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02/05/2023 5 p.m.

SENEGAL-CULTURE

Le culte du travail, au cœur d'une exposition de Baye Mouké Traoré

Nov. 18, 2022, 12:54 p.m.

Dakar, 18 nov (APS) - Le peintre et licier sénégalais Baye Mouké Traoré explore les vertus du travail dans sa nouvelle exposition dénommée “Liggéey njarin” (de l'utilité du travail), "un cri du cœur'' à travers lequel l'artiste engage ses compatriotes à s'investir dans la construction de leur pays, dans un élan collectif qui annule toutes les différences.

Cet appel s'adresse en particulier à la jeunesse, relève de tout pays, a indiqué l'artiste, mardi, lors de la cérémonie de vernissage de son exposition, présidée par le ministre de la Culture et du Patrimoine historique, Aliou Sow. Elle va se poursuivre jusqu'au 15 décembre prochain, au musée d’art contemporain Boribana, à Dakar.

Il y avait aussi de nombreux invités, parmi lesquels le Buur Siin Niokhobaye Diouf Fat Diène, ainsi que des étudiants du département d’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et ceux de l’Ecole nationale des arts et métiers de la culture.  

“Quand j’ai pris ce thème [Liggéey njarin], c’était un cri de cœur, un appel à la jeunesse, parce que nous, on est à la retraite'', les jeunes par contre, ”sont appelés à construire ce pays. Il faut que tous, nous soyons un et indivisibles et que nous allions à l’essentiel, quelles que soient nos différences religieuses, ethniques, politiques, culturelles'', a dit l’artiste.


“Il faut s’engager et faire correctement son travail selon les charges pour lesquelles on est là, aucune nation, aucun peuple ne viendra développer ce pays à notre place”, a insisté le peintre autodidacte.

Cette exposition individuelle de Baye Mouké Traoré est composée de cinquante pièces dont deux appartenant aux Manufactures des arts décoratifs de Thiès (MSAD), au sein desquelles a débuté l’artiste septuagénaire.

Les nouvelles créations 2022 de l'artiste consistent en une palette de couleurs vives, une ouverture nouvelle pour cet artiste connu avec ses peintures à l’ocre.

“Quand on est issu des MSAD, on a une parfaite maitrise des couleurs, on peut se faire un choix'', a expliqué Baye Mouké Traoré, avant de s'intéresser à la question de savoir pourquoi la plupart de ses tableaux étaient dans des ”tons marron rarissimes".

En tant qu'artiste, ‘’il ne vous appartient pas de faire une projection de votre œuvre, il appartient à l’œuvre de vous dicter sa destination. Quelle soit bleue, multicolore, monocolore peu importe, vous n'êtes qu’un attributaire", a-t-il ajouté.
 

En partant de ce thème général du travail (“Liggéey njarin”), Baye Mouké Touré explore diverses autres thématiques liées à la croyance, à son rapport à son créateur, au respect de l’autre, à la conscience citoyenne. Certains de ses tableaux, dont “Source du savoir”, rendent compte de cette perspective, de même que “Les portes de l’absolu”, tableau qu'il a réalisé en tissant pour rendre grâce à Dieu.

Ces tapisseries jugées innovantes et en forme circulaire pour la plupart allient peinture et tissage, en conformité avec la démarche de cet artiste qui se définit comme “un anti conventionnel”.

 

Le “Moukéisme”, entre tissage, sculpture et peinture

 

Le peintre-licier explique qu'il lui a fallu une dizaine d’années de pratique pour acquérir la technique de la tapisserie circulaire, “Mes œuvres allient sur une même toile la peinture, la sculpture et le tissage”, dit-il au sujet de cette technique novatrice symbolisée par son tableau ‘’Maître du jeu''. Un héritage qu'il compte transmettre à la jeune génération.  

“L’art m’a tout donné, il m’appartient maintenant de rendre un vibrant hommage à l’art”, a estimé l’artiste formateur et fondateur des “Ateliers Araignée”, à Saint-Louis, sa ville natale.  

Le ministre de la Culture et du Patrimoine historique a fait part de sa “fierté” et “sa fascination” relativement au travail de l’artiste Baye Mouké Traoré dont il a salué la capacité d’innovation.

“Nous notons cette capacité d'innovation, de création artistique à travers la tapisserie circulaire qui est une innovation majeure exclusive de Baye Mouké à la marche et à l'histoire de l'art”, a dit Aliou Sow.

Le ‘’Moukéisme’’, comme l'artiste lui-même définit son esthétique, ne copie ni ne s'inspire d'une autre création, a dit Aliou Sow selon qui il s'agit "en réalité d’une belle forme de contribution africaine au grand rendez-vous du donner et du recevoir”.

“Il est le géniteur, le concepteur et la source d'inspiration, le référentiel et le modèle. En cela, l'Afrique a de quoi être fier et le Sénégal peut bomber le torse à travers l'expression du talent d'un de ses illustres fils”, a souligné le ministre de la Culture et du Patrimoine historique.
 

Il a invité les chercheurs et étudiants à explorer, revisiter, développer et diffuser le concept de “Moukéisme” créé par l’artiste.

"Il a aussi pris le temps de s'engager dans la transmission de son talent, dans l'entretien de la dynamique qui consiste à léguer à la génération actuelle et à plusieurs autres sa création, sa façon de faire, il lègue un courant d'idées, une idéologie littéraire et artistique […] qui doit être enseignée et partagée pour faire l'objet d'autres récits et lectures critiques littéraires et artistiques'', a déclaré Aliou Sow.

Baye Mouké Traoré a remporté en 1996 le Grand prix du chef de l’Etat pour les arts pour sa célèbre pièce "Mbagne Gathié". Il est aussi médaillé de bronze du Salon de la société des artistes français.
 

Cette exposition de Baye Mouké Traoré est coordonnée par le professeur Pape Massène Sène, Jarraf du Buur Siin et ancien fonctionnaire du ministère de la Culture à la retraire, en rapport avec l’administratrice du musée Boribana, Awa Mara.
 

 

FKS/BK

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