De l’envoyé spécial de l’APS : Amadou Bâ

Dakar, 1ᵉʳ juil (APS) –  La culture gnaouie ou gnaoua, dont les origines remontent à l’arrivée des esclaves noirs au Maghreb au 16ᵉ siècle, est “africaine par la sève et maghrébine par greffe”, estime l’universitaire marocain Marwane Jaouat, un résumé à ses yeux de l’identité culturelle et de la richesse de l’Afrique, continent enraciné et ouvert tout à la fois.

La culture gnaoua “est africaine par la sève et maghrébine par greffe. L’Afrique, comme disait Rilke [Rainer Maria, écrivain et poète mystique autrichien], est dans la +promesse de l’ouvert+. Et c’est cela que je trouve intéressant”, a-t-il déclaré dans un entretien avec l’envoyé spécial de l’APS à la 25e édition du Festival gnaoua et Musique du monde d’Essaouira (27-29 juin).

“La culture africaine n’est pas une culture étriquée. Elle est fière de ce qu’elle est, mais elle reste quand même ouverte à toute chose pouvant l’enrichir et vice-versa. C’est un feedback enrichissant des deux côtés”, a souligné l’enseignant-chercheur associé à l’université Mohamed VI Polytechnique (UM6P) de Ben Guégir, ville située à 72 kilomètres de Marrakech.

Marwane Jaouat faisait partie des intervenants d’une table-ronde sur la culture gnaoua, organisée dans le cadre de la 25ᵉ  édition du Festival gnaoua et Musiques du Monde d’Essaouira.

“On remarque cette ouverture chez les Gnaouis. Il n’y a pas cette fermeture, en fait. Ils sont dans l’ouvert.  Et il serait intéressant d’étudier comment ces confluences arrivent à voir le jour ; qu’est-ce qui se passe concrètement dans ces courants-là ?”, s’est interrogé ce spécialiste des études africaines, se disant “intéressé par le syncrétisme culturel”.

La culture africaine comme rempart au ‘’repli identitaire’’

Le Gnaoua ou Gnaoui, fait référence à un peuple descendant principalement d’esclaves, qui trouve sa place dans un espace à la croisée des peuples berbères dont les Touaregs, des peuples d’Afrique subsaharienne, de ceux de l’islam, de leurs traditions religieuses (confréries, transes) et musicales et de leurs instruments.

Dans un contexte mondial marqué par un “repli identitaire”, Marwane Jaouat estime qu’il “faut juste des yeux pour regarder la culture africaine” et “s’apercevoir que l’Afrique est exemplaire dans ce qu’elle a à offrir” au reste du monde.

“Cette culture, elle est là. Je pense que c’est l’exemple emblématique contre ce repli, cette fermeture identitaire. Et on n’a de leçon à recevoir de personne. Nous [les Africains] sommes la source et le berceau du monde. La première émigration a eu lieu à partir de l’Afrique. Et on est fier de ça”, s’est-il réjoui.

Le sociologue marocain a également exprimé sa fierté de voir de “jeunes Africains porter le flambeau de la recherche universitaire”, afin de montrer la richesse du continent caractérisé par un melting-pot dans beaucoup de domaines.

“L’objectif de la table ronde était aussi de montrer que la jeunesse, en si peu de temps, peut faire quelque chose d’académique, de scientifique, mais aussi de culturel dans la reconnaissance de la multiplicité, de la diversité de l’Afrique qui est sa première force”, a rappelé Marwane Jaouat.

ABB/BK/ASG

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