de la dignité de grand officier de l’Ordre national du Lion.

Colonel de la gendarmerie, Gorgui Dieng, qui a plafonné les distinctions nationales, a été lui élevé dans la dignité de grand-croix de l’Ordre national du Lion.

 

FKS/BK

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