Voici un abécédaire de la campagne pour les législatives prévues dimanche
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SENEGAL-POLITIQUE

Voici un abécédaire de la campagne pour les législatives prévues dimanche

Dakar, 27 juil (APS) - Entre meetings, visites de proximité, caravanes à l’intérieur du pays, chiffres, nouveautés, échos de campagnes, voici un abécédaire des élections législatives du 30 juillet prochain, lesquelles devraient consacrer l’avènement de la treizième législature depuis 1961. 
 
— A Comme AFFICHES : La campagne pour les législatives du 30 juillet a été le lieu d’un affichage tous azimuts entre les "grosses" écuries comme Bennoo Bokk Yaakaar, Mankoo Taxawu Senegal, la "coalition gagnante/Wattu Senegaal", Ndawi Askan Wi, et les coalitions aux moyens plus modestes, chacun y est allé de son ingéniosité pour séduire visuellement les électeurs. Dans ce paysage coloré, le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall (en prison), a été un absent…très présent dans les rues de Dakar. Sa coalition a eu ce coup de communication qui n’a pas échappé aux observateurs : "Khalifa en prison, Khalifa dans nos cœurs, Khalifa dans les urnes". 
 
— B comme BILAN : le bilan de la douzième législature (2012-2017) a été au cœur de la présente campagne pour le scrutin du 30 juillet, et les avis sont quasi unanimes à constater qu’elle a été ‘’la plus mauvaise depuis l’indépendance’’ du Sénégal. Alors que les uns, de nombreuses listes opposées à celle du pouvoir notamment, mettent cela sur le compte du régime qui aurait ‘’instrumentalisé’’ la majorité, l’Alliance pour la République (APR, au pouvoir) et ses alliés défendent le bilan des "réalisations" du président Macky Sall (Bourses de sécurité familiale, Couverture maladie universelle, etc.). 
 
— C comme CARTES : Le débat sur les cartes d’identité/d’électeur biométriques, teinté de colère pour les uns, de frustrations et d’explications pour les autres, continuera jusqu’après les élections. Mais à côté des propos de campagne, les prises de positions sur les cartes ont occupé une place non négligeable. La distribution ne s’étant pas faite de manière efficiente, des milliers de citoyens ont erré, en vain, de commissions en centres de distribution pour trouver le précieux sésame. L’une des raisons de cette perturbation est que le ministère de l’Intérieur n’a pas pu produire toutes les cartes promises, avouant d’ailleurs, à cinq jours de la campagne, que 30% des 5,5 millions de cartes produites ne pourront pas être distribuées d’ici le scrutin. 
 
— D comme DIASPORA : l’une des nouveautés de ce scrutin sera sans doute la représentation de la diaspora par 15 députés. Il y a bien eu, par le passé, des députés et sénateurs des Sénégalais de l’extérieur, mais rien qui ait atteint l’organisation adoptée par referendum, en mars 2016. Cela va faire passer le nombre de représentants du peuple à l’Assemblée nationale de 150 à 165. En Europe, en Amérique du Nord et en Afrique, des Sénégalais de l’extérieur se sont présentés sous la bannière de coalitions ou de listes indépendantes. 
 
— D comme DAKAR : avec une réputation de rebelle, des résultats presque toujours favorables à l’opposition au pouvoir en place, un maire élu en 2009 et réélu en 2014 – mais en prison depuis plus de trois mois – la capitale demeure l’objet d’une bataille âpre de la part des coalitions en lice, principalement Bennoo Book Yaakaar dont la tête de liste départementale est le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, et Mankoo Taxawu Senegal dont la vedette est – les affiches le montrent – le maire de Dakar. L’enjeu est à la mesure de la mise en garde du chef de l’Etat à ses candidats de la capitale, rapportée par la presse : "Vous gagnez Dakar ou on change d’équipe". 
 
— E comme ECOLOGIE : fidèle à ses convictions d’écologiste actif sur le terrain depuis plusieurs décennies, Haidar El Ali, tête de liste nationale de la coalition And Naatal Senegaal ak Ali Haidar, a sillonné le pays en faisant prévaloir – ce qu’il fait depuis très longtemps – ses idées pour la défense et la préservation de l’environnement et d’un cadre de vie saint. 
 
— F comme FEMMES : les analystes et spécialistes de sciences politiques avaient souvent relevé "l’utilisation" des femmes, mobilisées comme "armes" essentielles pour gagner des scrutins. Mais la tendance notée d’une implication pour arriver à des positions s’est accentuée cette année. Aissata Tall Sall (coalition "Osez l’avenir") n’est certes pas la première femme à diriger une liste, mais son appartenance au Parti socialiste, sa personnalité et son parcours, en ont fait une candidate d’envergure. On peut dire la même chose de l’ancienne journaliste Sokhna Dieng Mbacké (Parti de la vérité pour le développement), de l’ancien ministre Aissatou Mbodj dite Aïda (tête de liste de la coalition And Saxal Liggeey). En vue aussi Amsatou Sow Sidibé (La troisième voie politique/Euttou Askan Wi), le médecin Rose Wardini (Assemblée Bi Nu Begg), qui s’est illustrée dans des visites de proximité, le médecin Ndella Madior Diouf (Convention citoyenne Neneen), l’employée de banque Aissatou Nathalie Dia (Ndawi Askan Wi), qui a utilisé ses compétences en matière de communication pour investir les médias et les réseaux sociaux. 
 
— L comme LISTES : jamais dans l’histoire politique du Sénégal, il n’y a eu autant de listes de partis ou coalitions de partis en lice pour des élections nationales. Pour le 30 juillet, quelque 47 listes vont briguer les suffrages des électeurs. Les inquiétudes soulevées et liées à une bonne organisation du scrutin ont poussé l’Assemblée nationale à voter le projet de loi donnant à l’électeur la possibilité d’en choisir au moins cinq avant de se diriger vers l’isoloir pour exprimer son choix. 
 
— L comme LANGUES : l’essentiel des propos de campagne a été livré dans les langues nationales, le wolof essentiellement. Pour atteindre leurs cibles, les candidats ne s’y sont pas trompés, privilégiant les langues de communication des électeurs dont ils sollicitent les suffrages. La campagne électorale restant ce moment où les langues nationales sont vedette dans le discours politique. 
 
— M comme MUSIQUE : comme toujours, pendant les campagnes électorales pour des élections locales ou nationales, la musique a été un élément incontournable pour animer les meetings, caravanes, visites de proximité et autres temps d’antenne à la télévision publique. A coup de bruyantes sonorisations portées par des camions, beaucoup de coalitions s’en sont donné à cœur-joie, distillant des morceaux dont les thèmes étaient plus ou moins liés aux circonstances. Point fort de cette mise en scène, l’image de la tête de liste nationale de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, dansant dans sa voiture au son du titre "Fondinké" du Touré Kunda, lors de son passage à Sédhiou.
 
— P comme PROMESSES : une élection, c’est le temps des promesses de la part des candidats. Des promesses, il y en a eu des dizaines, l’une des plus commentées et parfois chahutées aussi, a été celle que le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, tête de liste de la coalition "Bennoo Bokk Yaakaar", a faite le 14 juillet à Tambacounda. Le Train Express Régional (TER) "arrivera jusqu’à Tambacounda", a dit M. Dionne. Cette déclaration en a étonné plus d’un, parce qu’au tout début, ce TER était censé s’arrêter autour de l’aéroport international Blaise-Diagne de Diass. L’originalité dans les promesses est venue de la coalition Ndawi Askan Wi, qui a décliné treize propositions, dont l’une des plus innovantes est la création d’un Fonds parlementaire. Celui-ci serait alimenté par des contributions de députés pour faire face à d’éventuelles urgences sociales. 
 
— P comme PRESIDENTIELLE : même si elle n’est prévue qu’en février 2019, la prochaine élection présidentielle a été, en filigrane, au cœur de discussions au cours de cette campagne pour les élections législatives du 30 juillet 2017. Pour de nombreux analystes comme pour le pouvoir et l’opposition, ces législatives ne constituent en réalité qu’une répétition générale, un avant-goût de la prochaine présidentielle. Les enjeux sont clairs selon le camp dans lequel on se trouve : éviter ou permettre une cohabitation qui résulterait d’une victoire des forces opposées à l’actuel régime. Pour le pouvoir, il est important d’accorder une majorité confortable au président de la République pour assurer une gouvernance "dans la stabilité". 
 
— R comme RESEAUX SOCIAUX : la place incontournable que les réseaux sociaux ont prise ces cinq dernières années dans la libération de la parole citoyenne et la diffusion d’informations de toutes sortes s’est confirmée avec ces législatives. Autour des hashtags SunuDepute2017, SunuyCartes2017, Legislatives2017, et surtout du très populaire Kebetu, des citoyens ordinaires ont relayé des informations, donné leurs avis, apprécié les postures, propositions, promesses et prises de positions de différents candidats. Ceux-ci et les coalitions qui les portent ont aussi été présents, en appelant notamment les Sénégalais à leur faire confiance. Dans l’organisation, la mise en lumière de la mobilisation autour et la précision de leurs arguments, Ndawi Askan Wi, le Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) ont remporté la palme.
 
— T comme TEMPS D’ANTENNE : deux minutes par jour. C’est le temps accordé à chaque liste de candidats pour exposer, sur les antennes de la radiotélévision publique, des éléments de programme. Pour cette campagne, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) a fait face à un véritable casse-tête. Comment faire passer toutes les listes en respectant l’équité. Au total, les téléspectateurs ont eu droit à 94 minutes d’échos dans un journal de la campagne diffusé en deux tranches.
 
— V comme VIOLENCES : ce n’est pas nouveau sur le champ politique, mais la tournure particulièrement bien organisée des affrontements a suscité nombre de commentaires indignés de désapprobation. Le "point d’orgue" de cette escalade a sans doute été le désordre et la cacophonie dans lesquels s’est achevée la caravane de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar menée le 14 juillet, dans la commune de Grand-Yoff, par le ministre de la Jeunesse Mame Mbaye Niang et le musicien et ministre conseiller Youssou Ndour. Celui-ci a d’ailleurs dû être exfiltré pour qu’il échappe à la furie d’adversaires politiques de la zone. Heureusement qu’il y a des images qui montrent que l’essentiel à préserver reste la cordialité et la paix civile : l’accolade entre Ousmane Sonko (Ndawi Askan Wi) et Mamadou Sy Tounkara (Coalition Defar Senegal), les échanges d’affiches et de professions de foi entre Demba Makalou (Ndawi Askan Wi) et Zator Mbaye (Bennoo Bokk Yaakaar), l’apparition de Bamba Fall (Mankoo Taxawu Senegal) aux côtés d’Abdoulaye Wade (coalition gagnante Wattu Senegal) pour lequel il a d’ailleurs tenu le micro. 
 
— W comme WADE : l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade (2000-2012), a été une vedette de la campagne électorale. De son arrivée le 10 juillet à la marche avortée qu’il a voulu diriger, le 25 juillet, de la Place de l’Indépendance au ministère de l’Intérieur, Wade, 91 ans, tête de liste nationale de la coalition gagnante Wattu Senegal, a drainé des foules partout où il est passé : de Mbacké à Vélingara, en passant par Kolda, Fatick, entre autres, il a rencontré militants et chefs religieux, constatant que "le pays n’a pas changé" depuis qu’il a quitté le pouvoir. Par moments, les Sénégalais ont retrouvé l’opposant qui galvanisait les foules dans les années 1980 et 1990. Mais sa sage décision de ne pas engager le bras de fer avec les forces de l’ordre a montré, peut-être, que les temps ont changé.

— X comme INCONNUS : l’issue du scrutin du 30 juillet reste une grande inconnue, tant les données de l’équation sont nombreuses et difficilement maîtrisables. Comment les électeurs vont-ils se comporter dans ce contexte où le président de la République cherche à faire renouveler sa majorité pour boucler son septennat et où l’opposition – avec plusieurs prétendants à la présidentielle de février 2019 – espère "imposer" la cohabitation au régime en place depuis 2012 ? Quel sera l’effet de la laborieuse production/distribution des cartes d’identité/d’électeur (30% des sésames non distribués) sur le taux de participation et sur les résultats, étant entendu que ce chiffre a rarement atteint 50 % par le passé ? Dernière inconnue et non des moindres : comment le chef de l’Etat, qui s’est engagé en confectionnant la liste de la coalition qui le soutient, va-t-il déchiffrer les résultats – favorables ou non – pour que les deux années qui restent de son septennat se passent le mieux possible ? 
 
ADC/BK