La rigueur professionnelle de Kader Diop saluée par ses pairs
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La rigueur professionnelle de Kader Diop saluée par ses pairs

Dakar, 23 juil (APS) – De nombreux journalistes sénégalais ont fait part de leur émotion après le rappel à Dieu jeudi, à l’âge de 77 ans, de Kader Diop, ancien adjoint du chef du bureau de l’Agence France-Presse à Dakar, évoquant notamment la mémoire d’un professionnel incarnant la rigueur, l’ouverture d’esprit, le sens du partage et l’engagement en faveur de la profession.

Il s’agit d’une grande perte pour sa famille et pour la presse sénégalaise, a ainsi témoigné le journaliste Mamadou Koumé, ancien directeur général de l’Agence de presse sénégalaise (APS).

Koumé, qui a eu à cheminer avec le défunt dans le cadre de la formation des étudiants de l’école de journalisme de Dakar, le Cesti (Centre d’études des sciences et techniques de l’information) de l’Université Cheikhn Anta Diop, évoque un homme d’une ‘’très grande rectitude morale et d’une très grande probité intellectuelle’’.

Saluant la sagesse et la modestie de Diop, l’ancien directeur des études du Cesti a insisté sur le fait que le défunt comptait véritablement dans la presse sénégalaise pour les jeunes générations.

Formateur à l’école de journalisme de l’Université Cheikh Anta Diop sur l’écriture d’agence de presse, Kader Diop était aussi apprécié par les étudiants, a ajouté, ému, Mamadou Koumé, non sans rappeler que "Pa Kader", comme l’appelaient affectueusement les jeunes journalistes, avait rejoint l’AFP en devenant par la suite le pivot de son bureau à Dakar où il avait servi jusqu’à sa retraite.

Inconsolable, Coumba Sylla, une ancienne de l’AFP, réputée proche du défunt, n’a pu témoigner. En sanglots, elle a préféré laisser la parole à d’autres collègues du bureau de Dakar.

Kader Diop incarnait ‘’la rigueur professionnelle’’ et ‘’ l’éthique au bout des ongles’’, a ainsi noté Cellou Diallo, photographe au bureau AFP de Dakar, soulignant que le défunt journaliste ne mettait pas de gants quand il s’agissait de dire la vérité.

Il connaissait la société sénégalaise et le continent africain pour avoir été adjoint du chef du bureau de l’AFP, soulignant qu’il n’avait pas de soucis à gérer les correspondants dont il avait la charge quelle que soit la distance où ils se trouvaient.

Selon lui, il était un ‘’très bon’’ journaliste, saluant aussi ses qualités humaines puisqu’il entretenait de bons rapports avec ses collègues.

Pathé Fall Dièye, ancien directeur de la radiodiffusion nationale puis de la télévision nationale (1977-1984), surpris par le décès du journaliste Kader Diop, a laissé échapper : ‘’Mon Dieu, mon Dieu, je n’étais pas au courant du tout’’.

‘’C’était un immense journaliste aussi bien de la radio, de la télévision que de la presse écrite. Il faisait partie des pionniers de la Radiotélévision nationale dès les débuts de l’indépendance’’, a-t-il dit après avoir digéré le choc de cette nouvelle.

‘’Il faisait partie de la rédaction du journal parlé dans laquelle il s’était illustré par la précision de ses papiers, par son engagement journalistique, son sens du devoir et surtout par la justesse de ses analyses au point que l’AFP, qui venait de s’installer au Sénégal, l’a finalement mis dans son personnel’’, a ajouté Pathé Fall Dièye.

C’est finalement, a-t-il noté, à l’AFP qu’il a pris sa retraite après avoir travaillé avec de grands journalistes dont Eric Makédonsky, qui était l’un des grands patrons à l’époque de l’Agence France-Presse et également un membre éminent du journal Le Soleil.

Kader Diop a fait ses études de radio en France au studio-école de Maisons-Laffitte qui, à l’époque, formait tous les journalistes et animateurs de programmes de radiodiffusion des pays francophones, a-t-il rappelé.

Dans les années 1970, il a fait partie également du desk sportif de Radio Sénégal, avec comme spécialités le basketball et le volleyball, a-t-il rappelé.

En tant que reporter, il a beaucoup contribué par son engagement au développement du basketball sénégalais, a ajouté Dièye, soulignant que Kader Diop côtoyait presque tous les grands basketteurs sénégalais résidant comme lui à La Médina, à Dakar.

A sa retraite, a-t-il poursuivi, il s’était beaucoup engagé pour le respect de l’éthique et de la déontologie journalistique, en étant parmi les membres fondateurs du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologique dans les médias (CORED), un organisme d’autorégulation des médias, qu’il a dirigé pendant quelques années avec ‘’beaucoup de hauteur, d’abnégation et de désintéressement’’.

‘’Kader était un homme très désintéressé, loyal en tout et prodigue de ses conseils et également de toutes ses possibilités humaines. C’était vraiment un homme de valeurs que les journalistes et le Sénégal viennent de perdre’’, a encore témoigné l’ancien directeur général de la RTS.

‘’Kader Diop, un des doyens de la presse sénégalaise, était un homme ouvert, généreux dans le partage de son savoir et de son expérience, qui prodiguait des conseils à tout le monde’’, a réagi le CORED dans un communiqué.

Il ajoute que ‘’malgré sa santé fragile, durant ces dernières années, il répondait à toutes les invitations des confrères sur les questions de formation, d’éthique et de déontologie des journalistes’’.

Le journaliste Serigne Adama Boye, avec lequel il a travaillé au quotidien Le Journal en 2004 et 2005, s’est d’abord incliné devant sa mémoire, soulignant que ‘’c’était un homme de valeurs à tout point de vue’’. Boye insiste sur sa ‘’probité morale’’.

Ancien rédacteur en chef à l’APS, il n’oublie surtout pas le ‘’sourire’’ de Diop qui en disait long sur le caractère de l’homme heureux qu’il était. ‘’Il respirait le bonheur et c’était vraiment une personne indépendante, éloignée des coteries et des magouilles, d’une franchise qui lui permettait de dire ce qu’il pensait’’, a-t-il dit.

ASB/AKS/MD