Khalifa Sall écope de 5 ans de prison
APS
SENAGAL-POLITIQUE-JUSTICE

Khalifa Sall écope de 5 ans de prison

Dakar, 30 mars (APS) - Le maire de Dakar Khalifa Sall a été condamné vendredi à 5 ans de prison ferme dans le cadre d’une affaire de détournement de deniers publics pour laquelle l’édile était poursuivi en même temps que 7 autres de ses collaborateurs.
 
Le Tribunal correctionnel de Dakar, dans sa décision rendue publique le même jour, a condamné à la même peine Mbaye Touré et Yaya Bodian pour ’’escroquerie sur deniers publics’’.

Fatou Traoré a écopé de deux ans de prison dont 6 mois ferme, Ibhahima Yatma Diaw et Amadou Makhtar Diop ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement chacun dont un an ferme.

Le maire de Dakar a été relaxé pour les chefs d’inculpation de ’’dournement de deniers publics’’, ’’association de malfaiteurs’’ et ’’blanchiment de capitaux’’.

Ils étaient tous jugés pour un détournement de deniers publics portant sur 1,8 milliard de francs CFA dans l’affaire dite de la caisse d’avance de la mairie de Dakar.

Le juge a par ailleurs débouté l’Etat de sa demande de réparation, invoquant le fait que ’’ne le principe de l’uncité des caisses, ni le discrédit’’ sur l’Etat ne saurait justifier une telle demande.

Le maire de Dakar a également été condamné à payer une amende de 5 millions FCFA pour les délits de faux et usage de faux en écriture de commerce, faux et usage de faux en documents administratifs et escroquerie portant sur des deniers publics.

Le procureur Serigne Bassirou Guèye avait requis 7 ans contre le maire de Dakar et une amende de 5,49 milliards de francs CFA correspondant à trois fois la somme des détournements présumés.

A l’annonce du verdict, Me Ciré Clédor Ly, un des avocats du maire de Dakar, a rejeté cette décision du juge, annoncé que Khalifa Sall ferait appel de ce jugement et plaidé pour une réforme de la justice.

Il dit ne pas voir l’intérêt de ce procès qui a été selon lui ’’rejeté globalement’’ par le peuple sénégalais au nom de qui la justice est rendue, en allusion aux mouvements de désapprobatation de certains dans la salle d’audience, qui ont fait selon l’avocat que le juge n’a pas pu terminer la lecture de son verdict.

Me Ly a répété, sur les antennes de la Radio futurs médias (RFM, privée), que "ce procès avait des motivations politiques visant à tuer dans l’oeuf une éventuelle candidature de Khalifa Sall lors de la prochaine présidentielle", une ligne de défense toujours évoquée par l’édile, ses avocats et soutiens.

Le responsable de la section sénégalaise de l’ONG Amnesty International, Seydi Gassama, également interrogé par la RFM, a dit ne pas être surpris par ce verdict, estimant que ’’le but recherché a été atteint’’, à savoir celui d’écarter un adversaire politique potentiel.

’’Il faut qu’on arrête le cynisme’’, a-t-il poursuivi, estimant que personne ne pourrait croire que cette affaire n’a ’’pas de relents politiques’’.

’’Au Sénégal, conclut M. Gassama, le seul vrai pouvoir’’, c’est celui du président de la République qui dispose selon lui de ’’tous les moyens’’ de pression sur la justice.
 
Me Baboucar Cissé, du pool d’avocats de l’Etat qui s’est constitué partie civile dans cette affaire, assure que "le droit a été dit dans cette affaire".

Selon lui, le tribunal ne peut faire qu’appliquer la loi, vu l’infraction visée - escroquerie sur deniers publics - et qui doit être sanctionnée de 5 ans au minimum conformément aux dispositions actuelles de la loi.

Concernant la décision annoncée de la défense d’interjeter appel de ce verdict, il affirme que c’est le droit ’’le plus absolu’’ du maire de dakar et de ses conseils, avant de dire que même l’Etat projette de faire appel, le tribunal n’ayant pas accédé à ses demandes relativement aux "intérêts civils’’.

Le porte-parole du gouvernement, le ministre Seydou Guèye, a globalement rejeté les critiques portant sur la nature politique supposée de ce procès, refusant qu’une décision de justice soit considérée infondée avec l’argument qu’il ne contenterait pas certains.

Il a souligné la nécessité de la reddition des comptes, arguant qu’"un citoyen ne peut être épargné par le bras de la justice sous le prétexte qu’il aurait des ambitions politiques".
 

BK/MK/PON